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VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(2 septembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Il a voulu nous engendrer par la vie par sa Parole de vérité ».
Un cadeau pour une nouvelle étape, celle d’une nouvelle saison, au cours de laquelle nous serons invités à mettre nos pas dans les pas du Christ ressuscité.

Ce cadeau nous vient de Dieu, celui dont le livre du Deutéronome parle avec éloge, en disant : « Quelle est grande la nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l'invoquons ? »
Eh oui, comme il est grand le Dieu du peuple choisi.
À chaque étape de son histoire, il n'a cessé de le prendre par la main.
Il l'a guidé à travers lueurs d'espérances et ténèbres de désespoir.
Il l'a porté, à chaque fois que l'opposition des hommes à son œuvre d'alliance se faisait trop forte.
Il était là pour appeler Abraham à quitter ses sécurités et ses aises, pour se lancer dans l'aventure de la Foi.
Il était là avec Moïse pour libérer son peuple de l'esclavage d'Égypte.
Il était là par la voix de ses prophètes, pour rappeler à son peuple l'amour qui crée la fidélité.
Oui, il était là par une Parole qui crée la vie, et qui rend possible l'avenir.

En relisant l’actualité de ces dernières semaines, nous pourrions être tentés de ne plus croire en cette Parole, ni en cet avenir.
Une crise économique qui s’attaque de plein fouet aux plus faibles de nos sociétés, en rien responsables de la situation économique, un peuple syrien écrasé par une guerre civile qui détruit toute humanité sur son passage, des migrants qui errent dans l’indifférence générale et que tous se rejettent sans même les voir …
Et pourtant que de Vie créée quand des hommes et des femmes retroussent leurs manches pour oser la solidarité envers des plus démunis : ces milliers de bénévoles qui chaque mois prennent sur leur confort pour venir en aide à de plus démunis à qui la chance ne sourit pas ou encore tous ces visiteurs de prisons, qui de mois en mois s’en vont apporter un peu d’humanité à des condamnés dont la société se préserve.
Ces bénévoles de la plateforme d’aide aux migrants et qui ne calculent pas leurs efforts pour pallier l’arrogance et à l’indifférence du monde politique
Et pourtant que de semeurs d’avenir grâce à tous ces poseurs de gestes prophétiques qui dans notre Église ne cesse de nous signifier que l’Évangile ne s’écrit pas qu’avec des mots, mais avec des vies toutes données, dans le sillage de celle du Ressuscité …
Toute cette histoire du peuple de Dieu, cette histoire de vie et d’avenir n'est pas que pour la gloriole, pour s'afficher les plus grands, les plus beaux, les plus forts. Non, cette histoire est là pour découvrir les traces du Dieu de vie, qui continue d'écrire son amour, sur la terre des hommes ... en toute humilité.

Dieu nous fait le cadeau de sa Parole, pour en vivre... Mais qu'en faisons-nous, frères et sœurs ?
Les scribes et les Pharisiens déjà ne pouvaient comprendre. Comment ces hommes qui se prétendaient les disciples d'un homme de Dieu, pouvaient-ils ainsi bafouer les règles du peuple élu ? Comment pouvaient-ils manger avec des mains impures et ne pas se plier aux rites qui avaient fait l'autorité des maîtres en Israël : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des Anciens ? Ils prennent leurs repas sans s'être lavé les mains »
Et n'en est-il pas de même dans notre Église ?
Que d'hommes et de femmes nous avons jugés ou condamnés : ils sont divorcés-remariés, ils travaillent le dimanche, ils ne pratiquent pas le dimanche, mais ils vont en pèlerinage à Lourdes... et j'en passe.
Entre chrétiens, nous nous jugeons et nous nous condamnons, au départ de la même Parole de Dieu : untel est de gauche, tel autre est de droite. Celui-là est un traditionaliste, tel autre est en avance...
Et tout comme les scribes et les Pharisiens d'hier, nous pouvons prendre en compte la Parole que cite Jésus : ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ».
La parole que Jésus nous offre nous invite à aimer. Elle se propose de nous guider vers ces lieux où Dieu habite, ces endroits où brillent les visages de mon frère, de ma sœur. Il m'emmène vers ces endroits des pauvres de cœur, où l'humilité et la pureté du regard, nous permettent de découvrir le visage de Dieu en dialogue avec sa créature et son collaborateur.
La Parole que Jésus nous offre se montre à l'œuvre d'abord à travers tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait. Elle se fait présence à chacune de nos eucharisties, où il s'offre à nous, tout en se faisant mendiant de notre réponse : « faites cela en mémoire de moi ».
La Parole de Dieu se fait visible dans celles et ceux qui en vivent … et comme ils sont une bouffée d’air frais dans le monde de haine et de violence que nous connaissons.
Prenons le temps d'en vivre, frères et sœurs : il y va de notre bonheur avec Dieu, un bonheur qui s'appelle « aimer ». Cela peut être une petite carte glissée discrètement dans la boîte aux lettres d’un nouveau voisin, une empathie à l’occasion du décès d’un voisin que nous ne connaissons pas, un petit mot chaleureux à l’occasion d’une naissance ...
Peut-être bien que les conseils de l'apôtre Jacques pourraient nous inspirer : « Accueillez humblement la parole de Dieu semée en nous ».
Dans nos vies surchargées, prenons le temps de nous taire, de nous retirer, de prendre un évangile, de lire et de retrouver un regard neuf, pas celui de vieux habitués.
« Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l'écouter ».
De ce face à face avec Dieu, de l'écoute de la Parole, de sa découverte, peut-être, deviendrons-nous des créateurs de gestes d'amour et de paix, compréhensibles pour le monde d'aujourd'hui.
Devenons, ce que nous écoutons : les amoureux de la vie, celle dont Dieu décrit les contours.

