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1. Les billets d'humeur ... le retour (14/03/19)
2. Les gilets jaunes (14/03/19)
3. Adieu, Monsieur le Cardinal (14/03/19)
4. Pardon (19/03/19)
5. Fin de mois, fin du monde ... (29/03/19)

-5- FIN DU MOIS, FIN DU MONDE ...

Nos rues sont devenues le lieu d’expression de tous les mécontentements et donc, d’une société qui va mal.
Les gilets jaunes et différentes branches professionnelles sont inquiets pour leur avenir, mais aussi pour leur présent : pouvoir vivre de son travail, respect de la dignité du travailleur, halte aux délocalisations « sauvages », stop au hold-up bancaire, mort à l’indifférence du monde politique ...
Dans le même temps des jeunes, des associations, des citoyens veulent attirer l’attention des décideurs politiques sur l’avenir de la planète et sur l’urgence d’une action pour la sauver.
Il arrive même que les manifestants d’une cause sont aussi ceux de l’autre cause.
Mais, que se passe-t-il donc ?

Depuis près de 20 samedis, les gilets jaunes, en France, envahissent les rues, parfois dans un climat insurrectionnel, pour y crier leur colère.
Ils mènent ainsi des actions dans plus de 23 pays !
Colère de ne pouvoir « vivre » de leur travail.
Colère de ne pouvoir disposer d’un pouvoir d’achat qui leur permette de « vivre », de retraites décentes après une vie de travail, de soins adaptés quand la santé n’est plus au rendez-vous ...
Colère de ne pas être respectés dans leur dignité de travailleurs : ils ne seraient plus que des pions que les employeurs engagent ou dégagent comme ils le veulent.
Les licenciements abusifs sont devenus les dégâts collatéraux des stratégies financières du monde du capital ...
Colère de n’être pas entendu par un pouvoir autiste et méprisant qui n’hésite pas à « tirer » sur son peuple et à l’insulter en le rabaissant.
Colère contre une rage taxatoire, jugée injuste, les citoyens n’étant pas égaux face à cette loi – contrairement aux affirmations de la Constitution.
Colère face au déficit démocratique qui proclame que le « peuple est souverain », mais qui en même temps n’hésite pas à ignorer l’électeur jusqu’aux prochaines élections.
Nous en vivons un bel exemple, chez nous, à l’occasion de la campagne électorale !
Nos politiciens ont le souci de se « placer » sur des listes ... beaucoup moins d’expliquer leurs choix et leurs programmes !

Cette colère est le signe d’un mal-être d’hommes et de femmes qui n’en peuvent plus de se courber sous l’échine du Capital.
Ils sont devenus des travailleurs pauvres pour qui aucun respect n’existe, pendant que les actionnaires et les riches accaparent (je dirais même mettent main basse sur) des richesses qui ne leur appartiennent pas.
Cette colère est le signe de l’essoufflement d’un libéralisme pur et dur qui a tout misé sur la rentabilité et sur la compétitivité et rien sur l’humain.
Tout est sacrifié à l’argent, surtout les plus faibles de notre société, toutes celles et tous ceux qui ne peuvent plus suivre, toutes celles et tous ceux pour qui la vie se déroule loin de toute idée de paradis.  L’inégalité est devenue une manière de gouverner !
Mais, cette colère ne serait-elle que les prémices d’un plus grand drame qui nous attendrait prochainement, à l’occasion d’une nouvelle crise financière.
Beaucoup de spécialistes et d’économistes nous préviennent : « Ça va péter ! ».
La raison, cette fois, serait le surendettement des États, une valeur créée de toute pièce par la finance pour « diriger » les États.
Le fonctionnement de l’Europe est une sinistre illustration des raisons de crise qui s’annonce !
Des hommes et des femmes se battent pour leurs fins de mois qui arrivent le 2 ou le 15 du mois. Ça ne peut plus durer – et gare aux gouvernants, et par eux,  gare au monde financier, qui refusent d’entendre.

