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Deuxième dimanche de Pâques

(8 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« La paix soit avec vous ! »
Des mots qui résonnent dans un monde et dans une Église en quête de renouveau et de dépassement de ses peurs.

Nous sommes le soir du premier jour de la semaine. Les disciples se retrouvent enfermés dans leur terreur et dans leurs interrogations … et c’est au cœur de cette réalité obscure, que Jésus ressuscité les rejoint.
Les marques de la Passion vont devenir pour ces hommes la source d'une joie que nous osons à peine imaginer.
De cette joie partira une mission, celle d’un envoi : « Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».
Une mission difficile, certes, mais Jésus ne les laissera pas orphelins, il leur offre une force : « Recevez l'Esprit saint ».

Thomas, l'un des douze n'est pas là et il lui est bien difficile de croire ou d’imaginer cette nouvelle qui remplit les autres de joie.
Il lui faut des signes ! : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas ».
Il lui faut des signes … Ne sommes-nous de la même trempe ?
Croire ne nous est pas naturel … et encore moins dans une époque où la Foi est source d’insécurité et de persécutions.
Nous ne disposons pas d'une ligne qui nous relierait avec Dieu, au point d'en oublier que nous sommes incarnés, que nous sommes de quelque part, que nous avons une histoire, que notre Foi s'enracine dans du concret, celui de notre quotidien.
C'est justement dans ce quotidien, que Jésus rejoindra Thomas et répondra à son attente, permettant cette Profession de Foi qui éclairera la vie du disciple : « mon Seigneur et mon Dieu ».

N’est-ce pas au cœur de nos propres expériences intenses, celles au cours desquelles nous sommes attentifs à ce que nous vivons, que le Ressuscité nous rejoint sur nos routes et se laisse reconnaître ?
Il ne s'agit pas d'une illumination subite, encore moins d'une extase mystique - dont il faut toujours se méfier quelque peu –
Il s'agit plutôt de telle rencontre, de telle conversation, de tel signe, qui dans telle circonstance nous dit la présence de Dieu, et nous donne une force de croire, dans un monde qui vit loin de tout cela.
Nous pouvons toutes et tous trouver de telles occasions dans la simplicité de nos quotidiens !
Face à Dieu, face à la Résurrection, face à l'intensité de la qualité de nos existences, notre monde attend des signes crédibles qui nous disent Dieu.
Il les attend d’autant plus que Dieu n’a pas bonne presse par les temps qui courent. Entre les attentats djihadistes, les attaques féroces d’une laïcité combattantes, les intégrismes et les fanatismes qui gangrènent toutes les religions … Dieu est bien trahi par celles et ceux qui se réclament de lui.

La Parole de Dieu que nous venons d'entendre aujourd'hui nous propose trois signes pour écrire notre Foi chrétienne : il y a d'abord le signe de la confiance en Jésus ressuscité : » Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ».
Le but d'une communauté chrétienne n'est pas de créer un climat d'humanisme, d’être gentil ou philanthrope.
Ce n'est pas même de former un groupe qui aime se rencontrer et pour qui la convivialité est une aspiration pas toujours facile à vivre.
Le but d'une communauté chrétienne, comme la nôtre, c'est de regarder ensemble dans la même direction, vers Celui qui du haut de la croix se laissera reconnaître par le centurion : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu ».
Si nous mettons tant de prix à nous retrouver de dimanche en dimanche, c'est pour découvrir ce Ressuscité qui nous met en mouvement et qui nous envoie en mission. C'est là bien plus qu'un devoir, mais une source de dynamisme qui demande à irradier le monde par l'amour rencontré.
Marcher ensemble à la rencontre de la Miséricorde de Dieu qui demande à habiller nos comportements !
Un autre signe, c'est celui de la croix.
Quand on se retrouve dans un groupe de jeunes et qu'on écoute leurs questions sur l'Église et sur la Foi, ce qui revient souvent et de manière négative, c'est la question de l'argent et de la richesse de l'Église.
Or, le Christ, en qui nous croyons, n'était pas  ni un banquier ni un homme d'affaire. Il était un crucifié. Les hommes l'ont rejeté, ils l'ont exclu de leur monde.
Ils n'ont pu supporter son message d'amour qui mettait l'homme debout.
Ils ont refusé sa contestation d'une religion et d'une société qui niaient et les droits de Dieu et les droits de l'homme.
Jésus n'est pas venu créer un ordre nouveau basé sur la puissance, en reprenant les armes de ceux qu'il contestait.
Non ! Il est venu pauvrement pour vivre un amour qui ne demandait ni sécurité, ni signes extérieurs de richesse.
La croix d'un homme livré, tel est le compte en banque vrai de l'Église et donc du Chrétien. Plus facile à dire, qu'à vivre, avouons-le !
Enfin un dernier signe qui pourrait interpeller notre monde et nos communautés, c'est celui du partage.
Le merveilleux tableau des Actes des apôtres, que nous entendions tout à l'heure a de quoi faire rêver nos groupes chrétiens d'aujourd'hui : partage, unité et prière ensemble. « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la Foi avait un seul cœur et une seule âme ».
Comme on est loin là de toutes ces déchirures, qui depuis la nuit des temps défigurent le visage du Christ au point de nous proposer deux dates différentes pour célébrer la Résurrection.
Comme on est loin de ces jugements, de ces mesquineries, de ces bigoteries qui déforment la joie de l'Évangile.
Comme on en est loin, et en même temps quel appel tonifiant pour nos Églises en recherche de projets.
Une joie de croire, née d'une contemplation longue et silencieuse de la croix, d'où jaillit une audace d'aimer et de partager dans l'unité. À Nous d'oser !

