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ÉPIPHANIE

(6 janvier)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Nous avons vu se lever son étoile… »
Une parole des mages qui nous rejoint au début d’une nouvelle année, qui ne sera pas facile pour notre communauté paroissiale. Pourtant, une Parole d’Espérance !

Oui, « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue ta lumière ».
Que de raisons d’espérer pour les Chrétiens, loin de la morosité et de la crise.
Voici plus de 2000 ans, un petit enfant venait illuminer les ténèbres.
Voici plus de 2000 ans, une longue caravane d’hommes et de femmes se mettait en route, pour témoigner de Celui qui s’en venait ouvrir les bras de Dieu, pour y recueillir les cœurs des hommes, leurs espérances et leurs déceptions.
Voici plus de 2000 ans, Jésus venait inaugurer une proposition de ciel nouveau et de terre nouvelle, une nouvelle manière de vivre basée sur l’amour.
Que de choses merveilleuses ont pu être vécues ainsi, entre le témoignage des premiers martyrs et l’action d’un Pape François ou de tous ceux, encore, qui se battent pour que l’homme soit plus homme.
Que d’heures, de jours, d’années, de dévouement, de charité, envers cet homme appelé à être l’icône de Dieu sur cette planète… et que de chemin encore à parcourir.
Que de visages qui ont été le reflet authentique de cette parole de l’Apôtre : « Ubi Caritas et amor, Deus ibi est », autrement dit : « là où la charité et l’amour sont vécus, là, Dieu est présent ».
Et c’est là que le monde, lui aussi, à toutes les raisons de risquer une espérance, en laissant de côté ses peurs et ses torpeurs.
Espérance d’un monde de l’Épiphanie, de la Manifestation de l’Amour, façonné par plus de 2000 ans de Christianisme.
Espérance d’un monde habité par tant d’espoirs et de raisons de croire en la beauté d’un avenir.
Espérance d’un monde, qui en plus de 2000 ans, est parvenu à proclamer que l’homme a des droits, qu’il mérite le respect et la dignité  et qui, en même temps, ose dénoncer tout ce qui va à l’encontre de ce vieux rêve… et que de chantiers s’ouvrent chaque jour, pour ce faire.
Espérance, en référence à ce petit enfant, qui à chaque fois, s’en vient faire tout nouveau, au nom de l’amour, de la justice, de la paix qui l’habitent : les chercheurs d’hier et d’aujourd’hui en sont témoins.

Et qui dit Espérance, parle de signes qui se traduisent dans la crèche par des « cadeaux ».
Comme ceux que les mages firent à l’enfant de Bethléem.

  • Cadeau de l’or.

Or pour un bonheur de famille !
Nos familles humaines, caractérisées, aujourd’hui, par tant de tâtonnements, mais qui contiennent tellement de havres de petites joies et d’utopies commencées.
Santé, prospérité et petits nids de paix et de justice, ouverts sur les autres… c’est ce que nous pourrions souhaiter à chacune de nos familles de chez nous.
Si nous pouvions remettre les compteurs à zéro, et envisager un monde à construire dans lequel chacun ait une place irremplaçable.
Si nous pouvions rêver d’un monde, et aussi le mettre en œuvre, dans lequel, les jeunes pourraient envisager un avenir, sans devoir s’enfermer dans des avenirs bouchés ou des études sans débouchés.
Si nous pouvions oser des structures de sociétés, qui permettent la respiration à tous, et pas seulement aux plus forts et à ceux qui brillent … un monde, dans lequel les mots de fraternité et de solidarité, source de paix et de justice auraient une dimension planétaire. Dans ce domaine, je mets beaucoup d’espoir dans le mouvement des gilets jaunes.
De l’or aussi pour le bonheur de nos familles chrétiennes.
Si nous osions devenir des priants, heureux d’entrer en relation avec leur Dieu et y puiser l’audace de l’amour ? Une année de prière qui ferait de nous des priants !
Si nous osions devenir des chrétiens aux manches retroussées, ne se contentant pas de consommer du religieux, quand ça les arrange ; mais des Chrétiens qui se mouillent pour oser dire, en paroles et en actes, leur fierté de croire et d’être aimés.
Nous n’aurons pas un bâtiment pour nous rassembler, donnons-nous d’autres moyens pour être ces deux ou trois réunis au nom du Christ.
Ce sera l’occasion, avec de pauvres moyens, de devenir des questions crédibles pour celles et pour ceux qui ne partagent pas notre Foi ou nos opinions ?
La chute du plafond de l’église sera peut-être une chance, parce que nous n’aurons pas à gérer l’utilisation d’un bâtiment, mais la vérité d’une foi.
Si nous pouvions faire de cette année nouvelle, une année pour la réflexion sur notre Foi et sur notre humanité. Pour cela, mettons une fois pour toute à mort la bigoterie et l’hypocrisie.

  • Après le cadeau de l’or, il pourrait y avoir le cadeau de l’encens !

L’encens d’une relation nouvelle à Dieu. Quelqu’un qui a sa place dans le concret de nos existences et qui n’est pas qu’une idée pour un tiroir, que nous ouvririons une fois par semaine.
Un Dieu Père, qui vient pour dire son Amour par son Fils, qui nous fait le cadeau de l’Esprit, pour pouvoir lui ressembler, en ce monde.

  • L’encens d’une relation nouvelle à l’autre aussi.

De concurrent, d’adversaire, d’ennemi, il pourrait devenir enfin un frère, une sœur.
De sans papier, de sans dignité, il pourrait enfin découvrir une oreille attentive et une main tendue.
Nous pourrons les faire en n’étant pas attaché à une place dans l’église, mais en faisant de l’inconfort une chance pour plus de fraternité.
Quelle espérance, là aussi, pourrait en naître !

  • Le cadeau, enfin, de la myrrhe !

Fini, le matérialisme débridé, fini, ce temps où il est possible de lier ses peurs à une puce électronique.
Fini le chacun pour soi, né de l’idée, que nous serions tellement extraordinaires, qu’il nous faudrait nous protéger contre tout ce qui risquerait de porter atteinte à notre petit « moi je ».
Ce serait alors le temps des valeurs simples qui ne passent pas, comme l’amour, l’amitié, l’entente…
Ce serait le temps de notre vérité loin de tous nos masques et de tous nos faux-semblants.
Ce serait la joie toute simple d’être ce que nous sommes, loin de toute course au pouvoir ou à la domination.

Gens de mon peuple, avec les mages venus l’adorer,
l’enfant de l’Espérance nous appelle à la fraternité !
Craignez les frontières !
Elles sont des blessures.
Elles endurcissent les cœurs.
Elles cadenassent les entrées.
Elles barricadent les esprits.
Elles écrasent la Foi !
Elles finissent toujours en domination
et en barbelés tressés pour cercler les consciences.

Gens de mon peuple,
ayez l’audace de l’ouverture et de la fraternité !
Chacun vous entendra et vous comprendra
et se réjouira dans sa langue, dans sa quête humaine,
et ils viendront nombreux, de partout, pour bâtir avec vous !

Alors la Parole qui est depuis le commencement,
la Parole qui est venue habiter chez nous, sortira de la crèche
pour jubiler en bonne nouvelle jusqu’à l’intime de l’humanité.

À toutes et à tous, sainte et heureuse année 2019.

AMEN.