L’autre cri qui résonne dans nos rues, c’est celui de jeunes et d’autres qui réclament des mesures urgentes pour sauver l’environnement.
Ils défilent de jeudi en jeudi. Ils sont jeunes ... ils se révoltent face à la planète que les anciennes générations leur laissent.
Ils organisent des « marches du siècle », clamant haut et fort l’arrêt du massacre d’une planète qui devait tout avoir pour apporter le bonheur.
Mais le souci de l’environnement est aussi la préoccupation de lobbies puissants qui influencent et conditionnent nos manières de vivre, nos manières de consommer, nos manières d’être.
Il est aussi la raison d’être de partis politiques pour qui l’enjeu de la survie de la planète doit passer par des priorités politiques et économiques ... peu importe le prix à payer.
On nous parle alors de « développement durable », de panneaux voltaïques, d’éoliennes souvent disgracieuses, d’énergie solaire ...
On nous assène au jour le jour des appels à trier les déchets, ce qui devient une spécialité des écoles, plus que le français ou les maths.
On rêve d’un monde sans carbone ...
On exècre le nucléaire.
On prône des véhicules essence au lieu de diesel ... peu importe le niveau de pollution de ces « symboles » de notre liberté.
On nous propose de voyager via des transports en commun à améliorer ou encore dans des voitures électriques hors prix ou des vélos et des trottinettes ...
Mais en même temps, on propose aux entreprises polluantes de racheter des quotas de pollution, avec tous les droits que cela comporte.
On laisse des zones entières des continents échapper à la moindre norme environnementale.
On nous propose de vivre d’une agriculture, d’une pêche intensive, de voyager en nous inoculant des maladies dont nous nous passerions bien, liant ainsi des impératifs économiques à la santé de l’être humain.
On s’approvisionne en gaz de schiste, pendant qu’on prône les avancées d’une COP 21.
On limite la vitesse à des voitures conçues pour rouler de plus en plus vite.
À quand une logique dans la tête de ceux qui nous dirigent ?

Aux jeunes qui défilent et qui semblent faire l’admiration de tous, je voudrais offrir quelques conseils : ne manifestez pas en brandissant vos portables, faits de métaux précieux qui exploitent des êtres humains à l’autre bout du monde.
Exigez des moyens de communication propres et durables :  quand est-ce la dernière fois que vous avez changé de portable ?
N’utilisez plus les réseaux sociaux. Ils vous sont fournis par des systèmes informatiques, grands pollueurs et consommateurs d’énergie. Vous ne pouvez vous passer de votre ordinateur, pourtant la planète vous remercierait !
Ne vous faites plus conduire en voiture à l’école ou à vos différents rendez-vous : vous polluez !
Évitez de voyager en avion. Le kérozène pollue à grande échelle.
Surveillez votre alimentation et vérifiez la provenance des produits. Il y a tant de produits que vous aimez et qui nous viennent de très loin ... ces voyages aussi sont une source de pollution.
Vous aimez changer de vêtements, jeans et autres, vérifiez s’ils coïncident bien aux normes d’une consommation responsable et durable ... et je pourrais continuer !
De plus, n’oubliez pas que les jeunes du Tiers-Monde aimeraient comme vous pouvoir défiler et manifester leur désaccord ... Malheureusement, ils ne le peuvent. Ils doivent travailler pour un salaire de misère et pour survivre.
Ne jugez pas celles et ceux qui ne peuvent se rallier aux normes bio, simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

Fin du mois, fin du monde ... Même combat !
C’est bien d’exiger d’une société qu’elle respecte la planète qu’elle a l’habitude de détruire.
C’est bien aussi d’aider à construire un monde qui respecte l’homme.
Un homme, sans planète viable, est certes condamné à disparaître.
Une planète sans homme pour l’habiter en toute harmonie n’est pas possible, non plus.
L’avenir des deux est lié !
Il est une manière de présenter l’écologie aujourd’hui qui est insupportable, parce qu’elle ne tient pas comptes des moyens et des conditions de vie de la population.
On la sent aux mains de lobbies, fonctionnant sur le mode de la dictature ! C’est insupportable !
Elle ne tient pas compte du fait que l’homme d’aujourd’hui a à peine les moyens pour survivre, à cause d’un libéralisme effréné.
Elle ne tient pas compte que dans certaines familles et dans certaines parties du monde, manger ou s’habiller est un luxe ... Voyager n’en parlons pas !
Elle culpabilise de simples citoyens, alors que c’est l’industrie pour qui les gouvernants imposent les normes acceptables pour leur besoin de productivité et de rentabilité.
La sauvegarde de la nature ne peut faire l’économie de la sauvegarde de l’homme !
La sauvegarde de l’homme ne sera possible que dans une nature respectée !