Mais cette audace ne nous est pas naturelle, frères et sœurs, il nous faut la recevoir de celui qui depuis le matin de notre Baptême compte sur nous : « Recevez l'Esprit Saint ».
En nous déclarant chrétien, nous ne sommes pas installés à notre compte. Il nous faut, chaque jour un peu plus, faire place à l'Esprit de Dieu dans nos vies. Il nous faut le laisser imprégner nos manières de voir et d'agir. Il faut nous laisser purifier … laisser Dieu agir à travers nos bras, nos jambes, notre cœur.

Ils avaient verrouillé les portes, ils avaient peur ...
Et puis, tu es là, au milieu d'eux, tu répands sur eux ton souffle.
Seigneur ressuscité, tant d'hommes et de femmes vivent portes verrouillées, laissant la peur faire son travail.
Aujourd'hui encore, donne-nous ton souffle quand il nous manque, donne-nous la confiance, quand elle déserte. Donne-nous le courage quand il s'absente. Ne nous laisse pas oublier que tu es là, Seigneur, au milieu de nous.

Amen


Pâques

(1 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« Il vit et il crut ».
Parole de Foi de deux hommes qui viennent de passer de la peur, des questions à la Foi, à la Lumière.
Parole de Foi appelée à devenir témoignage de Lumière pour une Église, au cœur des ténèbres d’un monde.

Quelle dure semaine, que celle qui vient de se terminer.
Jésus était entré à Jérusalem sous les acclamations de la foule. Un petit succès qui avait d’ailleurs rejaillit sur eux, les disciples.
Il y avait eu les préparatifs du repas pascal, temps du souvenir de la Libération d’Égypte et de l’Amour si proche de Dieu.
Il y avait eu ces gestes et ces paroles incompréhensibles qui ont transformé l’intimité d’un repas pascal, en une source de nostalgie et de peurs.
L’abandon et l’arrestation de Gethsémani et la trahison de Judas étaient encore dans les mémoires, tout comme ce reniement de Pierre ou ce chemin de croix humiliant et pénible, pour ce Jésus qui « n’avait rien fait de mal ».
Et puis la fin de tous les espoirs : la mort ignominieuse sur une croix, comme un vulgaire bandit. Désormais ce monde nouveau fait d’amour, de tendresse, de reconnaissance semblait bien loin.
Place à la peur et à la solitude des lendemains qui déchantent.
Tout semblait fini … si ce n’est ce dernier geste de quelques femmes qui s’en vont au tombeau de très bonne heure, « Le premier jour de la semaine ».
Ce tombeau, il est vide, la pierre a été roulée … cela ne fait qu’augmenter le désarroi : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ».
Pierre courut voir, avec l’autre disciple dont nous ne savons pas le nom … et l’incompréhension va se transformer en Foi : « Il vit et il crut ».
Qu’avait-il vu Pierre, si ce n’est un linceul, des linges et une pierre roulée face à un tombeau vide ?
Que c’était-il donc passé ? Nous ne le savons pas ! Si ce n’est qu’ils vont retourner vers les autres convaincus que Jésus est vivant, qu’il est ressuscité.
La mort n’a pas eu le dernier mot, l’espérance n’était pas vaine … une lumière a brillé dans la nuit.
Tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus, toutes les rencontres, toutes les paroles prononcées prennent désormais sens : notre Dieu est un Dieu de vie qui fait jaillir la vie, là où tout semblait mort.
De cette visite au tombeau, vont jaillir les Évangiles et vont naître les premières communautés chrétiennes, qui, jusqu’à aujourd’hui ne vont cesser de proclamer l’audace du Père qui a rendu la vie à son Fils, ne pouvant s’arrêter au rejet dont l’humanité a été capable.

C’est à cette proclamation de Foi que nous sommes convoqués en cette fête de Pâques.
Dans la nuit de notre église, comme dans la nuit de l’actualité du monde, une lumière a brillé, donnant reflet à tout ce qui l’entourait, à vous, à moi.
Elle a brillé sur nous, parce que le Christ nous a entraînés dans son sillage vers une vie et vers un amour que rien ne pourrait détruire.
Elle a brillé pour le monde qui ne peut se résoudre au cercle infernal de la violence, de l’indifférence, du chacun pour soi.
Elle a brillé pour nos communautés chrétiennes, lui confiant la mission de guetteur de vie et d’espérance pour toute l’humanité ou encore la mission de levain dans la pâte du monde, pour y apporter un surcroît d’Amour et de main tendue.

Un Chrétien ne peut se contenter de routines et d’habitudes.
Un chrétien ne peut se contenter d’être arrangeant avec Dieu et de le chercher quand il en a besoin uniquement. Il n’est pas propriétaire de Dieu, au point de pouvoir le manipuler comme il en a envie.
Un Chrétien n’est pas chrétien qu’à Noël, à Pâques, à la Toussaint ou lors des funérailles.
Un Chrétien ne peut se contenter de se croire en règle avec Dieu, parce qu’il a assisté à une messe ou parce qu’il a fait un pèlerinage.

