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QUATORZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(8 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

 « D’où cela lui vient-il ? »
Une question qui en dit long sur le Mystère de Jésus, tel que le côtoient ses contemporains ...

« Jésus est parti pour son pays … », nous dit l’Évangile !
On l’imagine, lui qui n’avait pas une pierre où reposer la tête, le voilà, une fois de plus, en route avec ses disciples, ceux qu’il a choisis, ceux à qui il veut montrer les merveilles de Dieu et sa tendresse pour l’homme.
C’est le jour du Sabbat, et en bon pratiquant, il fréquente la Synagogue. On lui demande même d’y enseigner !
Tout semble donc bien aller … et tout à coup, voilà que la situation se dégrade : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? »
Derrière cette question, on sent bien que les auditeurs de Jésus ne le prennent pas d’abord pour un fou ou un illuminé : il y a pas mal de soi-disant prophètes qui courent les rues de l’époque !
Derrière cette question, on sent une vérité qui dérange, une vérité qui bouscule : pourquoi lui et pas eux ?
Pourquoi lui, celui qu’on connaît bien et pourquoi pas eux qui sont les tenants de la religion et les bons pratiquants de la synagogue ?
« Ils étaient profondément choqués à cause de lui ! »
Et nous les comprenons bien
Après tout, ce n’est que le Sabbat, ce n’est que la synagogue !
Nous dirions chez nous, ce n’est que le dimanche, ce n’est qu’une église, une simple maison dans laquelle nous nous réunissons au nom de notre Foi ou au nom de notre éducation ou au nom de notre étiquette de croyant.
Nous avons tout le poids et le sérieux de nos existences. Nous portons tout le sérieux de nos habitudes et de notre sens du devoir … Bref, nous savons !
Alors, si en plus, nous devons y entendre une parole qui nous bouscule …  si en plus, nous devons y supporter des remises en questions, nous risquons bien vite de trouver tout cela insupportable.
Il vaudra mieux alors calomnier, enfermer dans des images ou dans des cancans … puisque de toute façon « sa personnalité ne nous convient pas ! »
Et Jésus de répondre face à tout cela : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » et il s’en alla plus loin, sans y accomplir de signes ou de miracles …

Être disciple aujourd’hui, c’est être appelé à être prophète et donc à déranger !
C’est bien là le grand drame de notre Église de ce temps, de ceux qui la représentent, de nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui, c’est de ne plus déranger personne et parfois même de ne susciter que l’indifférence, si pas le dégoût.
Être disciple, ce n’est pas une question de gloriole ou d’étiquette
Être disciple, ce n’est pas appartenir à un petit club de gens bien, qui « savent ».
Être disciple, ce n’est pas se comporter comme le juge, de tous ceux qui ne sont pas comme nous ou qui ne sont pas de notre bord.
Être disciple, c’est d’abord être des aimés, chargés de le dire, de le montrer.
C’est être les porte-parole d’un Dieu qui vient nous aimer, nous bousculer dans nos certitudes et dans nos routines.
C’est être les annonceurs d’une Bonne Nouvelle qui n’est pas là pour que nous brillions ou que nous soyons populaires, mais d’une Bonne Nouvelle qui nous rejoint dans les grands et dans les petits côtés de nos existences.
Être disciple, ce n’est pas dû à nos qualités ou à notre bonne étiquette. C’est Dieu qui est à l’œuvre : « Fils d’homme, je t’envoie ».
Il veut nous prendre là où nous sommes, sur le terrain de nos existences.
Il veut de nous avec nos possibilités et nos talents, mais aussi avec le poids de nos limites et de nos faiblesses…Nous ne comprenons pas toujours pourquoi … mais lui doit le savoir : c’est son affaire !
Voilà 40 ans que j’étais ordonné prêtre, voilà 40 ans que j’en suis convaincu : pourquoi moi ?
Il faut donc s’attendre à ce que l’attitude des auditeurs de Nazareth soit celles des auditeurs de tous les temps : « ils étaient profondément choqués à cause de lui ».
Peut-être bien que notre Église, et aussi le message qu’elle veut transmettre ne nous choque pas assez et que nous sommes devenus imperméables à l’envie d’une remise en question… c’est bien là le fond de la crise qu’elle traverse de nos jours !