Amis gilets jaunes, amis écologistes, donnez-vous la main, écoutez-vous et construisez ensemble un monde meilleur. Il y a urgence !

Guy De Smet (29 mars 2017)


-4- PARDON

Il est des petits mots de la langue française qui ont une saveur particulière, surtout s’ils viennent du cœur et ne cherchent pas à s’étioler dans le ridicule d’une mode.
« Pardon » fait partie de ces concepts !
Au lendemain de la journée de violence qui a défiguré la plus belle avenue du monde, permettez-moi de me glisser dans la peau d’un gilet jaune et de solliciter votre « Pardon ».
Pardon de nous imposer, nous les gilets jaunes, dans le déroulement tranquille de vos week-ends.
Pardon de vociférer sous vos fenêtres et de troubler votre quiétude, mais la violence sociale nous devient insupportable, au point de devenir la mère de toutes les violences qui défigurent vos rues.
Pardon de ne plus supporter ces violences policières, orchestrées par un État, qui a intérêt à faire oublier nos revendications : yeux perdus, mains arrachées, vies brisées ...
Mais pardon aussi d’être en colère, de ne plus savoir comment l’exprimer pour pouvoir être entendu.
Pardon de dénoncer les violences dont sont victimes les Forces de l’ordre, pendant que ceux qui les dirigent se vautrent dans la douceur des boîtes de nuit ou sur la pureté des pistes de ski.
Pardon de contester un pouvoir vendu à la finance et à une certaine oligarchie et qui ne peut supporter ces fainéants et ces illettrés ou encore ces réfractaires au changement qui ne savent que se plaindre et gémir sur son sort.
Pardon de détruire les symboles forts qui font la beauté d’une certaine richesse. Ces banques, ces boutiques de luxe, ces restaurants réputés ... autant de signes d’un monde qui marche sur la tête : tout pour la finance, rien pour l’être humain !
Vous nous parlerez de « l’image d’un pays », oubliant ces forces vives de nos régions qui n’en peuvent plus de ne plus vivre et qui sont l’image qu’on cache !
Pardon de nous en prendre aux symboles d’une république qui nous ignore et dans laquelle nous semblons ne plus avoir notre place.
Vous protégez la tombe d’un homme qui s’est sacrifié pour la France en 1918, vous oubliez de protéger celles et ceux qui sont sacrifiés, aujourd’hui, sur l’autel de l’argent.
Pardon auprès de toutes celles et tous ceux qui, dimanche dernier n’ont pu manger et les jours prochains vont être privés de leur cantine du Fouquet’s.
Pardon d’y avoir subtilisé un peu d’argenterie ou une salière : ils signifieront dans nos maisons que tout cela n’est pas fait pour nous !
Avec le prix d’un repas, nous vivons plus d’un mois !
Pardon d’empêcher le bon déroulement d’un samedi de commerce et de chiffre d’affaires : nous avons perdu l’habitude de l’argent, ce grand inconnu dans nos escarcelles. Pour nous pas de « samedis de courses », faute de moyens !
Pardon pour toute cette violence qui vous fait tellement peur, pour ces manifestations non déclarées en préfecture, alors que vous clamez l’importance de l’État de droit, le même que celui qui devrait nous permettre d’exister dans la dignité.
Dans la foulée de la Révolution de 1789, qui, elle non plus, n’était pas déclarée en préfecture, nous avons cru que nous pouvions exprimer notre désarroi dans la rue, faute d’être entendu par ceux qui nous dirigent.
Pardon d’en avoir assez de ne plus pouvoir vivre de notre travail, au nom d’intérêts sordides de compétitivité et de rentabilité. Il paraît que nous devrions apprendre à nous contenter de notre nouvelle identité, celle de « travailleur pauvre ».
Pardon pour toute cette violence qui, si elle ne peut être justifiée, peut être comprise. Elle s’inscrit dans une spirale engagée par celles et ceux qui préfèrent engranger des bénéfices, au lieu d’intégrer l’idée que l’argent n’est rien sans le travail, que l’entreprise n’est rien sans la sueur et l’imagination d’hommes et de femmes qui se lèvent aux aurores ... pour rien !
Pardon de ne pas pouvoir finir nos fins de mois, de devoir refuser à nos enfants le petit plaisir qui fait le bonheur des vôtres. Salaires bloqués et faibles, manque de travail ou de trottoirs à traverser, rage taxatoire infinie ... autant de raisons de broyer du noir tous les mois !
Pardon « d’être de ceux qui ne sont rien » dans une société dans laquelle ne compte que ce qui brille et ce qui éblouit. Face aux « je t’aime » de nos proches et qui espèrent quelque chose de nous, nous avons osé croire que nous existions !
Pardon d’être de ceux qui n’acceptent pas de ne manger que tous les deux jours, comme le proposait une députée fidèle à la Macronie.  Pas facile de devoir « faire les poubelles ou les fins de marchés » pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Nous avions cru que les droits de l’homme passaient aussi par notre estomac.
Pardon d’être de ceux qui exigent d’être entendus par le monde politique.
Pardon de réclamer plus de démocratie. Nous avons tellement l’impression que ces « serviteurs » de l’État ou de leurs portefeuilles ne nous connaissent que tous les 4 ou 5 ans ... le temps d’une élection !
Et si nous leur demandions régulièrement des comptes sur leur gestion ?
Pardon de ne plus vouloir d’une Europe de la finance, celle qui vit de mensonges comme la liberté de circulation des biens et des personnes (essayez de déménager en Europe et vous verrez !), celle qui fait du massacre social un outil rentable dans sa recherche de bénéfices. Elle va solliciter notre suffrage, prochainement ... ce sera sans moi !
Pardon d’exiger une égalité devant la Loi, tant celle qui régit la conduite sur nos routes que celle qui produit les impôts qui nous étouffent. Est-ce normal que quelques riches échappent à cette contribution étatique, pendant que d’autres croulent sous des taxes sans plus comprendre.
Pardon de refuser des fermetures d’hôpitaux dans nos régions de provinces ou encore de devoir nous passer de médecins ou encore d’autres services publics ... Nous avons cru, à tort que notre santé ou que nos conditions de vie avaient de la valeur !