Non ! Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est un « passeur de Lumière et de vie ».
Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est celui qui ose agir au nom de sa Foi en cherchant plus de justice et de solidarité dans un monde qui crève de ne pas en rencontrer.
Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est quelqu’un qui ose aller à contre-courant des modes et des masques pour oser la Vérité de l’homme qui est d’aimer et de se laisser aimer … la vie peut en jaillir.
Le Chrétien, c’est quelqu’un qui, comme le Ressuscité aime jusqu’au bout : le Colonel Beltrame, lors de l’attentat de Trèbes nous en laisse l’exemple. Il a donné sa vie pour que d’autres vivent.

N’y-a-t-il pas là un appel pour chacune et chacun d’entre nous, à un moment où les églises semblent se vider et les Chrétiens semblent se compter ?
N’y a-t-il pas là un appel à oser témoigner du bonheur et de la contagion de croire en ce Dieu qui est sourcier de vie pour tout qui vit sur le mode de la place vide en lui et de la pauvreté de cœur, loin des mirages de la société de consommation et sur le mode d’une liberté qui fait grandir, parce qu’elle fait aimer ?
N’y-a-t-il pas là un appel à devenir des Ressuscités, dans la foulée de celui qui nous appelle et non comme des Chrétiens qui seraient cantonnés aux urgences du minimum vital ?

Le Christ est ressuscité des morts,
par la mort il a vaincu la mort,
à ceux qui sont dans les tombeaux
Il a donné la vie !
Réjouissons-nous en ce jour de la Résurrection
car le Christ, hier accablé de moqueries,
couronné d'épines, pendu au bois,
aujourd'hui se relève du tombeau.

Réjouissons-nous car le Christ baigne de sa clarté
ceux que les ténèbres de l'enfer retiennent captifs.
Réjouissons-nous en ce printemps de la vie,
car une espérance jaillit parmi les victimes
des guerres, des tremblements de terre,
parmi les affligés du corps et de l’âme.

Réjouissons-nous, car par la croix toute tristesse est abolie,
et la joie inonde le monde.
Réjouissons-nous, car le Seigneur est descendu
au plus profond de la terre,
est descendu au plus profond du cœur des hommes,
où se tapit l'angoisse ;
Il les a visités, Il les a illuminés,
et tourments, angoisse, enfer sont anéantis, engloutis
dans l'abîme d'amour ouvert au flanc percé du Seigneur.

Réjouissons-nous, car il est ressuscité le Christ, la joie éternelle.

À toutes et à tous sainte fête de Pâques dans la lumière du Ressuscité !

Amen


Veillée pascale

(31 mars)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Ne soyez pas effrayés ! »
Paroles étranges pour ces femmes éplorées s’en allant au tombeau de grand matin.
Paroles étranges pour une Église confrontée à ses divisions et aux violences d’un monde fait d’errances et de souffrances ... et pas toujours d’Espérance et de réussites.

Oui, ces femmes qui s’en viennent au tombeau sont éplorées : Celui qu’elles admiraient, qu’elles aimaient a été cloué sur une croix, abandonné dans une mort humiliante.
Ces années de partages, de paroles qui faisaient du bien, de gestes qui relevaient s’en sont envolées comme l’aurait fait un mirage.
Elles ont pourtant osé sortir, affronter l’adversité, pendant que les disciples, des hommes, se terraient dans leurs peurs.
« Qui leur roulera la pierre ? », celle de l’opposition, celle de la peur, celle de l’intolérance .... Qui leur roulera la pierre ?
Mais en arrivant au tombeau : stupeur ... la pierre est roulée, le tombeau est vide, si ce n’est ce jeune homme vêtu de blanc qui semble les attendre.
Première vision d’un matin de Pâques !

« Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? Il est ressuscité ! »
Mais qui est cet étranger ?
Et si on avait volé le corps ?
Et si ? ... Mais les femmes se contentent de regarder « voici l’endroit où on l’avait déposé ».
Des paroles qui résonnent, une vie qui défile, des souvenirs qui réveillent des mémoires !
Et si tout cela avait eu un sens ?

« Ne soyez pas effrayés », c’est aussi ce que souffle à l’oreille ce jeune homme vêtu de blanc, à l’Église de ce temps, à nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui.
Nous avons pourtant nos raisons d’être effrayés : les églises qui se vident, les jeunes qui ne s’intéressent plus à nos vécus, l’avenir de nos paroisses, la diminution des prêtres ...
Nos célébrations routinières et sans joie, une doctrine qui semble jaillir d’un autre temps, avec ses interdits et ses condamnations faciles et sectaires.
Il y a aussi ce monde qui ne cesse de trembler de violence, de cris de guerre, d’intolérance, d’égoïsme et de peurs.
Il y a nos « moi-je » et notre individualisme assassin qui nous font oublier que nous ne sommes pas faits pour vivre seul.
Nous valons plus que toutes les exclusions que nous créons !
Il y a l’homme, qui a de quoi nous effrayer : sa technologie qui le dépasse et qui l’enferme dans un esclavage nouveau, sa science qui lui fait croire qu’il est tout-puissant, ses moyens de communication qui l’enferment dans une solitude sans nom, ses poings et ses visages fermés qui tuent.
Et pourtant, il est là le cri de cette nuit : « Il est ressuscité ».
La croix n’a pas eu le dernier mot.
La mort a été vaincue.
La Vie a jailli du tombeau, le Père, Celui qui a dit de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », l’a libéré de la mort pour la vaincre à jamais.
C’est là notre Foi, celle de ces femmes, celle des apôtres, celle de l’Église, comme nous le proclamerons tout à l’heure.