Mais, être ainsi prophète, est-ce bien une mission à notre portée ?
Il nous faut là entendre l’apôtre Paul, quand il nous parle de son expérience.
Il a été retiré de son existence de « fils de Pharisien ».
Il a « vu » les merveilles de Dieu, même celles qui se faisaient pour lui, le coursier de Damas.
Il a parcouru le monde de son temps, pour dire la Bonne Nouvelle qui l’a réveillé, qui l’a poussé en avant, qui lui a donné des ailes, pour montrer du doigt le visage de Jésus qui lui a ouvert de nouveaux horizons.
Et pourtant, il se sent faible, il se sent indigne et bien humain….
Mais s’il est ainsi debout et en route, c’est parce que Dieu l’a voulu : « ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».
Paul sait bien qui il est, il connaît ses limites, mais il accepte d’être l’instrument dans les mains de celui qui lui a dit son amour et sa confiance.
Paul sait bien qu’il n’est pas là pour engranger le succès et les honneurs, qu’il n’est pas là pour plaire, mais que sa mission est d’annoncer à temps et à contretemps que le Ressuscité vient nous libérer et faire de nous un peuple de prophète.
« Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort, conclura-t-il en résumé de sa manière d’être présent et au monde et au message qu’il a été chargé d’y porter.

Tu t’étonnes, Seigneur du manque de Foi des gens …
Comme des enfants assis sur la place :
« Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé ! »
Mets en nous, Seigneur, le même étonnement devant les
hochements de tête, devant les critiques qui te sont faites, ainsi qu’à ton Église.
Mets seulement en notre regard un point d’interrogation : Pourquoi ?
Et puis, aide-nous à partir « alentour », plus loin,
pour y proclamer ta Bonne Nouvelle.

Amen


DIXIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(10 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère »
Un lien de parenté, un commandement nouveau qui unit ...
Un fil rouge que Jésus confie à son Église aujour’hui !

Une remarque qui pourrait sembler être mal venue au moment où quelqu’un vient dire à Jésus : « Voici ta mère et tes frères qui sont là dehors qui te cherchent ».
Mais pour Jésus, ce qui compte, c’est sa mission, c’est d’annoncer un monde nouveau façonner par la sève qui s’écoule du coeur de Dieu, son Père.
Ce qui importe pour Jésus, c’est de ne pas voir l’empire du mal, le monde de Satan s’installer sur la terre des hommes.
Ce qui a du prix aux yeux de Jésus, c’est que plus jamais la déchéance d’Adam ne s’installe dans le cœur de l’homme.

C’est à ce moment que deux priorités se bousculent dans le cœur de Jésus : d’une part, cette foule qui le suit, qui attend de lui, une Parole de vie, une guérison, une protection ...
D’autre part cette volonté de Dieu qui lui a fait mettre l’empreinte de ses pas dans les pas des hommes.
Cette foule, il la connait. Il sait qu’elle est capable du meilleure et du pire. Il sait qu’elle est capable de tuer, mais aussi de donner la vie. Il sait qu’elle est capable de haïr, mais aussi d’aimer.
La volonté de son Père aussi, il la connait. Il sait qu’elle ne tolère aucune compromission. Il sait qu’elle s’offre en totue liberté, sans s’imposer, sur le mode du « si tu veux ».
Il sait qu’elle contient le projet d’aimer et de se laisser aimer, au point de devenir des sourciers de vie.
Il sait qu’elle est une urgence face à un monde qui se noie dans un déluge de perte de sens et de valeurs, dans une misère et dans un abattement de tous les instants.
Et si concilier l’homme et l’amour était possible ?

La société d’aujourdhui semble laisser très peu de place à cette volonté d’Amour ... et même à Dieu tout court.
Partout, il est question de violence, de terreur, de sanctions, de domination, de force.
Dans ses projets, la société oublie l’humain au profit de l’argent et de ses magouilles, au point de laisser sur le bord de la route toutes celles et tous ceux qui n’en peuvent plus de ne plus avoir de place dans ce monde.
Dans sa construction, la société n’envisage que du temporaire et du provisoire. Elle fonctionne sur le mode du « tout, tout de suite ».
Ses relations sont virtuelles, au rythme des claviers et des écrans. Le « like » de Facebook et du smiley a remplacé la beauté d’un regard ou d’un sourire.
L’amour a pris la forme d’un portefeuille ou d’une réputation, loin de l’étincelle unique qui brille en chacun.
La peur a créé un chacun-pour-soi morbide et inquiétant.
La valeur d’un être humain ne réside plus que dans sa force de rentabilité ou dans son utilité ... sans quoi il peut bien disparaître que cela ne dérangerait personne.
Et nos églises de laisser résonner ce chant : « Où va notre terre, si l’amour est tué, si nous marchons séparés ... »

En plaçant en avant la volonté de Dieu et la nouvelle fraternité qu’elle engendre, Jésus pose l’urgence de l’Amour.
Il est urgent d’aimer, de s’aimer, de se respecter, de se tolérer.
Il est urgent de ne pas s’enfermer dans la tour d’ivoire de son petit « moi-je ».
Il est urgent de prendre du temps pour soi et de s’aimer soi-même ... point de départ de tout amour donné et ouvert sur les autres.
Jésus ne s’est pas contenté d’en parler : il l’a vécu d’abord.
À chaque fois que nous regardons la croix, nous regardons, certes, un instrument de torture, mais surtout, nous croisons le regard de quelqu’un qui a étendu les bras pour s’offrir dans sa nudité totale à l’autre, son frère, sa sœur.
La croix pour le Chrétien, c’est avant tout la chambre d’une nuit de noces, où Jésus, où Dieu enfante une humanité nouvelle.
Jésus vient y aimer jusqu’au bout.
Jésus vient s’y donner, comme un fruit mûr donne le meilleur de lui-même.
Jésus vient y croiser le regard du meilleur de l’homme pour lui souffler à l’oreille : « sois mon témoin ».