Viens, Esprit Saint, sur ton Église.
Sois le défenseur des témoins de l'Évangile,
l'Inspirateur de toute communion
et le promoteur de la vraie Liberté.
Guide ceux et celles
qui empruntent de nouveaux chemins
et qui entreprennent avec audace
leur mission de prophète.
Sois le Dieu de l'avenir. 

Amen


QUINZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(15 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

« Va »
Parole de Dieu pour un prophète, pour des disciples ...
Parole de Dieu pour notre Église de ce temps ...

« Va »
C'est la Parole d'un Dieu formidable, d’un Dieu qui nous invite aujourd'hui... au point que Paul dira de lui : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ».
Béni, parce qu'il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons dans son amour, saints et irréprochables".
Depuis toujours, il nous a choisis, il nous a façonnés, il nous a modelés à son image et à sa ressemblance, pour que nous devenions des relais de sa tendresse, au cœur de la vie des hommes...
Paul ajoutera dans ses écrits : « Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ ».
Il nous a fait partager son intimité de Père, afin que nous devenions un peu comme lui.
« Elle est inépuisable, la grâce par laquelle il nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté ».
Quelle patience extraordinaire, qui au-delà de nos faiblesses, de nos limites, ne cesse de prendre du temps pour nous dévoiler le secret de son être, qui n'est qu'Amour et qui peut engendrer une vie que rien ne peut corrompre.
Ne nous habituons jamais, frères et sœurs, au visage de ce Dieu qui aime tout homme tel qu'il est ...
Un Dieu qui ne cesse de nous faire confiance et de croire en nos possibilités, pour devenir des sourciers de vie …
Un Dieu que Jésus nous a appris à appeler « Papa » !

C'est bien ce Dieu-là, qui depuis la nuit des temps appelle l'homme, son prophète.
Ainsi Amos, qui pourra résumer son expérience en ces termes : « Je n'étais pas prophète ni fils de prophète ; j'étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m'a saisi quand j'étais derrière le troupeau, et c'est lui qui m'a dit : va, tu seras prophète pour mon peuple Israël ».
Lui qui n'appartenait pas à une caste ou à un clan, Lui qui n'avait aucune autorité humaine pour dire le monde de Dieu, le voilà choisi pour proclamer l'impatience de Dieu et l'urgence d'un changement.
Dans sa vie toute simple, sans opportunisme, sans course au prestige, Dieu avait couvé du regard Amos. Il savait qu'il deviendrait son instrument, qu’il deviendrait le porte-parole de son Amour, pour ce peuple qu'il avait choisi et qui semblait l'avoir oublié.

