Contact webmestre

 

 

 

 

 

 

DOYENNÉ DE SAINT-SERVAIS

 

... UN CHEMIN D'ÉVANGILE

 

 

Christian FLORENCE

Doyen

&

Vicaire épiscopal

Rue de Spy, 16
5150 Soye
> 0472/61.01.87

ch_florence@hotmail.com

UN MOT AU DOYENNÉ

 

RÉFLEXIONS POUR UN TEMPS D’AVENT

QUELQUES PROPOS DE L’ABBÉ PIERRE ...

Dire ce que l’on sait.

Dire ce que l’on sait ... On s’aperçoit, quand on veut essayer, que cela ramène à un très petit nombre de certitudes.
Pour moi, il y en a trois : l’Éternel est Amour quand même, nous sommes aimés quand même, et nous sommes libres quand même. Ah ! Si je réussissais à communiquer ces trois certitudes !
Dans ce que j’espère exprimer ici reviendront des phrases qui sont comme des slogans : « Servir premier le plus souffrant », « la joie dans le partage », etc.
Ces notions fondamentales sont le point d’appui de tout un édifice. Un édifice non pas de pensées au sens intellectuel du mot, mais fabriqué, dans mon cas, par la vie devenant idée.
À travers ces propos, vous retrouverez des choses que j’ai dites publiquement, et parfois même, le ton sur lequel je les ai prononcées.
Je prétends souvent que les idées claires me viennent en parlant, en agissant. Chez moi, ce ne sont pas les idées qui suscitent l’action. Les actions s’accumulent : une, puis deux, puis cinq, et il arrive un moment où ça devient une idée, une pensée claire.

Ne nous trompons pas de colère.

Depuis quelques temps, il m’arrive d’éprouver le sentiment que je ne m’appartiens plus. J’ai la sensation d’être un objet que l’on place là – « Tiens, ici ça fera bien » -, comme on met un couvert sur une table. (...)
Bon. Admettons que je fasse partie du paysage. Mais que l’on n’attende pas de moi que je reste tranquille !
Si tu souffres, j’ai mal. Alors, il y a des moments où ça crie en moi, parce que le mal des autres, véritablement, devient le mien. Si bien que lorsque j’interviens, je ne me pose pas de questions. Rien, jamais, n’a été pour moi l’aboutissement d’un calcul. Je ne choisis pas. Ou je la boucle, ou ça sort. Sans ménagement.
Un jour, je me retrouve sur un banc à côté de Mgr Gaillot, pour manger un sandwich. C’était pendant la fête des cinquante ans de la JOC. Il se penche vers moi : « Explique-moi un mystère ... Moi, dès que je dis un mot, on me tape dessus. Vous, vous en dites dix fois plus, et ça passe bien !
- Premièrement, c’est que je ne suis pas évêque.
- Deuxièmement, je crois que le Bon Dieu m’a donné une espèce d’instinct de l’insolence mesurée. Je sens jusqu’à quel point je peux gueuler. Au-delà, je me ferais plaisir, mais ça ne serait pas efficace parce que ceux à qui je m’adresse ne sont pas prêts à en entendre plus. »
L’irascible est une des vertus de l’homme. Sans doute parce que ça simplifie les choses, on apprend généralement aux enfants que la colère est un vice. Mais alors, Jésus était vicieux, lui a renversé les tables des marchands du Temple !
L’irascible est une virtualité, tout comme la sympathie ou l’intelligence. Et ce qui la fera vice ou vertu, c’est l’objet auquel on l’applique. Vous voyez par exemple comment la colère peut révéler ce que nous aimons : si je me mets en colère parce que j’ai perdu au jeu, ça montre que ce que j’aime, c’est moi ; si je me mets en colère pour protéger l’autre, pour le délivrer, cette colère-là révèle mon amour pour l’autre.
Une humanité plus humaine
Aujourd’hui, l’humanité sait tout. Elle sait même qu’elle peut s’autodétruire. (...)
L’humanité voit exister en même temps – comble de l’absurde ! – la surproduction et la surfamine et, parce qu’il y a abondance, les hommes désespérer.
Ils désespèrent, les hommes, parce qu’ils sont de moins en moins utiles : la robotisation à l’échelle mondiale a détruit l’équilibre plus que millénaire qui était assuré par le travail.
À quoi vont-ils servir demain ? (...)
Il va bien falloir que, même dans le chaos, ils inventent une autre manière de vivre. Ils y réussiront, j’ai confiance.
Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément, je ne peux pas écrire autre chose - : « La vie, c’est apprendre à aimer. »

Abbé Pierre (extraits de Testament ... suivi de Dieu merci Bayard 2012)