Et ce sont des témoins que Jésus engage pour son Église d’aujourd’hui.
Il n’engage pas des Chrétiens par devoir ou par tradition.
Il n’a que faire de nos tiédeurs et de nos manques de Foi.
Il engage des Chrétiens qui l’ont entendu dire, jusqu’à l’expérimenter dans leur chair : « Viens et suis-moi ».
Il engage des Chrétiens qui ne jugent pas, mais qui pardonnent ; des chrétiens qui tendent les bras et ouvrent leurs cœurs au lieu de serrer leurs poings ; des chrétiens qui sont source de tolérance et non des créateurs de haines et de rancunes nouvelles.
Il engage des Chrétiens dont les comportements coïncident aux actes ; des chrétiens qui vivent comme s’ils étaient branchés sur l’Invisible.
Il engage des Chrétiens pauvres d’eux-mêmes mais tellement remplis d’une Présence divine qui les fait vivre, d’un amour qui est devenu communicatif.
Il y a là une urgence pour le monde et pour l’Église de ce temps !
Et si nous retroussions nos manches ?

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour,
si tu parles, parle par amour,
si tu corriges, corrige par amour,
si tu pardonnes, pardonne par amour.

Aie au fond du coeur la racine de l'amour :
de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.

Amen


SAINT SACREMENT

(3 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Ceci est mon corps … ceci est mon sang »
Des mots, une vie, un don ... et c’est tout  Jésus, tout l’Amour de Dieu qui se donne en nos mains.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » ! C’est tout le mystère de Dieu qui se dit !
Resituons-les dans leur contexte. La Pâque juive approche.
Les croyants au Dieu unique se rappellent alors le choix que Dieu a fait.
Il a pris parti pour son peuple.
Il a pris le parti de la vie qui s’écoule dans ce sang, au point d’asperger les tables de la Loi, d’asperger le peuple de ce sang et donc de la Vie qu’il contient.
En choisissant Dieu, ils choisissent d’être des vivants et de laisser la vie couler en eux.
C’est pour se souvenir de cet événement exceptionnel que les disciples demandent à Jésus : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ».
Ils ne pensaient pas si bien dire : « ton repas pascal ».
Jésus va y reprendre le signe du sang livré à son compte : « Ceci est mon sang, répandu pour une multitude ».
Désormais en mangeant son Corps, en buvant son sang, nous nous laissons irriguer par sa vie, toute marquée par l’amour, au point que c’est l’amour qui coule en nous et qui demande à donner sens à nos paroles et à nos actes.
Désormais, à chaque eucharistie, nous sommes appelés à communier à la vie, au point de pouvoir en irriguer d’autres autour de nous.
Mystère énorme, auquel il nous devrait être impossible de nous habituer : nous y devenons des récipients d’amour et de vie, pour que nous puissions en abreuver d’autres, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos professions …

« Ceci est mon Corps … ceci est mon sang », ce sont des paroles que le prêtre prononce au cœur de nos communautés.
Guy Gilbert, ce prêtre des Loubards à Paris, écrivait un jour, parlant des priorités de sa prière et de son action : « Il y a surtout l’eucharistie, faire descendre l’Amour dans mes mains nues. C’est certainement le plus grand moment de ma vie, et c’est nanti de cette force-là que je peux vraiment sentir l’Esprit Saint en moi et le prier »
Pour un prêtre, c’est certainement le moment le plus vertigineux de sa vie et de sa mission !
Quel frisson de savoir, qu’à travers ce que vous dites et à travers ce que vous faites à ce moment–là, c’est Dieu qui veut faire couler le sang de sa vie et de son amour sur la terre des hommes.
Il vient être vie pour cette maman malade du cancer qui voyait dans le fauteuil à côté d’elle son fils qui lui aussi se mourrait du cancer.
Il vient être vie pour ce jeune, qui lors d’une session, découvre dans les larmes d’une messe qu’il est aimé et qu’il compte pour quelqu’un.
Il vient être vie dans ce couple qui, timidement, est venu se dire « oui », partageant désormais la force d’être ensemble aux bons et aux mauvais jours.
Il vient être vie, là où des parents se sont réunis auprès de leur enfant mort tragiquement, nouant autour d’eux de nouvelles présences et de nouvelles solidarités.
Ce vertige, ce bonheur, j’ai eu le privilège de le ressentir durant 40 ans... et je m’en sens toujours aussi indigne qu’au premier jour !