Le Christ ressuscité se tient maintenant au-dessus de nos tombes ; Il nous tend les bras et nous arrache à la mort.
Il est venu nous chercher dans la mort, pour faire de nous des vivants.
Il est venu nous aimer jusqu’au bout pour faire de nous des aimés libérés.
C’est là le Mystère de la Résurrection que nous célébrons cette nuit : la lumière illumine nos nuits.
L’eau s’en vient nous abreuver de vie et d’avenir.
Le pain partagé vient offrir les nouvelles dimensions d’un monde, celle d’une fraternité qui s’écoule du divin de l’amour.
La nuit de Pâques devient la nuit de tous les possibles.

Mais revenons aux paroles du jeune homme vêtu de blanc et qui illumine le tombeau : « Allez dire à ses disciples et à Pierre : il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit ».
Comme les femmes, nous sommes en mission. Il nous faut « aller le dire ».
Dire qu’il est ressuscité et qu’il fait notre joie.
Dire que la mort n’est pas le dernier mot de la vie.
Dire que l’homme est fait pour aimer et être aimé.
Le dire par nos mots.
Le dire par notre manière de vivre.
Le dire par nos gestes qui sont ceux de la paix, de la Justice, de la tolérance et de l’Amour.
À Pâques une mission nous est confiée : Dieu nous confie la vie !
À nous d’oser la créer.

Sainte fête de Pâques !

Amen


Jeudi Saint

(29 mars)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Comprenez-vous ce que je viens de faire ? »
Étrange question, au terme d’un étrange repas, après un geste qui restera à jamais une interrogation.

Oui, un étrange repas !
C’est le Repas de la Pâque juive.
Le peuple se souvient de sa libération d’Égypte. C’est un peuple en route vers une liberté, vers une nouvelle vie.
Ils sont finis les temps de l’esclavage et des corvées en Égypte.
Ils sont finis les jours de l’oppression et de l’humiliation.
Dieu a cheminé avec son peuple.
Dieu l’a pris par la main et l’a mené au désert, vers une nouvelle vie, faite de liberté et d’apprivoisement.
C’est pour ce repas-là que Jésus et ses disciples sont réunis.
Il va prendre, dans cette salle haute, une autre signification : « Avant de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».
Cet amour tout donné, il va se dire dans quelques gestes et dans quelques paroles :
d’abord, Jésus va se lever de table, revêtir la tenue du serviteur, si pas de l’esclave.
Il va laver les pieds de ses disciples, suscitant une incompréhension dont Pierre se fera le porte-parole : « Tu ne me laveras pas les pieds, non jamais ! »    
Il va prendre du pain, du vin, il va partager ces humbles biens du quotidien avec ses amis : « Ceci est mon Corps, qui est pour vous » ; « cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ».
Il dira enfin : « Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ».

Quelques mots, quelques gestes ... Jésus indique le sens de sa vie.
Quelques mots, quelques gestes ... Jésus invente l’Eucharistie, il invente nos messes.
Quelques mots, quelques gestes ... il invente la personnalité du prêtre.

La vie de Jésus, ce sera une vie donnée, une vie livrée.
Il aurait pu se contenter du confort des dieux de l’Olympe.
Il « s’est fait homme ». Il a partagé nos quotidiens d’homme ... jusque dans la mort.
Mais il a fait le pas de plus.
Lui, le Maître, le Fils de Dieu, il s’est fait serviteur.
Lui, celui que l’on suit, il s’est agenouillé devant ses suiveurs pour leur laver les pieds, geste de l’esclave qui deviendra la marque de fabrique du Chrétien : « Vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns aux autres ».
Le sens de la vie du Chrétien, de vous et de moi, réunis ici ce soir, est tout tracé : aimer !
Le sens de la vie du chrétien, c’est de s’agenouiller devant mon frère, devant ma sœur : c’est lui, c’est elle que je dois aimer.
Le sens de la vie du Chrétien, c’est de se quitter soi-même, de quitter son égoïsme et son petit « moi-je » pour se donner jusqu’au bout ... et cela peut mener loin : voyez ce Colonel Beltrame qui à Trèbes prend la place d’un otage, jusqu’à y laisser sa vie !
Donner, sans compter !

Le soir du Jeudi saint, Jésus invente aussi nos messes, celle à laquelle nous venons par tradition, parfois par devoir, parfois par conviction.
Il invente une messe que nous n’avons pas à réinventer, tout juste à embellir et à la rendre compréhensible pour tous.
À chaque fois, il nous dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous » ; « prenez et buvez ceci est mon sang, versé pour vous ».
À chaque fois, Jésus se donne et nous devenons des mangeurs de Dieu.
À chaque fois, jésus se fait nourriture et force, remplissant notre être de la profondeur de ce qu’il est et que Saint Jean résumera en ces termes : « Dieu est Amour ».
Comment pourrions-nous entendre cela en devenant de vieux habitués, blasés ?
Comment pourrions-nous entendre cela, sans éclater d’envie de vivre et de devenir des semeurs de Vie et d’Amour, là où nous passons ?
Venir à la messe, frères et sœurs ... quelle responsabilité !
Venir à la messe : quel honneur : nous y devenons les collaborateurs de Dieu !