Pardon ... !

Nous serions bien tentés de croire que ce mot « pardon », ainsi exprimé, ne concerne que nos voisins français.
Je crains qu’il n’en soit rien !
Nous baignons tous dans un néolibéralisme qui tue.
Nous sommes tous les victimes d’une finance arrogante et intrusive. Votre banque en est le symbole !
Nous ne pouvons plus accepter ce que j’ai vu sur le site de RTL Infos, ce dimanche.
L’un en face de l’autre, deux articles : d’un côté une grande banque qui va se restructurer et qui pour cela n’hésite pas à se séparer de 2000 collaborateurs et de l’autre côté, cette même banque qui distribue des sommes mirobolantes en dividendes à ses actionnaires.
Nous ne pouvons plus tolérer la stigmatisation des chômeurs, des vieux, des malades, de tous ceux qui sont désignés comme un poids pour notre société.
Nous en pouvons plus accepter d’être manipuler par des lobbies qui décident du sort de nos vies en engraissant quelques politiciens véreux, trop heureux d’être de fidèles valets de la finance.
Un jour le peuple des pauvres se réveillera ... Il sera alors trop tard pour se lamenter sur les dégâts d’une avenue, aussi belle soit elle, joyau d’un monde aussi lumineux et injuste soit-il !

Guy De Smet (19 mars 2019)


-3- ADIEU, MONSIEUR LE CARDINAL !