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » dit Jésus et finalement c’est toute une vie qu’il vient façonner.
La vie d’un prêtre, homme parmi les hommes. Il est là avec ses rêves, ses espérances, ses limites et ses échecs.
Chaque matin le Ressuscité le remet en route pour y semer la Vie, pour y semer l’amour.
À ce prêtre demandez-lui ce qui le fait vivre.
Au terme de ces quarante ans, je me permets de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : ne lui demandez pas de gérer vos comptes, vos salles, vos écoles.
Ne lui demandez pas de se faire le défenseur d’intérêts mesquins et partisans.
Demandez-lui ce Jésus qui veut laisser couler la vie en vous.
Demandez-lui d’être un sourcier d’amour et d’espérance, avec toute la chaleur humaine et l’humour que cela comporte.
Il vient façonner aussi la vie d’une communauté, de nous tous, qui sommes prêts à nous engager pour que l’amour soit vécu et annoncé ici, chez nous, à Flawinne.
Ensemble, soyons heureux et devenons contagieux de cette joie de vivre.
Ensemble, osons le risque d’aimer … c’est là que Dieu nous a fixé rendez-vous.
Ensemble, devenons les témoins d’un Corps et d’un Sang livré, pour que le monde ait la vie.
Ensemble, devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ !

Toi, le Christ,
tu offres un trésor d'Évangile,
tu déposes en nous un don unique,
celui d'être porteurs de ta vie.
Mais pour qu'il soit évident
que le rayonnement vienne de toi
et non pas de nous,
tu as déposé ce don irremplaçable
dans des vases d'argile,
dans des cœurs de pauvres,
tu viens prendre place
dans la fragilité de nos êtres,
là et non pas ailleurs.
Alors, sans que nous sachions comment,
tu fais de nous, si démunis et vulnérables,
le rayonnement de ta présence
parmi les humains.

Amen


Troisième dimanche de Pâques

(15 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« La paix soit avec vous »
Un message du matin de Pâques qui a réveillé et mis en route les disciples ...
Un message pour l’Église de ce temps, pour nos communautés chrétiennes, en quête de raisons d’exister.

« Ils étaient saisis de frayeur et crainte », ces disciples, après la mort de Jésus.
Qu’allaient-ils devenir ?
Pourquoi tant de brouillard dans leurs vie et dans leur avenir ?
Tout s’était écroulé au sommet du Golgotha. La croix serait à jamais le signe d’une vie perdue.
Tout s’était écroulé ... et il y avait toutes ces rumeurs d’apparitions, ces explosions de joie de quelques femmes et de quelques illuminés qui disaient qu’ils s’étaient assis à table avec lui, le temps d’un repas.
Dans la tourmente de leur barque, ils étaient la préfiguration de notre Église de ce temps : une Église qui rencontre de l’opposition, que l’on juge et que l’on condamne ...
Une Église qui voit ses valeurs morales remises en question par une société qui se construit sans Dieu.
Une Église qui se compte et qui a peur pour son venir.

Ce   sont ces disciples-là, cette Église-là qui s’en vient rejoindre Jésus.
« Pourquoi êtes-vous bouleversés ? »
Pourquoi avoir peur ?
Pourquoi craindre pour l’avenir.
Pourquoi s’étonner du dépouillement de vieilles formes du passé, alors que des vêtements neufs, adaptés à l’époque se créent ?
Pourquoi craindre de vivre et de témoigner de la beauté de la vie, même si l’actualité du monde nous assourdit du contraire ?
Et Jésus de donner des signes !
Hier, il montrait à ses disciples ses mains et ses pieds, les traces de la Passion.
Hier, il prenait avec eux un repas.
Hier, il leur expliquait les Écritures.
Et aujourd’hui, ne fait-il pas la même chose ?
Aujourd’hui encore, il nous montre des signes. Il place sur nos chemins des hommes et des femmes qui sentent bon l’Évangile, parce qu’ils en vivent.
Aujourd’hui encore, il vient nous dire : « Avez-vous ici quelque chose à manger ?
Il a besoin de nous pour créer les signes de sa présence : le pain de nos engagements, le poisson de nos libertés, le vin des joies qui nous habitent ... loin de toutes les sinistroses qui rongent le monde qui nous entoure.
Il vient faire de nos Eucharisties, le point de départ de nos missions d’aimer, en donnant un sens nouveau à ce que nous sommes et à ce que nous lui apportons.
Aujourd’hui, encore, il nous offre sa Parole, celle de nos Bibles, celles de nos Évangiles.
Il vient nous offrir des occasions de la partager, de chercher à la comprendre.
Il vient nous proposer d’en faire un livre pour en vivre et faire de nos quotidiens un miroir de ce qu’il nous y révèle de lui-même et de Dieu, son Père.