Le soir du Jeudi saint, Jésus invente non seulement l’Eucharistie, mais il « ordonne » aussi les ministres de son Amour.
Il invente le diacre.
Il invente le prêtre.
À chacun il dit : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».
Le prêtre devient une denrée rare aujourd’hui, au point de devoir modifier les structures de l’Église.
Nous sommes parfois contents de le voir, surtout s’il correspond à nos attentes.
Une paroissienne très chrétienne me disait un jour : « le prêtre, il doit être là, quand nous en avons besoin » : on dit cela du kleenex aussi !
Le prêtre n’est pas là pour répondre à un besoin, pour gérer une salle ou encore des comptes.
Le prêtre est là pour nous indiquer la direction de Dieu.
À l’entrée du village de Ars, vous trouvez une statue représentant le curé arrivant dans sa nouvelle paroisse et demandant la direction à un jeune berger. Le curé indique la direction du ciel.
Il dira au jeune berger, tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du ciel ».
Demandez-lui de vous parler de ce qui le fait vivre, Dieu !
Demandez-lui de vous parler de sa seule richesse : l’amour de Dieu, celui qu’il a un jour rencontré, celui qu’il ne s’est jamais senti digne d’endosser.
Demandez-lui de prier avec vous, d’aimer avec vous, de pardonner avec vous !

Le Jeudi saint, ce n’est pas qu’un jour de la Semaine sainte.
Le Jeudi-saint, c’est là où l’Invisible de Dieu se rend visible.
Le Jeudi-Saint c’est l’aujourd’hui d’Amour de Dieu.

Étrange soirée !
Étrange mission : aimer, se donner, au cœur de nos quotidiens, au cœur de ce monde !

AMEN


Homélie du cinquième dimanche de carême

(18 mars)

- Abbé Guy De Smet -

« J’attirerai à moi tous les hommes »
À quelques encablures de la semaine sainte, voici ce que Jésus nous dit à l’oreille, en orientant nos regards vers sa croix.

Attirer à lui ; c’est le fil rouge de son existence sur la terre des hommes.
Il est venu leur parler d’aimer.
Il est venu leur parler de son Père et du lien d’Amour qui les inondait.
Il est venu leur indiquer le chemin d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle.
Son passage sur la terre des hommes, ce sont des rencontres : Zachée, la Samaritaine, le bon larron ... autant de nouvelles chances offertes à l’homme au-delà des ténèbres qui les habitaient.
Il est venu appeler à le suivre : Pierre, Jacques Jean et les autres : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »
Il est venu inaugurer des relations nouvelles entre les humains, au point de voir en eux des frères et des sœurs et de leur offrir le même Père.
Il a été jusqu’à être un signe de pardon tracé entre les hommes : Du haut de la croix, il s’écriera : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Jésus s’est fait tellement proche qu’il s’est attiré à lui des amitiés nouvelles et qu’il a pu créer de nouvelles vies !

Plus nous approchons de Pâques, plus nous découvrons le Mystère qui pousse Jésus vers les hommes : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits ».
Oui, frères et sœurs, regardez cette croix autour de laquelle nous sommes rassemblés.
Elle est le terreau d’une vie toute donnée.
Elle est la terre dans laquelle l’Amour peut germer.
Elle est un étalement de la semence dans deux directions : celle du ciel, celle d’un absolu que Saint Jean qualifiait dans ces mots : « Dieu est Amour ».
Celle des bras tendus vers des frères à aimer : les bras de la solidarité, du partage, d’une alliance nouvelle, que Dieu a envie d’implanter en chacune et en chacun d’entre nous.

Cette croix, elle indique l’urgence pour un monde.
Nous avons besoin de retrouver le sens d’un Absolu, trop ligotés que nous sommes par toutes sortes d’idoles qui comme l’argent démolissent les relations entre les humains.
Nous avons besoin de quitter les rives de nos anonymats et de nos chacun pour soi, pour découvrir que nous ne sommes pas faits pour vivre seuls. Nous sommes des êtres de relations, mais aussi des êtres d’harmonie et de paix.
Nous avons besoin de créer un monde plus juste et plus solidaire dans lequel l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais un frère ou une sœur à aimer.
Regardez souvent cette croix, elle peut devenir pour nous une source d’espérance et de nouveauté !

Dans quelques jours, l’Église entrera dans la Semaine sainte !
Cela pourrait n’être qu’une semaine comme les autres.
Cela pourrait aussi devenir une chance pour un renouveau de nos quotidiens.
Et si nous saisissions l’opportunité de nous laisser emporter dans le tourbillon d’amour de cette semaine ?
Et si nous profitions de l’occasion pour saisir la profondeur de nos rejets et de nos fermetures ?
Et si nous nous laissions réconcilier et avec Dieu et avec nos frères ?
Aujourd’hui, une occasion va nous être offerte.
Dans quelques instants nous aurons l’occasion de nous avancer, pour confesser la grandeur de Dieu et de son Amour à notre égard.
Nous aurons aussi l’occasion de nous reconnaître pécheur et de confesser nos lenteurs face à l’appel de Dieu.
Le prêtre nous offrira le pardon de Dieu.
Plus qu’un rite, il s’agit là d’une opportunité pour ouvrir les fenêtres de nos existences sur une vie nouvelle.

Je cherche ton visage, Seigneur,
ne me le cache point.
Enseigne-moi au plus profond de mon cœur,
où et comment je dois te chercher,
où et comment je te trouverai.
Puisque tu es partout présent,
d'où vient que je ne te vois pas ?
Tu habites, je le sais, une lumière inaccessible.
Mais où resplendit-elle cette lumière,
et comment parvenir jusqu'à elle ?
Qui me guidera, qui m'introduira
pour que je puisse te voir ?
Regarde-moi Seigneur et exauce-moi.
Donne-moi la lumière, montre-toi.
Aie pitié de mes efforts pour te trouver
car je ne peux rien sans toi.
Tu nous invites à te regarder, aide-moi ;
apprends-moi à te chercher
car je ne peux le faire si tu ne me l'apprends pas.