C'est aussi ce Dieu-là, débordant d'Amour, qui appelle les Douze et les envoie pour une première mission.
Imaginez ce moment émouvant.
Ces hommes, il avait choisis avec soin.
Ces hommes à qui il avait montré les signes d'une Bonne Nouvelle : des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient, des sourds qui entendaient..., le voilà qu'il les envoie vers les hommes pour y vivre la même audace.
Confiance merveilleuse, mais qui ne va pas de soi !
Ils avaient été choisis. Ils avaient marché avec lui. Ils avaient vu les miracles qu'il avait accomplis. Ils avaient même été témoins du succès de foule que rencontraient ses paroles et ses actes.
Mais, ils avaient aussi vu se lever l'opposition et les premiers signes d'un rejet.
Ainsi cette visite à Nazareth. Il aurait dû y être accueilli, reconnu. Il aurait pu rêver d'une fierté des habitants, pour cet homme de chez eux, qui osait dire la beauté de Dieu. Et tout se réduisait en un échec lamentable : « Nul n'est prophète en son pays ». Là, pas de miracles, pas de succès extraordinaire.
Et c'est avec à l'esprit cet échec de sa propre mission, que Jésus les envoie !
Il les laisse même avec des moyens dérisoires : « ne rien emporter pour la route, ni pain, ni sac, ni pièces de monnaies ». Rien, pas de gadgets, pas de moyens forts qui impressionnent. Rien qui ne risque de leur faire croire que le succès est dû à leurs seules forces.
Il fait même reposer le succès de leur mission sur ceux vers qui ils sont envoyés : « Si dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds ».
C'est donc pauvres, démunis et tributaires de l'accueil des hommes, que les Douze s'en vont ... et ça marche : « ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades, et les guérissaient ».
Branchés uniquement sur l'essentiel, l'exemple de Jésus lui-même, ils vont pouvoir dire Dieu à leur tour et proclamer une conversion, qui mérite l'écoute et l'attention.

Ce Dieu formidable, ce Dieu qui appelle des prophètes, n'est-il pas ce même Dieu qui met en route son Église et qui appelle des témoins pour aujourd’hui ?
Notre Dieu, en Jésus, ne cesse de nous parler d'amour et de tendresse.
Notre monde crève de manque d'amour : chaque jour on nous parle de crise économique avec les drames humains qu’elle engendre, on nous parle de guerre et de massacres comme en Syrie, on nous parle d’expulsion comme celle qui a causé la honte l’Europe et de la Belgique à travers le drame des migrants refoulés.
L'homme demande à exister et à compter pour quelqu'un. N'est-ce pas dans la réponse à cette attente de l'humanité, une réponse de notre mission d’Église ?
Notre monde crève de manque d'absolu, de référence à autre qu'à lui-même et à ses propres forces. Que de fois, il se casse la figure au nom de son orgueil et de son autosuffisance !
N'est-ce pas là encore un témoignage pour notre Église appelée à témoigner de la Transcendance, qui la transforme en bras en jambes, en cœur, pour devenir les relais de l'Amour au milieu de la société des hommes ?
Tout cela ne nécessite pas de grands moyens ou des gadgets qui risquent d'envoyer de la poudre aux yeux.
Non ! L'Évangile se vit pauvrement, sur le mode du " si tu veux ".
Il demande un cœur pour aimer, des yeux pour voir et pour comprendre, des bras et des mains pour se tendre, des jambes pour se mettre debout et en relever d'autres. N'est-ce pas ce que vivent ceux que nous appelons les grands témoins de notre temps ?
Mais cette mission demande aussi un accueil... pas d'abord de notre monde, mais peut-être avec plus d'urgence de nos milieux d'Église.
Je n'ai pas toujours l'impression, que si Jésus devait débarquer dans nos églises, dans nos cercles chrétiens, il recevrait cet accueil des foules en attente de signes.
Nous avons peut-être trop enfermé la liberté de notre religion, dans des carcans moraux et dans des formules qui ne nous engagent pas.
Nous avons trop transformé notre relation à l'Amour, notre relation à Dieu, en des devoirs et des routines, en des bigoteries et des bondieuseries, qui n'ont rien à voir avec la proclamation d'un ciel nouveau, ni d'une terre nouvelle.
Nous avons peut-être mis trop d'énergie à juger et à classer ceux qui nous parlent de Dieu, au nom de catégories ou d'exclusions qui nous arrangent et qui nous évitent d'entendre ce qu'ils ont à nous dire : et s'ils étaient envoyés par Dieu, eux aussi ?
Ce sera dans la mesure où la Parole de Dieu trouvera un écrin dans nos communautés chrétiennes, qu'elle sera à même d'inonder le vaste monde d'une eau qui abreuve et qui offre la vie.
C'est là notre responsabilité de Chrétien aujourd'hui !