« À vous d’en être les témoins » !
C’est ce qu’il confiera à ses disciples, au terme de la rencontre.
Pierre et les autres n’hésiteront pas à se mettre en route, jusqu’à se livrer à l’amour, loin de leurs peurs et de leurs questions.
C’est ce qu’il dit à son Église de ce temps, c’est ce qu’il dit à chacune et à chacun d’entre nous, aujourd’hui !
Soyez témoins de l’Amour qui vous a fait grandir et vivre.
Soyez témoins de ces Chrétiens que vous avez croisés et qui vous ont donné le goût de Dieu, au point de pouvoir dire, vous aussi : « Dieu existe, je l’ai rencontré ».
Soyez témoins de votre soif de vivre, de votre soif de paix, de votre soif de Justice.
Soyez témoins joyeux d’Eucharisties et de moments qui vont ont apportés un surcroît de bonheur.
Soyez des témoins d’Amour en paroles et en actes, loin de toutes les intolérances, de toutes les suffisances et de tous les fanatismes.
À nous d’oser !

Dieu de tous les humains,
nous nous confions à toi,
dans un esprit de reconnaissance.
Tu nous tires loin
de nos hésitations.
Tu nous donnes de transmettre
à d'autres une flamme d'espérance
à travers nos vies.

Amen


Deuxième dimanche de Pâques

(8 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« La paix soit avec vous ! »
Des mots qui résonnent dans un monde et dans une Église en quête de renouveau et de dépassement de ses peurs.

Nous sommes le soir du premier jour de la semaine. Les disciples se retrouvent enfermés dans leur terreur et dans leurs interrogations … et c’est au cœur de cette réalité obscure, que Jésus ressuscité les rejoint.
Les marques de la Passion vont devenir pour ces hommes la source d'une joie que nous osons à peine imaginer.
De cette joie partira une mission, celle d’un envoi : « Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».
Une mission difficile, certes, mais Jésus ne les laissera pas orphelins, il leur offre une force : « Recevez l'Esprit saint ».

Thomas, l'un des douze n'est pas là et il lui est bien difficile de croire ou d’imaginer cette nouvelle qui remplit les autres de joie.
Il lui faut des signes ! : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas ».
Il lui faut des signes … Ne sommes-nous de la même trempe ?
Croire ne nous est pas naturel … et encore moins dans une époque où la Foi est source d’insécurité et de persécutions.
Nous ne disposons pas d'une ligne qui nous relierait avec Dieu, au point d'en oublier que nous sommes incarnés, que nous sommes de quelque part, que nous avons une histoire, que notre Foi s'enracine dans du concret, celui de notre quotidien.
C'est justement dans ce quotidien, que Jésus rejoindra Thomas et répondra à son attente, permettant cette Profession de Foi qui éclairera la vie du disciple : « mon Seigneur et mon Dieu ».

N’est-ce pas au cœur de nos propres expériences intenses, celles au cours desquelles nous sommes attentifs à ce que nous vivons, que le Ressuscité nous rejoint sur nos routes et se laisse reconnaître ?
Il ne s'agit pas d'une illumination subite, encore moins d'une extase mystique - dont il faut toujours se méfier quelque peu –
Il s'agit plutôt de telle rencontre, de telle conversation, de tel signe, qui dans telle circonstance nous dit la présence de Dieu, et nous donne une force de croire, dans un monde qui vit loin de tout cela.
Nous pouvons toutes et tous trouver de telles occasions dans la simplicité de nos quotidiens !
Face à Dieu, face à la Résurrection, face à l'intensité de la qualité de nos existences, notre monde attend des signes crédibles qui nous disent Dieu.
Il les attend d’autant plus que Dieu n’a pas bonne presse par les temps qui courent. Entre les attentats djihadistes, les attaques féroces d’une laïcité combattantes, les intégrismes et les fanatismes qui gangrènent toutes les religions … Dieu est bien trahi par celles et ceux qui se réclament de lui.

