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DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME

(17 mars)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Maître, il est heureux que nous soyons ici … »
Voilà ce que pensent les disciples qui ont rencontré Jésus sur la montagne.
C’est aussi ce que pourrions-nous dire, du fond de notre module, où Jésus nous donne rendez-vous.

« Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et alla dans la montagne pour prier ».
Ces trois hommes ont entendu les conditions indispensables pour suivre Jésus : il faudra porter sa croix.
Ils ont assisté, médusés, à la Résurrection de la fille de Jaïre, découvrant la puissance de vie, sortant de cet homme que plus d’un rejette.
Ils ont vu ces hommes et ces femmes qui se sont approchés de Jésus, les yeux pleins d’espoir et qui ont vu se réaliser une Parole : « Ta Foi t’a sauvé ».
Ce seront encore ces mêmes hommes qui seront là au jardin des Oliviers, assistant à l’agonie de Jésus …
Trois hommes promis à des épreuves et à un témoignage et à qui Jésus va offrir une lumière !
Ils s’en vont sur « la montagne » … ce lieu privilégié où Dieu parle, brisant le silence et offrant à l’homme sa vraie destinée.
N’est-ce pas là que Moïse et Élie sont devenus les porte-parole d’une brise légère qui leur a réchauffé le cœur ?

Cette montagne va devenir pour Pierre, Jean et Jacques le lieu d’une expérience profonde de Foi.
Certes ils connaissaient la loi et les prophètes qui avaient pénétré jusque dans les manières d’être du peuple choisi. Ils les retrouvent, encadrant Jésus dans sa prière.
Mais lui, leur apparaît tout autre : « Pendant qu’il priait son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante ».
Ils ne l’ont jamais vu comme ça : si beau, si vrai, si proche du Dieu qu’il prie.
Moment privilégié, au bout duquel ils pourront dire, au-delà de toutes les épreuves et de toutes les contradictions : « Dieu existe, je l’ai rencontré ».
C’est le moment d’une nouvelle vie, transfigurée par leur Foi, leur confiance en Dieu.

Mais ce rendez-vous dans la montagne ne sera pas que l’occasion d’un autre regard, sur la vérité de Jésus…
Ce sera aussi un moment de témoignage, venant de Dieu lui-même : « Celui est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ».
Dans la prière de Jésus, Dieu se donne à entendre, il vient dire le mystère de son bien-aimé.
Il est le Fils, l’héritier, celui sur qui repose toute la richesse de l’alliance.
Il est celui qu’il a choisi, pour redire aux hommes les chemins de l’Alliance, pour redire son amour au plus intime du cœur de l’homme.
Il est celui qui a une Parole à offrir, loin de tous les rejets, de toutes les croix … une Parole à écouter, celle de nos Évangiles, celle de cette Parole de Dieu qui nous passe si souvent inaperçue, alors qu’elle est à chaque jour nouvelle.
Oui Jésus est un Visage éblouissant de lumière, mais aussi une parole, celle d’un amoureux, qui vient nous atteindre le cœur, pour le changer, pour nous indiquer le chemin de l’amour.
Mystère profond qui aurait de quoi nous habiter à chaque jour de notre vie, pour nous transfigurer, nous transformer.

Cette transfiguration de Jésus, dans la prière est pour nous aujourd’hui, un réel appel à la prière.
Quand on parle de notre expérience de prière, nous sommes vite déçus et découragés… c’est le moment de la distraction, l’heure d’un silence qui nous pèse, parce que rien ne le remplit, c’est l’heure où nous avons farouchement besoin de nous occuper (lecture, chapelet …) pas seul avec soi-même surtout.
C’est une question qu’il nous est difficile d’aborder entre nous : comment pries-tu ?
Et pourtant elle est le point de départ de toute notre aventure à la suite du Christ.
Elle est le lieu où se forge pour nous la Parole de Jésus : « Ta Foi t’a sauvé ».

Pour pouvoir dire : « Je crois en Jésus, il nous faut faire l’expérience de nous asseoir avec lui, de l’écouter, de l’entendre nous conforter dans la confiance et dans l’Amour.
Il nous faut faire l’expérience de ces moments gratuits où nous nous taisons, pour nous laisser remplir par ce qu’il est, par cet Amour qui se loge en lui, qui s’en vient nous rencontrer et nous transformer … tout en nous respectant.
Il nous faut pouvoir repartir de là, gonflé à bloc pour devenir les artisans d’un monde nouveau.
Ne croyons pas trop vite que toute notre vie, tout ce que nous faisons ou disons est prière.
Nous avons besoin, comme deux amoureux, de moments privilégiés pour y découvrir la beauté et la grandeur de l’autre, la lumière de son visage, la force de sa tendresse.
C’est de là que part et que revient l’action et la mission de chacune de nos communautés, de chacune de nos vies chrétiennes.
Il nous faut un Thabor, pour pouvoir en descendre et en devenir contagieux … belle mission pour ce temps de Carême, appelé à former un printemps dans nos quotidiens.

Nous nous sentons bien sur la montagne, dans le silence, seul avec Toi.
Nous sommes prêts à nous y installer et à croire que « l’enfer c’est les autres ».
Ton visage à toi est beau et ta voix est douce à nos cœurs.
Mais si nous voulons être avec toi, vraiment,
il faut que nous retournions chez les nôtres.
C’est là que tu nous attends.

AMEN