- Seigneur, pour aller à ta vigne, il nous faut bien de bonnes chaussures ?
- Non, pas besoin. Ma grâce te suffit.
- Mais il nous faut bien de quoi manger ce soir !
- Non, ma grâce vous suffit.
- ... à midi !
- Non. Si tu prends des réserves, tu seras toujours tenté de croire que, grâce à elles et à toi, tu as réussi... ou raté.
Ne t'attache à rien.
Rien qui pourrait t'empêcher de me voir à l'œuvre
Et à toujours plus me désirer.

Amen


QUATORZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(8 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

 « D’où cela lui vient-il ? »
Une question qui en dit long sur le Mystère de Jésus, tel que le côtoient ses contemporains ...

« Jésus est parti pour son pays … », nous dit l’Évangile !
On l’imagine, lui qui n’avait pas une pierre où reposer la tête, le voilà, une fois de plus, en route avec ses disciples, ceux qu’il a choisis, ceux à qui il veut montrer les merveilles de Dieu et sa tendresse pour l’homme.
C’est le jour du Sabbat, et en bon pratiquant, il fréquente la Synagogue. On lui demande même d’y enseigner !
Tout semble donc bien aller … et tout à coup, voilà que la situation se dégrade : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? »
Derrière cette question, on sent bien que les auditeurs de Jésus ne le prennent pas d’abord pour un fou ou un illuminé : il y a pas mal de soi-disant prophètes qui courent les rues de l’époque !
Derrière cette question, on sent une vérité qui dérange, une vérité qui bouscule : pourquoi lui et pas eux ?
Pourquoi lui, celui qu’on connaît bien et pourquoi pas eux qui sont les tenants de la religion et les bons pratiquants de la synagogue ?
« Ils étaient profondément choqués à cause de lui ! »
Et nous les comprenons bien
Après tout, ce n’est que le Sabbat, ce n’est que la synagogue !
Nous dirions chez nous, ce n’est que le dimanche, ce n’est qu’une église, une simple maison dans laquelle nous nous réunissons au nom de notre Foi ou au nom de notre éducation ou au nom de notre étiquette de croyant.
Nous avons tout le poids et le sérieux de nos existences. Nous portons tout le sérieux de nos habitudes et de notre sens du devoir … Bref, nous savons !
Alors, si en plus, nous devons y entendre une parole qui nous bouscule …  si en plus, nous devons y supporter des remises en questions, nous risquons bien vite de trouver tout cela insupportable.
Il vaudra mieux alors calomnier, enfermer dans des images ou dans des cancans … puisque de toute façon « sa personnalité ne nous convient pas ! »
Et Jésus de répondre face à tout cela : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » et il s’en alla plus loin, sans y accomplir de signes ou de miracles …

Être disciple aujourd’hui, c’est être appelé à être prophète et donc à déranger !
C’est bien là le grand drame de notre Église de ce temps, de ceux qui la représentent, de nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui, c’est de ne plus déranger personne et parfois même de ne susciter que l’indifférence, si pas le dégoût.
Être disciple, ce n’est pas une question de gloriole ou d’étiquette
Être disciple, ce n’est pas appartenir à un petit club de gens bien, qui « savent ».
Être disciple, ce n’est pas se comporter comme le juge, de tous ceux qui ne sont pas comme nous ou qui ne sont pas de notre bord.
Être disciple, c’est d’abord être des aimés, chargés de le dire, de le montrer.
C’est être les porte-parole d’un Dieu qui vient nous aimer, nous bousculer dans nos certitudes et dans nos routines.
C’est être les annonceurs d’une Bonne Nouvelle qui n’est pas là pour que nous brillions ou que nous soyons populaires, mais d’une Bonne Nouvelle qui nous rejoint dans les grands et dans les petits côtés de nos existences.
Être disciple, ce n’est pas dû à nos qualités ou à notre bonne étiquette. C’est Dieu qui est à l’œuvre : « Fils d’homme, je t’envoie ».
Il veut nous prendre là où nous sommes, sur le terrain de nos existences.
Il veut de nous avec nos possibilités et nos talents, mais aussi avec le poids de nos limites et de nos faiblesses…Nous ne comprenons pas toujours pourquoi … mais lui doit le savoir : c’est son affaire !
Voilà 40 ans que j’étais ordonné prêtre, voilà 40 ans que j’en suis convaincu : pourquoi moi ?
Il faut donc s’attendre à ce que l’attitude des auditeurs de Nazareth soit celles des auditeurs de tous les temps : « ils étaient profondément choqués à cause de lui ».
Peut-être bien que notre Église, et aussi le message qu’elle veut transmettre ne nous choque pas assez et que nous sommes devenus imperméables à l’envie d’une remise en question… c’est bien là le fond de la crise qu’elle traverse de nos jours !