La Parole de Dieu que nous venons d'entendre aujourd'hui nous propose trois signes pour écrire notre Foi chrétienne : il y a d'abord le signe de la confiance en Jésus ressuscité : » Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ».
Le but d'une communauté chrétienne n'est pas de créer un climat d'humanisme, d’être gentil ou philanthrope.
Ce n'est pas même de former un groupe qui aime se rencontrer et pour qui la convivialité est une aspiration pas toujours facile à vivre.
Le but d'une communauté chrétienne, comme la nôtre, c'est de regarder ensemble dans la même direction, vers Celui qui du haut de la croix se laissera reconnaître par le centurion : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu ».
Si nous mettons tant de prix à nous retrouver de dimanche en dimanche, c'est pour découvrir ce Ressuscité qui nous met en mouvement et qui nous envoie en mission. C'est là bien plus qu'un devoir, mais une source de dynamisme qui demande à irradier le monde par l'amour rencontré.
Marcher ensemble à la rencontre de la Miséricorde de Dieu qui demande à habiller nos comportements !
Un autre signe, c'est celui de la croix.
Quand on se retrouve dans un groupe de jeunes et qu'on écoute leurs questions sur l'Église et sur la Foi, ce qui revient souvent et de manière négative, c'est la question de l'argent et de la richesse de l'Église.
Or, le Christ, en qui nous croyons, n'était pas  ni un banquier ni un homme d'affaire. Il était un crucifié. Les hommes l'ont rejeté, ils l'ont exclu de leur monde.
Ils n'ont pu supporter son message d'amour qui mettait l'homme debout.
Ils ont refusé sa contestation d'une religion et d'une société qui niaient et les droits de Dieu et les droits de l'homme.
Jésus n'est pas venu créer un ordre nouveau basé sur la puissance, en reprenant les armes de ceux qu'il contestait.
Non ! Il est venu pauvrement pour vivre un amour qui ne demandait ni sécurité, ni signes extérieurs de richesse.
La croix d'un homme livré, tel est le compte en banque vrai de l'Église et donc du Chrétien. Plus facile à dire, qu'à vivre, avouons-le !
Enfin un dernier signe qui pourrait interpeller notre monde et nos communautés, c'est celui du partage.
Le merveilleux tableau des Actes des apôtres, que nous entendions tout à l'heure a de quoi faire rêver nos groupes chrétiens d'aujourd'hui : partage, unité et prière ensemble. « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la Foi avait un seul cœur et une seule âme ».
Comme on est loin là de toutes ces déchirures, qui depuis la nuit des temps défigurent le visage du Christ au point de nous proposer deux dates différentes pour célébrer la Résurrection.
Comme on est loin de ces jugements, de ces mesquineries, de ces bigoteries qui déforment la joie de l'Évangile.
Comme on en est loin, et en même temps quel appel tonifiant pour nos Églises en recherche de projets.
Une joie de croire, née d'une contemplation longue et silencieuse de la croix, d'où jaillit une audace d'aimer et de partager dans l'unité. À Nous d'oser !

Mais cette audace ne nous est pas naturelle, frères et sœurs, il nous faut la recevoir de celui qui depuis le matin de notre Baptême compte sur nous : « Recevez l'Esprit Saint ».
En nous déclarant chrétien, nous ne sommes pas installés à notre compte. Il nous faut, chaque jour un peu plus, faire place à l'Esprit de Dieu dans nos vies. Il nous faut le laisser imprégner nos manières de voir et d'agir. Il faut nous laisser purifier … laisser Dieu agir à travers nos bras, nos jambes, notre cœur.

Ils avaient verrouillé les portes, ils avaient peur ...
Et puis, tu es là, au milieu d'eux, tu répands sur eux ton souffle.
Seigneur ressuscité, tant d'hommes et de femmes vivent portes verrouillées, laissant la peur faire son travail.
Aujourd'hui encore, donne-nous ton souffle quand il nous manque, donne-nous la confiance, quand elle déserte. Donne-nous le courage quand il s'absente. Ne nous laisse pas oublier que tu es là, Seigneur, au milieu de nous.

Amen


Pâques

(1 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« Il vit et il crut ».
Parole de Foi de deux hommes qui viennent de passer de la peur, des questions à la Foi, à la Lumière.
Parole de Foi appelée à devenir témoignage de Lumière pour une Église, au cœur des ténèbres d’un monde.

Quelle dure semaine, que celle qui vient de se terminer.
Jésus était entré à Jérusalem sous les acclamations de la foule. Un petit succès qui avait d’ailleurs rejaillit sur eux, les disciples.
Il y avait eu les préparatifs du repas pascal, temps du souvenir de la Libération d’Égypte et de l’Amour si proche de Dieu.
Il y avait eu ces gestes et ces paroles incompréhensibles qui ont transformé l’intimité d’un repas pascal, en une source de nostalgie et de peurs.
L’abandon et l’arrestation de Gethsémani et la trahison de Judas étaient encore dans les mémoires, tout comme ce reniement de Pierre ou ce chemin de croix humiliant et pénible, pour ce Jésus qui « n’avait rien fait de mal ».
Et puis la fin de tous les espoirs : la mort ignominieuse sur une croix, comme un vulgaire bandit. Désormais ce monde nouveau fait d’amour, de tendresse, de reconnaissance semblait bien loin.
Place à la peur et à la solitude des lendemains qui déchantent.
Tout semblait fini … si ce n’est ce dernier geste de quelques femmes qui s’en vont au tombeau de très bonne heure, « Le premier jour de la semaine ».
Ce tombeau, il est vide, la pierre a été roulée … cela ne fait qu’augmenter le désarroi : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ».
Pierre courut voir, avec l’autre disciple dont nous ne savons pas le nom … et l’incompréhension va se transformer en Foi : « Il vit et il crut ».
Qu’avait-il vu Pierre, si ce n’est un linceul, des linges et une pierre roulée face à un tombeau vide ?
Que c’était-il donc passé ? Nous ne le savons pas ! Si ce n’est qu’ils vont retourner vers les autres convaincus que Jésus est vivant, qu’il est ressuscité.
La mort n’a pas eu le dernier mot, l’espérance n’était pas vaine … une lumière a brillé dans la nuit.
Tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus, toutes les rencontres, toutes les paroles prononcées prennent désormais sens : notre Dieu est un Dieu de vie qui fait jaillir la vie, là où tout semblait mort.
De cette visite au tombeau, vont jaillir les Évangiles et vont naître les premières communautés chrétiennes, qui, jusqu’à aujourd’hui ne vont cesser de proclamer l’audace du Père qui a rendu la vie à son Fils, ne pouvant s’arrêter au rejet dont l’humanité a été capable.