Ce jeudi 14 mars 2019, le Cardinal Danneels s’est éteint à l’âge de 85 ans ... un moment de tristesse pour l’Église de Belgique et de joie pour le Ciel de Dieu.
Il nous quitte au terme d’une vie bien remplie, au cours de laquelle il aura essayé de nous offrir le visage débordant de Lumière du Christ resuscité.
Il l’aura fait en toute humilité et en toute proximité des Chrétiens et aussi de celles et de ceux qui ne partageaient pas sa Foi. L’écoute et le partage étaient son moteur.
Il aura vécu son témoignage d’homme et de Chrétien avec beaucoup d’humour, mais aussi avec le sens de la responsabilité qui était la sienne.
Il était un homme simple et discret, proche des gens simples et respectueux des grands de ce monde.
Il était un contemplatif et un homme de prière, habité par la profondeur d’un message qui le faisait vivre.
Il était d’une humanité extraordinaire, loin de la stature orgueilleuse de quelques princes de l’Église qui semblerait parfois être devenue une norme, aujourd’hui pour certains.
Il était un artisan du pluralisme d’idées et de convictions, n’hésitant pas à dialoguer avec tout qui le souhaitait et à poser les fondements d’une paix qui le hantait.
Il était un grand intellectuel, licencié en Philosophie et docteur en Théologie, rigoureux et précis ... loin des feux des projecteurs.
Il aura à cœur de chercher sans cesse à creuser les courants humains et théologiques qui faisaient l’arc-en-ciel de l’Humanité et de l’Église.
Il restera de lui de nombreux écrits dont le but sera de rendre la réflexion de l’Église accessible à tous.
La catéchèse des adultes et la liturgie étaient ses chevaux de bataille.
Ses plaquettes annuelles et ses rencontres de jeunes à l’évêché de Malines resteront des grands moments de son épiscopat.
Il était un pasteur, allant à la rencontre des communautés et soucieux de la formation et de la vie concrète des prêtres. Lors d’une nomination, un prêtre était toujours interpellé par la même question : « Comment allez-vous ? »
Il était un sage, qui nous indiquait la direction d’une source pour nous y abreuver.
Son sacerdoce le vit actif au séminaire de Bruges et à Louvain, où il fut professeur.
Il était quelqu’un aux yeux de qui vous étiez unique, au point de faire de sa rencontre un beau moment de vérité et d’encouragement.
En 1977, il sera nommé évêque d’Anvers. Son objectif y sera la formation des prêtres, mais aussi la mise en place de lieux pour favoriser la collaboration entre laïcs et prêtres.
En 1979, il succédera au Cardinal Suenens et deviendra archevêque de Malines- Bruxelles et président de la Conférence épiscopale.
L’organisation d’une Église lumineuse dans un monde déchristianisé qui vit d’autres valeurs restera son souci de tous les instants.
Il quittera ses fonctions en 2010 et sera remplacé par Mgr André-Joseph Léonard.
En 1983, il sera créé cardinal.
Sa mission deviendra alors internationale. Il apportera toute son intelligence aux différentes commissions romaines qui ont fait appel à lui.
Il aura participé à deux conclaves, chargés d’élire un nouveau Pape : Benoît XVI et François.

Le cardinal Danneels vivait loin de l’intransigeance de la Curie romaine. Il était ouvert à d’autres courants de pensée, tout en restant quelqu’un de modéré dans sa parole.
Il n’hésitera pas à prendre position face au préservatif, face à l’homosexualité, face au rôle et à la place de la femme dans l’Église.
L’organisation d’une Église, allant à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps, était pour lui une préoccupation de tous les instants.
Sa retraite, loin d’être paisible, l’a confronté à un vent de tempête qui s’abattait alors sur l’Église de Belgique.
La pédophilie de certains prêtres, mais aussi d’un évêque, fut l’écharde dans sa chair, ne mesurant pas toujours la gravité du crime qu’il fallait dénoncer.

C’est un grand pasteur qui s’en va !
Il est dit parfois que l’Église de Belgique mérite les évêques qu’elle a et que les Chrétiens ne doivent, dès lors, pas se plaindre de ce qu’ils vivent.
Cette Église a engendré le Cardinal Danneels, cela restera notre fierté et notre envie de poursuivre le chemin.
À plusieurs occasions, j’ai eu l’honneur et la joie de le rencontrer. Ce furent des moments qui resteront à jamais marqués d’une pierre blanche.
Sa simplicité nous irradiait.
Son intelligence nous illuminait.
Sa profondeur nous stimulait.
Sa prière et sa spiritualité nous fascinaient.
Son humour et son écoute nous faisaient exister.
Aujourd’hui un grand homme s’en va : joie au ciel et nostalgie sur la terre.
Bon vent et merci, Monsieur le Cardinal !