Mais, être ainsi prophète, est-ce bien une mission à notre portée ?
Il nous faut là entendre l’apôtre Paul, quand il nous parle de son expérience.
Il a été retiré de son existence de « fils de Pharisien ».
Il a « vu » les merveilles de Dieu, même celles qui se faisaient pour lui, le coursier de Damas.
Il a parcouru le monde de son temps, pour dire la Bonne Nouvelle qui l’a réveillé, qui l’a poussé en avant, qui lui a donné des ailes, pour montrer du doigt le visage de Jésus qui lui a ouvert de nouveaux horizons.
Et pourtant, il se sent faible, il se sent indigne et bien humain….
Mais s’il est ainsi debout et en route, c’est parce que Dieu l’a voulu : « ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».
Paul sait bien qui il est, il connaît ses limites, mais il accepte d’être l’instrument dans les mains de celui qui lui a dit son amour et sa confiance.
Paul sait bien qu’il n’est pas là pour engranger le succès et les honneurs, qu’il n’est pas là pour plaire, mais que sa mission est d’annoncer à temps et à contretemps que le Ressuscité vient nous libérer et faire de nous un peuple de prophète.
« Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort, conclura-t-il en résumé de sa manière d’être présent et au monde et au message qu’il a été chargé d’y porter.

Tu t’étonnes, Seigneur du manque de Foi des gens …
Comme des enfants assis sur la place :
« Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé ! »
Mets en nous, Seigneur, le même étonnement devant les
hochements de tête, devant les critiques qui te sont faites, ainsi qu’à ton Église.
Mets seulement en notre regard un point d’interrogation : Pourquoi ?
Et puis, aide-nous à partir « alentour », plus loin,
pour y proclamer ta Bonne Nouvelle.

Amen


DIXIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(10 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère »
Un lien de parenté, un commandement nouveau qui unit ...
Un fil rouge que Jésus confie à son Église aujour’hui !

Une remarque qui pourrait sembler être mal venue au moment où quelqu’un vient dire à Jésus : « Voici ta mère et tes frères qui sont là dehors qui te cherchent ».
Mais pour Jésus, ce qui compte, c’est sa mission, c’est d’annoncer un monde nouveau façonner par la sève qui s’écoule du coeur de Dieu, son Père.
Ce qui importe pour Jésus, c’est de ne pas voir l’empire du mal, le monde de Satan s’installer sur la terre des hommes.
Ce qui a du prix aux yeux de Jésus, c’est que plus jamais la déchéance d’Adam ne s’installe dans le cœur de l’homme.

C’est à ce moment que deux priorités se bousculent dans le cœur de Jésus : d’une part, cette foule qui le suit, qui attend de lui, une Parole de vie, une guérison, une protection ...
D’autre part cette volonté de Dieu qui lui a fait mettre l’empreinte de ses pas dans les pas des hommes.
Cette foule, il la connait. Il sait qu’elle est capable du meilleure et du pire. Il sait qu’elle est capable de tuer, mais aussi de donner la vie. Il sait qu’elle est capable de haïr, mais aussi d’aimer.
La volonté de son Père aussi, il la connait. Il sait qu’elle ne tolère aucune compromission. Il sait qu’elle s’offre en totue liberté, sans s’imposer, sur le mode du « si tu veux ».
Il sait qu’elle contient le projet d’aimer et de se laisser aimer, au point de devenir des sourciers de vie.
Il sait qu’elle est une urgence face à un monde qui se noie dans un déluge de perte de sens et de valeurs, dans une misère et dans un abattement de tous les instants.
Et si concilier l’homme et l’amour était possible ?