C’est à cette proclamation de Foi que nous sommes convoqués en cette fête de Pâques.
Dans la nuit de notre église, comme dans la nuit de l’actualité du monde, une lumière a brillé, donnant reflet à tout ce qui l’entourait, à vous, à moi.
Elle a brillé sur nous, parce que le Christ nous a entraînés dans son sillage vers une vie et vers un amour que rien ne pourrait détruire.
Elle a brillé pour le monde qui ne peut se résoudre au cercle infernal de la violence, de l’indifférence, du chacun pour soi.
Elle a brillé pour nos communautés chrétiennes, lui confiant la mission de guetteur de vie et d’espérance pour toute l’humanité ou encore la mission de levain dans la pâte du monde, pour y apporter un surcroît d’Amour et de main tendue.

Un Chrétien ne peut se contenter de routines et d’habitudes.
Un chrétien ne peut se contenter d’être arrangeant avec Dieu et de le chercher quand il en a besoin uniquement. Il n’est pas propriétaire de Dieu, au point de pouvoir le manipuler comme il en a envie.
Un Chrétien n’est pas chrétien qu’à Noël, à Pâques, à la Toussaint ou lors des funérailles.
Un Chrétien ne peut se contenter de se croire en règle avec Dieu, parce qu’il a assisté à une messe ou parce qu’il a fait un pèlerinage.

Non ! Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est un « passeur de Lumière et de vie ».
Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est celui qui ose agir au nom de sa Foi en cherchant plus de justice et de solidarité dans un monde qui crève de ne pas en rencontrer.
Le Chrétien dont Dieu a besoin, c’est quelqu’un qui ose aller à contre-courant des modes et des masques pour oser la Vérité de l’homme qui est d’aimer et de se laisser aimer … la vie peut en jaillir.
Le Chrétien, c’est quelqu’un qui, comme le Ressuscité aime jusqu’au bout : le Colonel Beltrame, lors de l’attentat de Trèbes nous en laisse l’exemple. Il a donné sa vie pour que d’autres vivent.

N’y-a-t-il pas là un appel pour chacune et chacun d’entre nous, à un moment où les églises semblent se vider et les Chrétiens semblent se compter ?
N’y a-t-il pas là un appel à oser témoigner du bonheur et de la contagion de croire en ce Dieu qui est sourcier de vie pour tout qui vit sur le mode de la place vide en lui et de la pauvreté de cœur, loin des mirages de la société de consommation et sur le mode d’une liberté qui fait grandir, parce qu’elle fait aimer ?
N’y-a-t-il pas là un appel à devenir des Ressuscités, dans la foulée de celui qui nous appelle et non comme des Chrétiens qui seraient cantonnés aux urgences du minimum vital ?

Le Christ est ressuscité des morts,
par la mort il a vaincu la mort,
à ceux qui sont dans les tombeaux
Il a donné la vie !
Réjouissons-nous en ce jour de la Résurrection
car le Christ, hier accablé de moqueries,
couronné d'épines, pendu au bois,
aujourd'hui se relève du tombeau.

Réjouissons-nous car le Christ baigne de sa clarté
ceux que les ténèbres de l'enfer retiennent captifs.
Réjouissons-nous en ce printemps de la vie,
car une espérance jaillit parmi les victimes
des guerres, des tremblements de terre,
parmi les affligés du corps et de l’âme.

Réjouissons-nous, car par la croix toute tristesse est abolie,
et la joie inonde le monde.
Réjouissons-nous, car le Seigneur est descendu
au plus profond de la terre,
est descendu au plus profond du cœur des hommes,
où se tapit l'angoisse ;
Il les a visités, Il les a illuminés,
et tourments, angoisse, enfer sont anéantis, engloutis
dans l'abîme d'amour ouvert au flanc percé du Seigneur.