Guy De Smet (14 mars 2019)


-2- LES GILETS JAUNES

Nous assistons chez nos voisins français à un mouvement qui, loin d’être banal, rassemble des citoyens sur la défense de leurs conditions de vie.
Plus de quatre mois de mobilisation : plus d’une quinzaine de samedis de manifestations, tant à Paris qu’en province !
Plus de quatre mois de colère, véritable feu d’artifice de doléances et de revendications.
Plus de quatre mois de silence, de mépris et de crimes venant d’une autorité politique, plus servante de la finance que d’un peuple dont elle aurait la charge.

Je ne puis que proclamer mon respect pour ces hommes et pour ces femmes qui se battent pour leur dignité.
Ils souhaitent « vivre » et non « survivre », grâce à leur travail.
Ils en ont assez de cette société à deux vitesses qui, telle un hall de gare, voit se croiser « ceux qui réussissent » et « ceux qui ne sont rien ».
Ils en ont assez de cette classe politique qui les méprise et qui, depuis longtemps, ne vit plus au diapason de leurs larmes de désespoir ou de leurs cris justifiés.
Ils en ont assez du gouffre qui ne cesse de se creuser, entre les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres.
Ils en ont asssez d’être écrasés par des impôts directs et indirects qui vont jusqu’à leur soutirer près de 48% de leurs revenus, pendant que des très riches et de grandes entreprises échappent à cette même imposition.
Face à cette colère qui parfois déborde en violence compréhensible (réponse à une autre violence, sociale celle-là, qui fait leur calvaire au quotidien !), les manifestants doivent faire face à l’arrogance et au mépris d’un président de la République, de ministres hautains et incompétents et d’une presse vendue au pouvoir.
Il aurait été si simple d’écouter et d’entendre !

Ces manifestants ont eu droit aussi à la seule réponse dont ce pouvoir, émanation de la finance, a été capable : la violence policière ... une violence inacceptable, digne de la plus méprisable des dictatures.
Des hommes éborgnés, des mains arrachées, des vies brisées.
Des interpellations arbitraires, une justice à deux vitesses, œuvre d’un bras politique utilisé par le pouvoir pour imposer le silence à ses opposants.
Un scandale qui a fait réagir le Conseil de l’Europe, tout comme l’ONU.
Une situation mise en avant par une certaine presse, dont le but semble bien être de décrédibiliser et de museler ces opposants à une certaine politique.

Le comportement de Monsieur Macron ne fut certainement pas à la hauteur de la situation dans laquelle vit le petit peuple français.
Il y a chez lui une méconnaissance de l’être humain qui vit loin des slogans intellectuels appris dans les grandes écoles.
L’intelligence livresque doit-elle toujours être accompagnée d’un illettrisme humain et social ?
Il y a chez lui des attitudes jupitériennes et des déclarations qui ont fait de lui un président partisan, le « Président des riches ».
Il y a chez lui un mépris de classe qui lui fait dire, par exemple, qu’étudiant, il devait se contenter de mille euros d’argent de poche, alors que certains de ses concitoyens ne disposent pas de cette somme pour survivre.
Sa manière d’exercer sa fonction est digne d’un monarque républicain.
Les lieux de la royauté lui semblent d’ailleurs bien inspirants : la cour du Louvre pour son accession au pouvoir, le château de Versailles pour y recevoir ses amis, le château de Chambord pour y fêter son anniversaire ... Ah le sale gosse !
Aurait-il oublié l’Histoire de son pays, où le révolutionnaire devient un « coupeur de têtes royales » ?
Aurait-il oublié que la révolution française commença par la colère du peuple, en mal de vivre ?
Eux, non plus, n’avaient pas déclaré leur volonté de changement en préfecture !

Un président de la République n’est pas au service d’une petite caste à sa dévotion.
Il est le Président de tous les français et dans ce cas, il n’utilise pas ces expressions qui ne font que mettre de l’huile sur le feu :
« Je traverse la rue, je vous trouve du travail »
« Des Gaulois réfractaires au changement »
« On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux »
« Je ne céderai rien "ni aux fainéants, ni aux cyniques" »
« Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes ... »
« Les gens qui ne sont rien »
« La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler »
« Les femmes salariées de Gad, pour beaucoup illettrées »
« Le bus pourra "bénéficier aux pauvres" »
« Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien »
Hallucinant d’entendre un Président de la république parler ainsi de son peuple !