La société d’aujourdhui semble laisser très peu de place à cette volonté d’Amour ... et même à Dieu tout court.
Partout, il est question de violence, de terreur, de sanctions, de domination, de force.
Dans ses projets, la société oublie l’humain au profit de l’argent et de ses magouilles, au point de laisser sur le bord de la route toutes celles et tous ceux qui n’en peuvent plus de ne plus avoir de place dans ce monde.
Dans sa construction, la société n’envisage que du temporaire et du provisoire. Elle fonctionne sur le mode du « tout, tout de suite ».
Ses relations sont virtuelles, au rythme des claviers et des écrans. Le « like » de Facebook et du smiley a remplacé la beauté d’un regard ou d’un sourire.
L’amour a pris la forme d’un portefeuille ou d’une réputation, loin de l’étincelle unique qui brille en chacun.
La peur a créé un chacun-pour-soi morbide et inquiétant.
La valeur d’un être humain ne réside plus que dans sa force de rentabilité ou dans son utilité ... sans quoi il peut bien disparaître que cela ne dérangerait personne.
Et nos églises de laisser résonner ce chant : « Où va notre terre, si l’amour est tué, si nous marchons séparés ... »

En plaçant en avant la volonté de Dieu et la nouvelle fraternité qu’elle engendre, Jésus pose l’urgence de l’Amour.
Il est urgent d’aimer, de s’aimer, de se respecter, de se tolérer.
Il est urgent de ne pas s’enfermer dans la tour d’ivoire de son petit « moi-je ».
Il est urgent de prendre du temps pour soi et de s’aimer soi-même ... point de départ de tout amour donné et ouvert sur les autres.
Jésus ne s’est pas contenté d’en parler : il l’a vécu d’abord.
À chaque fois que nous regardons la croix, nous regardons, certes, un instrument de torture, mais surtout, nous croisons le regard de quelqu’un qui a étendu les bras pour s’offrir dans sa nudité totale à l’autre, son frère, sa sœur.
La croix pour le Chrétien, c’est avant tout la chambre d’une nuit de noces, où Jésus, où Dieu enfante une humanité nouvelle.
Jésus vient y aimer jusqu’au bout.
Jésus vient s’y donner, comme un fruit mûr donne le meilleur de lui-même.
Jésus vient y croiser le regard du meilleur de l’homme pour lui souffler à l’oreille : « sois mon témoin ».

Et ce sont des témoins que Jésus engage pour son Église d’aujourd’hui.
Il n’engage pas des Chrétiens par devoir ou par tradition.
Il n’a que faire de nos tiédeurs et de nos manques de Foi.
Il engage des Chrétiens qui l’ont entendu dire, jusqu’à l’expérimenter dans leur chair : « Viens et suis-moi ».
Il engage des Chrétiens qui ne jugent pas, mais qui pardonnent ; des chrétiens qui tendent les bras et ouvrent leurs cœurs au lieu de serrer leurs poings ; des chrétiens qui sont source de tolérance et non des créateurs de haines et de rancunes nouvelles.
Il engage des Chrétiens dont les comportements coïncident aux actes ; des chrétiens qui vivent comme s’ils étaient branchés sur l’Invisible.
Il engage des Chrétiens pauvres d’eux-mêmes mais tellement remplis d’une Présence divine qui les fait vivre, d’un amour qui est devenu communicatif.
Il y a là une urgence pour le monde et pour l’Église de ce temps !
Et si nous retroussions nos manches ?

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour,
si tu parles, parle par amour,
si tu corriges, corrige par amour,
si tu pardonnes, pardonne par amour.

Aie au fond du coeur la racine de l'amour :
de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.