Amen


Homélie du quatrième dimanche de carême

(11 mars)

- Abbé Guy De Smet -

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique »
Voici le cœur de la Bonne Nouvelle qui nous a mis en route sur ce chemin du Carême.
Voici la profondeur d’un amour qui s’en vient être Lumière au cœur de nos vies.

Oui, « Dieu a tant aimé le monde » !
Il n’a cessé d'en témoigner ... toute la Bible est là pour en témoigner : il y a tout cet amour qui ne cesse de se manifester dans sa création : « Dieu vit que cela était bon ».
Il y a tout cet amour qui se manifeste dans les choix de Dieu : le silence d’un désert où Dieu fera un refuge pour le peuple qu’il a libéré, le choix d’Abraham et de son peuple, la voix de prophètes qui ne va cesser d’aller à la rencontre du peuple et de ses infidélités.
Il y a cet amour qui va se « dire » en Jésus, à travers des paroles d’espérance, à travers des rencontres lumineuses, à travers une vie toute donnée et des choix qui en disent long sur la grandeur de la miséricorde de Dieu.
Il y a cet amour qui va s’illuminer de tous feux dans cette croix, ce « serpent de bronze », élevé pour donner la vie.
Oui, frères et sœurs, en Jésus, l’homme ... vous et moi, nous avons rencontré la Lumière d’un Dieu débordant d’Amour !

Et pourtant, « la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière ».
Ce sont tous les rejets historiques que le peuple a opposés à son Dieu, source de bien des colères et de bien des palabres.
Ce sont les condamnations des Pharisiens qui ont fait s’élever une croix d’ignominie sur laquelle ils avaient cloué Jésus « qui était passé en faisant le bien ».
Ce sont aussi les ténèbres de notre temps : l’exploitation de l’homme au nom du dieu Argent.
L’égoïsme et le chacun-pour-soi, sources de tellement d’injustices et de colère.
La violence et les guerres qui tuent ce que le monde possède de meilleur, le cœur de l’homme.
Nos projets de société qui se mettent en place à coups d’exclusion et d’écrasement de tant d’êtres humains.
L’intolérance et nos jugements tout-faits qui défigurent tellement d’hommes et de femmes, au nom de nos peurs et de nos conformismes.

Dieu aurait pu aujourd’hui encore exiler son peuple, ceux qui se disent croyants et qui le trahissent au quotidien.
Il aurait pu bannir ces cultes que nous lui offrons du bout des lèvres, dans un climat de tiédeur insupportable.
Il aurait pu vomir ces morales que nous imposons aux autres, en évitant de nous mouiller le moins du monde.
Mais rien de tout ça dans le cœur de ce Dieu « riche en miséricorde ».
Il reste là au bout du chemin de nos errances, nous attendant pour nous prendre dans ses bras et organiser la fête du retour de l’enfant prodigue.
Il est là au bord de nos puits, comme il l’était pour la Samaritaine, nous révélant la beauté de nos visages, mais aussi en libérant les cadenas et les chaînes qui nous emprisonnent.
Il est là au pied de nos arbres, où nous nous sommes cachés, pour s’inviter chez nous, là où il nous espérait.

Aujourd’hui, comme hier : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils ».
Quel cadeau prodigieux qui nous pousse à voir Dieu et le monde avec un autre regard !
Ce sera un regard de lumière qui nous fera entrer dans la prière, ce lieu de rencontre unique entre deux amours : un qui se donne et un qui se reçoit.
Ce sera ce regard de lumière qui nous poussera à ouvrir un Évangile pour y traquer les traits de celui qui déborde d’autant d’amour.
Ce sera ce regard d’amour qui nous indiquera la direction de la beauté du regard de l’autre, mon frère ou ma sœur, celui à qui je peux tendre la main et construire avec lui un ciel nouveau et une terre nouvelle.
Ce sera ce regard qui ouvrira nos poings fermés pour oser la main tendue de la solidarité et de la fraternité ... spécialement envers ceux qui en ont besoin.
Pour nous y aider, Entraide et Fraternité nous dévoile le combat des populations des grands lacs d’Afrique qui se battent pour une agriculture adaptée à leurs besoins, loin de toutes les exploitations d’une mondialisation qui les dépasse.
Des petits projets qui leur permettent de vivre à leur faim et aussi dans leur soif de dignité et de respect.
C’est de ce regard que jaillira une lumière ...
Celle d’un bonheur partagé ...
Celle d’une justice équitable ...
Celle d’un amour contagieux ...
Et si, frères et sœurs, nous osions cette lumière et ce regard ?

Toi, le Christ,
Tu offres un trésor d'Évangile,
Tu déposes en nous un don unique,
celui d'être porteurs de ta vie.
Mais pour qu'il soit évident
que le rayonnement vienne de Toi
et non pas de nous,
Tu as déposé ce don irremplaçable
dans des vases d'argile,
dans des cœurs de pauvres,
Tu viens prendre place
dans la fragilité de nos êtres,
là et non pas ailleurs.
Alors, sans que nous sachions comment,
Tu fais de nous, si démunis et vulnérables,
le rayonnement de ta présence
parmi les humains.