Face à la colère des Gilets jaunes et croyant leur couper l’herbe sous le pied, il a lancé le « grand débat », appelé par d’autres « le grand blabla ».
Il a invité les Français à s’exprimer, leur indiquant qu’il n’y a pas de tabou. Il les a prévenus que les mises en cause de décisions déjà avalisées par sa gouvernance ne seront pas prises en compte.
Bien des Français l’ont écouté, bravant des réponses prononcées comme pourrait l’être le pire discours stalinien. Il leur reste à découvrir les décisions qu’entraîneront ces réunions ou plutôt ces monologues.
Un moment qui fait peur et qui pourrait bien être le déclenchement d’une fronde sociale qui rappellera d’autres époques.

Nous pourrions être tentés de croire, que ces Gilets jaunes ne sont qu’un phénomène français. Détrompez-vous !
À ce jour, il concerne plus de 23 pays, dont la Belgique.
Tous sont dirigés par une économie libérale écrasante, par une Europe financière pure et dure.
Une situation insupportable pour une population affublée d’une nouvelle étiquette, « celle de travailleur pauvre » qui lui colle à la peau, comme l’étoile juive a pu être l’humiliation d’un peuple martyrisé.
Finance ... et si tes jours étaient comptés ?

Merci aux Gilets jaunes pour leur combat. C’est grâce à des hommes et à des femmes comme eux que les avancées sociales ont vu le jour.
C’est grâce à leurs actions que la finance ou n’importe quelle autre idéologie n’aura jamais le dernier mot.
C’est grâce à leur détermination que l’homme aura droit au respect et à une vraie vie.

Laissons résonner en nous ces mots de Koffi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies : « Les maux économiques et sociaux dont notre monde est affligé ne sont que trop réels – tout comme la nécessité de faire en sorte que la mondialisation profite à tous les peuples, en ancrant la nouvelle économie mondiale dans une société mondiale qui repose sur des valeurs globales communes de solidarité, de justice sociale et de respect des droits de l’homme ».

Guy DE SMET (14 mars 2019)


-1- LES BILLETS D’HUMEUR ... LE RETOUR

Depuis quelques mois, pour des raisons de santé, les rédactions de billets d’humeur se sont arrêtées.
Pour certains, coincés derrière leurs lunettes d’un autre monde, ce fut une bonne nouvelle.
Ne leur en déplaise ces lignes continueront, parce qu’un Chrétien se doit de lire l’actualité en la confrontant à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Pour d’autres, ce fut un manque.
Ils aimaient une plume acerbe, l’idée d’une opinion qui s’exprimait.
Je les rassure, me voilà de retour.

Des difficultés de santé, une vilaine chute, une solitude morbide, liée au désintérêt d’une hiérarchie qui souhaitait pourtant le bonheur de ses prêtres, l’effondrement du plafond de l’église, entrainant sa fermeture jusqu’à nouvel ordre, des conditions de rassemblement de la communauté paroissiale spartiates et précaires ... Ce ne fut pas facile à vivre ! Heureusement, il y eut les amis !!!
Ces derniers jours, j’ai rencontré un de ces amis, fidèle lecteur des billets d’humeur. Il m’a entretenu de sa frustration de ne plus pouvoir lire une Parole qui lui faisait du bien. Je le prie de m’excuser.
Grâce à lui, je reprends ma plume, mon journal et l'Évangile et, comme par le passé, je vous entretiendrai régulièrement de mes humeurs face à ce que vit l’Homme, cet aimé de Dieu.

À ceux que ces billets agacent, je suggère de ne plus les lire ou de considérer qu’il y a là une opinion, parmi des milliers, qui a le droit de s’exprimer.
Écrire à l’autorité pour m’interdire de commettre ces lignes est une manœuvre inutile. Les billets sont signés : j’assume !
Aux fidèles lecteurs bienveillants, je voudrais exprimer toute ma gratitude.
Ne croyez cependant pas qu’il s’agisse là de l’avis officiel d’une institution quelconque.
Il s’agit, en toute modestie, de la réflexion d’un chrétien parmi les Chrétiens.
À vous d’oser la vôtre !
Mais assez d’introduction ... Place à la vie des hommes et du monde !
À bientôt !

Guy De Smet (14 mars 2019)