Amen


SAINT SACREMENT

(3 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Ceci est mon corps … ceci est mon sang »
Des mots, une vie, un don ... et c’est tout  Jésus, tout l’Amour de Dieu qui se donne en nos mains.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » ! C’est tout le mystère de Dieu qui se dit !
Resituons-les dans leur contexte. La Pâque juive approche.
Les croyants au Dieu unique se rappellent alors le choix que Dieu a fait.
Il a pris parti pour son peuple.
Il a pris le parti de la vie qui s’écoule dans ce sang, au point d’asperger les tables de la Loi, d’asperger le peuple de ce sang et donc de la Vie qu’il contient.
En choisissant Dieu, ils choisissent d’être des vivants et de laisser la vie couler en eux.
C’est pour se souvenir de cet événement exceptionnel que les disciples demandent à Jésus : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ».
Ils ne pensaient pas si bien dire : « ton repas pascal ».
Jésus va y reprendre le signe du sang livré à son compte : « Ceci est mon sang, répandu pour une multitude ».
Désormais en mangeant son Corps, en buvant son sang, nous nous laissons irriguer par sa vie, toute marquée par l’amour, au point que c’est l’amour qui coule en nous et qui demande à donner sens à nos paroles et à nos actes.
Désormais, à chaque eucharistie, nous sommes appelés à communier à la vie, au point de pouvoir en irriguer d’autres autour de nous.
Mystère énorme, auquel il nous devrait être impossible de nous habituer : nous y devenons des récipients d’amour et de vie, pour que nous puissions en abreuver d’autres, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos professions …

« Ceci est mon Corps … ceci est mon sang », ce sont des paroles que le prêtre prononce au cœur de nos communautés.
Guy Gilbert, ce prêtre des Loubards à Paris, écrivait un jour, parlant des priorités de sa prière et de son action : « Il y a surtout l’eucharistie, faire descendre l’Amour dans mes mains nues. C’est certainement le plus grand moment de ma vie, et c’est nanti de cette force-là que je peux vraiment sentir l’Esprit Saint en moi et le prier »
Pour un prêtre, c’est certainement le moment le plus vertigineux de sa vie et de sa mission !
Quel frisson de savoir, qu’à travers ce que vous dites et à travers ce que vous faites à ce moment–là, c’est Dieu qui veut faire couler le sang de sa vie et de son amour sur la terre des hommes.
Il vient être vie pour cette maman malade du cancer qui voyait dans le fauteuil à côté d’elle son fils qui lui aussi se mourrait du cancer.
Il vient être vie pour ce jeune, qui lors d’une session, découvre dans les larmes d’une messe qu’il est aimé et qu’il compte pour quelqu’un.
Il vient être vie dans ce couple qui, timidement, est venu se dire « oui », partageant désormais la force d’être ensemble aux bons et aux mauvais jours.
Il vient être vie, là où des parents se sont réunis auprès de leur enfant mort tragiquement, nouant autour d’eux de nouvelles présences et de nouvelles solidarités.
Ce vertige, ce bonheur, j’ai eu le privilège de le ressentir durant 40 ans... et je m’en sens toujours aussi indigne qu’au premier jour !

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » dit Jésus et finalement c’est toute une vie qu’il vient façonner.
La vie d’un prêtre, homme parmi les hommes. Il est là avec ses rêves, ses espérances, ses limites et ses échecs.
Chaque matin le Ressuscité le remet en route pour y semer la Vie, pour y semer l’amour.
À ce prêtre demandez-lui ce qui le fait vivre.
Au terme de ces quarante ans, je me permets de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : ne lui demandez pas de gérer vos comptes, vos salles, vos écoles.
Ne lui demandez pas de se faire le défenseur d’intérêts mesquins et partisans.
Demandez-lui ce Jésus qui veut laisser couler la vie en vous.
Demandez-lui d’être un sourcier d’amour et d’espérance, avec toute la chaleur humaine et l’humour que cela comporte.
Il vient façonner aussi la vie d’une communauté, de nous tous, qui sommes prêts à nous engager pour que l’amour soit vécu et annoncé ici, chez nous, à Flawinne.
Ensemble, soyons heureux et devenons contagieux de cette joie de vivre.
Ensemble, osons le risque d’aimer … c’est là que Dieu nous a fixé rendez-vous.
Ensemble, devenons les témoins d’un Corps et d’un Sang livré, pour que le monde ait la vie.
Ensemble, devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ !

Toi, le Christ,
tu offres un trésor d'Évangile,
tu déposes en nous un don unique,
celui d'être porteurs de ta vie.
Mais pour qu'il soit évident
que le rayonnement vienne de toi
et non pas de nous,
tu as déposé ce don irremplaçable
dans des vases d'argile,
dans des cœurs de pauvres,
tu viens prendre place
dans la fragilité de nos êtres,
là et non pas ailleurs.
Alors, sans que nous sachions comment,
tu fais de nous, si démunis et vulnérables,
le rayonnement de ta présence
parmi les humains.

Amen