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VINGT-TROISIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(9 septembre)

- Abbé Guy De Smet -

" Effata... Ouvre-toi ! "
Un mot … une porte qui s’ouvre, une liberté retrouvée … c’est à cela que nous convie la Parole de Dieu aujourd’hui …

Mais, raccompagnons quelques instants cet homme dont nous parle, ce matin, l’Évangile.
Jésus est en route, dans son périple sur les routes des hommes. Il se trouve en plein territoire païen. Brusquement, il se trouve confronté à cet homme que tout exclut.
Quel terrible handicap, pour ce sourd-muet, qui se retrouve ainsi coupé du monde et des autres. Il ne peut rien entendre et il a toutes les peines du monde à s'exprimer.
Il vit dans un isolement total, dans une nuit proche de l'aveuglement.

Cet homme perdu sur une route de la Décapole n’est-il pas à l’image de ce peuple d'Israël perdu dans la nuit de l'Exil.
Il se sent abandonné par Dieu, rejeté par les hommes. Il n'est plus à même de communiquer sa Foi, son Espérance... à quoi bon continuer ?
Dieu a oublié son peuple. L'infidélité a été trop grande. Y aurait-il une fin à cet enfer ?
Ce sourd-muet de l'Évangile n'est-il pas aussi de notre monde et des chrétiens noyés dans ce monde ?
Les chrétiens aussi ont l'air d'être devenus sourds à la Bonne Nouvelle.
Ils ressassent des rites, dont ils ont parfois perdu le sens.
Ils se perdent dans des conflits entre telle ou telle tendance.
Ils ne prennent plus le temps de s'arrêter et d'écouter leur Dieu, qui est pourtant toujours là à attendre leur disponibilité.
Ils sont aussi devenus incapables de témoignage, noyés qu’ils sont dans des « affaires » qui ne cessent de les poursuivre.
De temps à autre il y a bien une éclaircie : tel événement, telle rencontre, tel moment fort. Mais bien vite la routine prend le dessus et la crise nous fait broyer du noir.

En lisant cet Évangile, nous constatons que cet homme handicapé n'est pas venu tout seul.
C'est la foule qui l'amène et qui demande à Jésus de lui imposer les mains. Extraordinaire attente de cette foule, qui ose croire contre toute attente.
Une attente, une Foi, qui de tout temps a mis en route le peuple des croyants !
Ainsi, le peuple de l'Exil savait que Dieu ne pouvait l'abandonner : l'espérance devait rester une lumière pour toutes les nations. Il fallait se relever et repartir.
Et aujourd'hui, n’est-ce pas cette même attente qui se loge au fond de chaque homme de bonne volonté ?
L'homme moderne a souvent compris que le matérialisme ne peut le combler.
Il a besoin d'autre chose, que nous appellerons « spiritualité » pour vivre. Il s'agit là d'une dimension qui le dépasse.
C'est alors la recherche de sectes, d'ésotérisme, d'horoscopes, d'écologie... Bref, la recherche de toute une série de choses qui ne limitent pas l'homme à ses besoins matériels.
Notre monde attend ... n'est-ce pas là une invitation aux Églises pour oser se relever, au-delà de ses crises et de ses scandales ?

« Prenez courage, ne craignez pas, voici votre Dieu... Il vient lui-même et va vous sauver ».
Pour ce sourd-muet qu'on lui amène, Jésus va faire un miracle. Il va dire la parole qui le sauve : une nouvelle vie va pouvoir commencer !
Pour le peuple perdu dans les ténèbres, des prophètes vont se lever, un petit reste va relever la tête et la longue marche de l'Espérance va pouvoir reprendre : les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s'ouvriront. Le boiteux bondira comme un cerf, la bouche du muet criera de joie. L'eau jaillira dans le désert... Dieu vient rendre la vie !
Aujourd'hui, des témoins se lèvent et ils invitent les chrétiens noyés dans leurs crises et dans leurs habitudes, à relever la tête.
Que d’hommes, que de femmes, que de jeunes, qui de par leur engagement au service de l’amour sont ainsi des phares au sein de nos communautés ou au sein de nos quartiers !
En pleine crise des réfugiés, loin des palabres, des notions de quotas, des chrétiens et d’autres ont retroussé leurs manches pour venir en aide à des hommes, des enfants, des familles que la guerre a détruit et a placés sur les routes de l’exil.
Oui, " Effata "
Désormais le sourd-muet de l'Évangile pourra entendre la Parole libératrice de Jésus et il pourra l'annoncer autour de lui.
Désormais aussi, le baptisé que nous sommes chacune et chacun pourra écouter la Bonne Nouvelle de l'Amour. Il pourra s'en émerveiller, au point de ne plus pouvoir se taire et de devenir un bâtisseur de la civilisation de l'amour.
Désormais notre monde pourra oser croire en un avenir : des hommes et des femmes vont se lever pour aimer au cœur d'une société froide et trop souvent inhumaine, au cœur d’une actualité ou les cris de la terreur et de la violence ont une place trop grande
Rêve ou réalité ?
Et si nous laissions Jésus simplement nous emmener à l'écart pour nous guérir et nous crier : " Effata " ... une source de vie demande à en jaillir.
Laisserons-nous cette chance à Dieu ?

Détacher sa barque,
partir pour les eaux profondes de la vie,
entre le bleu du ciel et le bleu de la mer...

Aimer sans fin, aimer à se perdre
être heureux du soleil, être heureux de l'écume et du vent.

Ne plus revenir au rocher triste de l'enfilade des jours,
ne plus se briser à attendre que les marées s'arrêtent,
ne plus clapoter à perdre l'espoir.
Détacher sa barque,
filer entre les écueils
et s'étendre, calme, serein, sur la plage de la confiance.

Il faut un jour détacher sa barque,
prendre le risque de s'embarquer
pour l'Amour sans condition
et laisser Dieu tenir les avirons.

Amen