Amen


Homélie du troisième dimanche de carême

(4 mars)

- Abbé Guy De Smet -

« Cessez de faire de la maison du mon Père une maison de commerce »
Une colère de Jésus face à tout ce qui spolie la maison de son Père qui est aussi celle de ses enfants, de vous, de moi.
Une maison faite de chair et de sang !

Les Juifs n’ont pas dû comprendre !
C’est qu’ils étaient indispensables au culte, ces vendeurs, ces changeurs : Dieu s’achetait, à l’époque ... comme à d’autres époques de l’Histoire de l’Église !
Incompréhensible donc, cette colère, si on se situe au niveau des responsables du culte !
Mais quel culte « incompréhensible » pour Dieu !
Quand Jésus sera amené à s’expliquer, il ne parlera pas que d’un temple fait de pierres. Il parlera aussi de « son corps ».
Il parle de ses enfants, il parle de ceux que Dieu a voulu « à son image et à sa ressemblance ».
Et c’est là que nous découvrons toute l’actualité de la colère de Dieu, aujourd’hui !

Aujourd’hui encore, Jésus aurait bien des raisons de se fabriquer un fouet et de changer les serviteurs du Temple.
Le temple, c’est celui des idoles d’aujourd’hui : l’argent, les marchés, ses lois et ses exigences.
La raison de la colère seraient tous ceux qui s’en prennent à la « maison de Dieu », c’est-à-dire à l’être humain.
Dieu doit être en colère, aujourd’hui, quand il voit cette société qui veut se passer de Dieu, cette société qui se croit éternelle et qui impose des jougs impossibles aux petits et aux faibles.
Dieu doit être en colère, aujourd’hui quand il voit le sort que nous réservons aux migrants : des noyades en Méditerranée, des frontières qui se ferment, des humiliations quotidiennes, des rejets, des expulsions, des poings fermés.
Dieu doit être en colère aujourd’hui quand il entend le discours de nos responsables politiques et qu’il compte les exclus, les rejetés, les marginalisés que créent nos projets de société.
Dieu doit être en colère quand il voit que l’homme ne peut plus vivre de son travail, que seule la précarité est la perspective d’avenir qu’on lui donne.
Dieu doit être en colère quand il découvre que la fin de vie de l’homme, à travers sa retraite est minable, alors qu’il a travaillé dur toute sa vie ... pendant que des mandataires volent l’argent public dans toute une série d’intercommunales et de rémunérations que rien ne justifie.
Dieu doit être en colère quand la seule solution qu’ont nos pouvoirs publics est d’arrêter administrativement des SDF pour se donner bonne conscience, au lieu de les rencontrer tout au long de l’année et d’entendre leur désarroi.
Dieu doit être en colère quand des peuples entiers, en Syrie ou ailleurs sont détruits dans une guerre qui n’intéresse personne, sacrifiés qu’ils sont sur l’autel de notre indifférence et de notre égoïsme de nations riches et des influences de stratégies de pouvoir.
Oui, Dieu doit être en colère aujourd’hui, parce que la maison de l’homme, faite à la ressemblance de la sienne, est spoliée et détruite !
Ce qui compte, ce sont les idoles : l’argent, le paraître, le pouvoir des nantis.
Ce qui compte c’est de mettre en place des cultes pour le servir : l’individualisme, l’égoïsme, le racisme, la xénophobie, l’intolérance ...
Ce qui compte c’est de transformer l’homme en un robot, esclave d’une société qui en veut toujours plus !

La maison de Dieu est en danger aujourd’hui !
L’homme est en danger aujourd’hui : il ne cesse de crouler sous toutes les croix que la société ne cesse de lui imposer !

Et c’est là qu’il nous faut regarder la croix de Jésus et de l’entendre nous dire : « la folie de Dieu est plus sage que les hommes, ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ».
La croix de Jésus, elle nous indique une direction : celle de l’homme blessé, écrasé par la vie, abandonné dans l’indifférence.
La croix de Jésus, elle nous signifie la valeur inestimable de l’homme écrasé et que personne n’aide à se relever.
La croix de Jésus, elle est aussi plantée dans une terre, celle qui est polluée par les agissements de l’homme, celle qui ne nourrit plus tout le monde, celle que l’homme saccage au quotidien ... une terre qui n’apporte des richesses qu’à un petit pourcentage de nantis nauséabonds, alors que le reste de l’humanité crève de faim.
Regardons cette croix ... qu’elle nous aide à nous fixer des priorités dans nos quotidiens !

Tout homme a doit au respect !
Tout homme a droit à la tolérance !
Tout homme a doit à être aimé !
Qui serions-nous pour outrepasser ce projet de Dieu ?
Et s’il y avait là un appel pour vire notre identité chrétienne ?

Toi, le Christ,
tu offres un trésor d'Évangile,
tu déposes en nous un don unique,
celui d'être porteurs de ta vie.
Mais pour qu'il soit évident
que le rayonnement vienne de toi
et non pas de nous,
tu as déposé ce don irremplaçable
dans des vases d'argile,
dans des cœurs de pauvres,
tu viens prendre place
dans la fragilité de nos êtres,
là et non pas ailleurs.
Alors, sans que nous sachions comment,
tu fais de nous, si démunis et vulnérables,
le rayonnement de ta présence
parmi les humains.

