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QUINZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(15 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

« Va »
Parole de Dieu pour un prophète, pour des disciples ...
Parole de Dieu pour notre Église de ce temps ...

« Va »
C'est la Parole d'un Dieu formidable, d’un Dieu qui nous invite aujourd'hui... au point que Paul dira de lui : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ».
Béni, parce qu'il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons dans son amour, saints et irréprochables".
Depuis toujours, il nous a choisis, il nous a façonnés, il nous a modelés à son image et à sa ressemblance, pour que nous devenions des relais de sa tendresse, au cœur de la vie des hommes...
Paul ajoutera dans ses écrits : « Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ ».
Il nous a fait partager son intimité de Père, afin que nous devenions un peu comme lui.
« Elle est inépuisable, la grâce par laquelle il nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté ».
Quelle patience extraordinaire, qui au-delà de nos faiblesses, de nos limites, ne cesse de prendre du temps pour nous dévoiler le secret de son être, qui n'est qu'Amour et qui peut engendrer une vie que rien ne peut corrompre.
Ne nous habituons jamais, frères et sœurs, au visage de ce Dieu qui aime tout homme tel qu'il est ...
Un Dieu qui ne cesse de nous faire confiance et de croire en nos possibilités, pour devenir des sourciers de vie …
Un Dieu que Jésus nous a appris à appeler « Papa » !

C'est bien ce Dieu-là, qui depuis la nuit des temps appelle l'homme, son prophète.
Ainsi Amos, qui pourra résumer son expérience en ces termes : « Je n'étais pas prophète ni fils de prophète ; j'étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m'a saisi quand j'étais derrière le troupeau, et c'est lui qui m'a dit : va, tu seras prophète pour mon peuple Israël ».
Lui qui n'appartenait pas à une caste ou à un clan, Lui qui n'avait aucune autorité humaine pour dire le monde de Dieu, le voilà choisi pour proclamer l'impatience de Dieu et l'urgence d'un changement.
Dans sa vie toute simple, sans opportunisme, sans course au prestige, Dieu avait couvé du regard Amos. Il savait qu'il deviendrait son instrument, qu’il deviendrait le porte-parole de son Amour, pour ce peuple qu'il avait choisi et qui semblait l'avoir oublié.

C'est aussi ce Dieu-là, débordant d'Amour, qui appelle les Douze et les envoie pour une première mission.
Imaginez ce moment émouvant.
Ces hommes, il avait choisis avec soin.
Ces hommes à qui il avait montré les signes d'une Bonne Nouvelle : des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient, des sourds qui entendaient..., le voilà qu'il les envoie vers les hommes pour y vivre la même audace.
Confiance merveilleuse, mais qui ne va pas de soi !
Ils avaient été choisis. Ils avaient marché avec lui. Ils avaient vu les miracles qu'il avait accomplis. Ils avaient même été témoins du succès de foule que rencontraient ses paroles et ses actes.
Mais, ils avaient aussi vu se lever l'opposition et les premiers signes d'un rejet.
Ainsi cette visite à Nazareth. Il aurait dû y être accueilli, reconnu. Il aurait pu rêver d'une fierté des habitants, pour cet homme de chez eux, qui osait dire la beauté de Dieu. Et tout se réduisait en un échec lamentable : « Nul n'est prophète en son pays ». Là, pas de miracles, pas de succès extraordinaire.
Et c'est avec à l'esprit cet échec de sa propre mission, que Jésus les envoie !
Il les laisse même avec des moyens dérisoires : « ne rien emporter pour la route, ni pain, ni sac, ni pièces de monnaies ». Rien, pas de gadgets, pas de moyens forts qui impressionnent. Rien qui ne risque de leur faire croire que le succès est dû à leurs seules forces.
Il fait même reposer le succès de leur mission sur ceux vers qui ils sont envoyés : « Si dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds ».
C'est donc pauvres, démunis et tributaires de l'accueil des hommes, que les Douze s'en vont ... et ça marche : « ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades, et les guérissaient ».
Branchés uniquement sur l'essentiel, l'exemple de Jésus lui-même, ils vont pouvoir dire Dieu à leur tour et proclamer une conversion, qui mérite l'écoute et l'attention.

Ce Dieu formidable, ce Dieu qui appelle des prophètes, n'est-il pas ce même Dieu qui met en route son Église et qui appelle des témoins pour aujourd’hui ?
Notre Dieu, en Jésus, ne cesse de nous parler d'amour et de tendresse.
Notre monde crève de manque d'amour : chaque jour on nous parle de crise économique avec les drames humains qu’elle engendre, on nous parle de guerre et de massacres comme en Syrie, on nous parle d’expulsion comme celle qui a causé la honte l’Europe et de la Belgique à travers le drame des migrants refoulés.
L'homme demande à exister et à compter pour quelqu'un. N'est-ce pas dans la réponse à cette attente de l'humanité, une réponse de notre mission d’Église ?
Notre monde crève de manque d'absolu, de référence à autre qu'à lui-même et à ses propres forces. Que de fois, il se casse la figure au nom de son orgueil et de son autosuffisance !
N'est-ce pas là encore un témoignage pour notre Église appelée à témoigner de la Transcendance, qui la transforme en bras en jambes, en cœur, pour devenir les relais de l'Amour au milieu de la société des hommes ?
Tout cela ne nécessite pas de grands moyens ou des gadgets qui risquent d'envoyer de la poudre aux yeux.
Non ! L'Évangile se vit pauvrement, sur le mode du " si tu veux ".
Il demande un cœur pour aimer, des yeux pour voir et pour comprendre, des bras et des mains pour se tendre, des jambes pour se mettre debout et en relever d'autres. N'est-ce pas ce que vivent ceux que nous appelons les grands témoins de notre temps ?
Mais cette mission demande aussi un accueil... pas d'abord de notre monde, mais peut-être avec plus d'urgence de nos milieux d'Église.
Je n'ai pas toujours l'impression, que si Jésus devait débarquer dans nos églises, dans nos cercles chrétiens, il recevrait cet accueil des foules en attente de signes.
Nous avons peut-être trop enfermé la liberté de notre religion, dans des carcans moraux et dans des formules qui ne nous engagent pas.
Nous avons trop transformé notre relation à l'Amour, notre relation à Dieu, en des devoirs et des routines, en des bigoteries et des bondieuseries, qui n'ont rien à voir avec la proclamation d'un ciel nouveau, ni d'une terre nouvelle.
Nous avons peut-être mis trop d'énergie à juger et à classer ceux qui nous parlent de Dieu, au nom de catégories ou d'exclusions qui nous arrangent et qui nous évitent d'entendre ce qu'ils ont à nous dire : et s'ils étaient envoyés par Dieu, eux aussi ?
Ce sera dans la mesure où la Parole de Dieu trouvera un écrin dans nos communautés chrétiennes, qu'elle sera à même d'inonder le vaste monde d'une eau qui abreuve et qui offre la vie.
C'est là notre responsabilité de Chrétien aujourd'hui !

- Seigneur, pour aller à ta vigne, il nous faut bien de bonnes chaussures ?
- Non, pas besoin. Ma grâce te suffit.
- Mais il nous faut bien de quoi manger ce soir !
- Non, ma grâce vous suffit.
- ... à midi !
- Non. Si tu prends des réserves, tu seras toujours tenté de croire que, grâce à elles et à toi, tu as réussi... ou raté.
Ne t'attache à rien.
Rien qui pourrait t'empêcher de me voir à l'œuvre
Et à toujours plus me désirer.

Amen