Amen


Homélie du premier dimanche de carême

(18 février)

- Abbé Guy De Smet -

« L’esprit pousse Jésus au désert »
Un lieu pour un temps de silence et de réflexion.
Un lieu pour un temps de contemplation et d’Essentiel.
Un lieu pour un temps de tentation et de vérité ...

C’est cela qui « aussitôt » survient dans la vie de Jésus, au lendemain de son Baptême dans le Jourdain.
C’est cela qui lui arrive avant de poser les premiers gestes forts, avant de prononcer les premières paroles qui seront « Chemin, Vérité et Vie ».
C’est là que naîtra la force et la beauté d’un témoignage où un Dieu lointain devient un « Papa » tout proche.

C’est ce même « désert » qui nous est proposé, à nous, communautés chrétiennes d’aujourd’hui.
Aller au désert, c’est se mettre à l’écart d’un monde qui nous envahit, chaque jour.
Il est le lieu d’un recul face aux milliers d’informations qui nous assaillent chaque jour, au point qu’elles ne nous interpellent même plus.
Il est le lieu du recul face à tout ce superflu qui nous encombre et qui nous ferme les yeux : notre petit confort, nos habitudes, nos idées toutes faites, nos jugements faciles, nos étiquettes à coller sur les autres ...
Il est un lieu pour aller à l’essentiel et pour faire de vrais choix qui engagent nos quotidiens, loin des modes, des intérêts partisans ou plus simplement de nos envies de nous laisser vivre.
Mais le désert, à l’image de celui qui s’est ouvert à Jésus, peut être le lieu des tentations : tentation du repli sur nous-mêmes et sur notre propre nombril, sur notre propre petit « moi-je » ...
Tentation de l’indifférence et du chacun-pour-soi qui, nous le croirions facilement, nous simplifierait bien l’existence ...
Tentation de vouloir recréer le monde seul, parce que nous serions les meilleurs, les plus compétents, les plus habiles ...
De ce désert, il nous faudra, comme Jésus, repartir un jour, fortifiés pour aller dire, à notre tour : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».

Et si, frères et sœurs, avec les Chrétiens qui nous entourent, nous faisions de ce désert du carême un lieu pour y puiser une vie, pour y puiser un autre regard ?
Ce Carême pourrait alors devenir un lieu pour créer dans nos quotidiens des zones de silence ... des zones, loin des bruits du monde, de notre radio, de notre télévision, de nos ordinateurs ou tablettes ...
C’est beau le silence et dire qu’il nous fait tellement peur, au point de devoir l’apprivoiser au gré des événements de notre vie !

Ce Carême, nous pourrions en faire le lieu d’une question, celle que posait le Pape François aux jeunes du Chili : « que ferait Jésus à ma place ? »
Et pouvoir y répondre, si nous faisons de ce carême un temps pour découvrir le Mystère de Jésus ?
Nous croyons tellement le connaître, qu’il finit par ne plus nous étonner.
Nous croyons tellement le connaître, qu’il finit par devenir un inconnu que nous ignorons.   
Nous croyons tellement le connaître qu’il n’est même plus cette Bonne Nouvelle qui a de quoi nous émerveiller. 
Si nous prenions les temps, pendant ce Carême, d’ouvrir un Évangile et de le lire comme si c’était la première fois ?
Si nous prenions les temps de le lire avec le regard d’un enfant qui découvre et qui s’émerveille ? 
Jésus, comme tout amoureux, est toujours nouveau !  

Ce Carême, nous pourrions en faire un lieu pour « prier ».
Prier ce Jésus que nous découvrons dans l’Évangile comme quelqu’un de neuf dans nos quotidiens.
Prier ce Dieu qui ne cesse de nous aimer tels que nous sommes et qui veut avoir besoin de nous pour aimer, à notre tour.
Prier et nous laisser regarder par ce Dieu   qui perçoit au plus profond de nous la part d’éternité qui s’y loge, mais aussi ce péché qu’il a envie de nous pardonner.
Ce n’est pas facile de prier, cela pourrait même nous sembler être du temps perdu ... et pourtant : le corps dit-il à la respiration, je n’ai pas besoin de toi, tu ne me sers à rien ?
Ce n’est pas facile et si c’était ça notre prière : Jésus, je ne sais pas prier, viens prier en moi : je t’offre une place, celle de mon intérieur ... ton Esprit y est le bienvenu !
La prière deviendrait alors en nous la source d’un amour à distribuer, comme on distribue une eau qui rafraîchit.

Ce Carême pourra alors devenir le lieu pour établir l’arc-en-ciel de Dieu dans la force de notre solidarité, de notre partage, de notre quête de justice ...
L’étranger deviendra un frère, une sœur ...
Le mal-aimé, le jugé, l’étiqueté deviendra un aimé ...
Le sans voix, le sans-amour, le sans-vie deviendra notre souci, jusqu’à nous empêcher de dormir.
Nous sèmerons alors ensemble la vie, l’avenir du monde, l’amour qui sera désormais la seule couleur qui illuminera le visage des hommes.

Conduis-moi au désert, Seigneur,
même si je n'ai guère envie.
Parle à mon cœur, tourne-moi vers toi,
même si je cherche ailleurs des raisons d'espérer.
Mets à l'épreuve mon désir d'être tout à toi.
Mais tu connais mes lâchetés,
ma pauvreté, ma misère.
Aussi, ne me soumets pas à une tentation
telle que je te renierais.
Tu es mon seul avenir,
tu es mon espérance, ma vie.

Amen