Réjouissons-nous, car il est ressuscité le Christ, la joie éternelle.

À toutes et à tous sainte fête de Pâques dans la lumière du Ressuscité !

Amen


Veillée pascale

(31 mars)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Ne soyez pas effrayés ! »
Paroles étranges pour ces femmes éplorées s’en allant au tombeau de grand matin.
Paroles étranges pour une Église confrontée à ses divisions et aux violences d’un monde fait d’errances et de souffrances ... et pas toujours d’Espérance et de réussites.

Oui, ces femmes qui s’en viennent au tombeau sont éplorées : Celui qu’elles admiraient, qu’elles aimaient a été cloué sur une croix, abandonné dans une mort humiliante.
Ces années de partages, de paroles qui faisaient du bien, de gestes qui relevaient s’en sont envolées comme l’aurait fait un mirage.
Elles ont pourtant osé sortir, affronter l’adversité, pendant que les disciples, des hommes, se terraient dans leurs peurs.
« Qui leur roulera la pierre ? », celle de l’opposition, celle de la peur, celle de l’intolérance .... Qui leur roulera la pierre ?
Mais en arrivant au tombeau : stupeur ... la pierre est roulée, le tombeau est vide, si ce n’est ce jeune homme vêtu de blanc qui semble les attendre.
Première vision d’un matin de Pâques !

« Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? Il est ressuscité ! »
Mais qui est cet étranger ?
Et si on avait volé le corps ?
Et si ? ... Mais les femmes se contentent de regarder « voici l’endroit où on l’avait déposé ».
Des paroles qui résonnent, une vie qui défile, des souvenirs qui réveillent des mémoires !
Et si tout cela avait eu un sens ?

« Ne soyez pas effrayés », c’est aussi ce que souffle à l’oreille ce jeune homme vêtu de blanc, à l’Église de ce temps, à nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui.
Nous avons pourtant nos raisons d’être effrayés : les églises qui se vident, les jeunes qui ne s’intéressent plus à nos vécus, l’avenir de nos paroisses, la diminution des prêtres ...
Nos célébrations routinières et sans joie, une doctrine qui semble jaillir d’un autre temps, avec ses interdits et ses condamnations faciles et sectaires.
Il y a aussi ce monde qui ne cesse de trembler de violence, de cris de guerre, d’intolérance, d’égoïsme et de peurs.
Il y a nos « moi-je » et notre individualisme assassin qui nous font oublier que nous ne sommes pas faits pour vivre seul.
Nous valons plus que toutes les exclusions que nous créons !
Il y a l’homme, qui a de quoi nous effrayer : sa technologie qui le dépasse et qui l’enferme dans un esclavage nouveau, sa science qui lui fait croire qu’il est tout-puissant, ses moyens de communication qui l’enferment dans une solitude sans nom, ses poings et ses visages fermés qui tuent.
Et pourtant, il est là le cri de cette nuit : « Il est ressuscité ».
La croix n’a pas eu le dernier mot.
La mort a été vaincue.
La Vie a jailli du tombeau, le Père, Celui qui a dit de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », l’a libéré de la mort pour la vaincre à jamais.
C’est là notre Foi, celle de ces femmes, celle des apôtres, celle de l’Église, comme nous le proclamerons tout à l’heure.

Le Christ ressuscité se tient maintenant au-dessus de nos tombes ; Il nous tend les bras et nous arrache à la mort.
Il est venu nous chercher dans la mort, pour faire de nous des vivants.
Il est venu nous aimer jusqu’au bout pour faire de nous des aimés libérés.
C’est là le Mystère de la Résurrection que nous célébrons cette nuit : la lumière illumine nos nuits.
L’eau s’en vient nous abreuver de vie et d’avenir.
Le pain partagé vient offrir les nouvelles dimensions d’un monde, celle d’une fraternité qui s’écoule du divin de l’amour.
La nuit de Pâques devient la nuit de tous les possibles.

Mais revenons aux paroles du jeune homme vêtu de blanc et qui illumine le tombeau : « Allez dire à ses disciples et à Pierre : il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit ».
Comme les femmes, nous sommes en mission. Il nous faut « aller le dire ».
Dire qu’il est ressuscité et qu’il fait notre joie.
Dire que la mort n’est pas le dernier mot de la vie.
Dire que l’homme est fait pour aimer et être aimé.
Le dire par nos mots.
Le dire par notre manière de vivre.
Le dire par nos gestes qui sont ceux de la paix, de la Justice, de la tolérance et de l’Amour.
À Pâques une mission nous est confiée : Dieu nous confie la vie !
À nous d’oser la créer.

Sainte fête de Pâques !

Amen


Jeudi Saint

(29 mars)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Comprenez-vous ce que je viens de faire ? »
Étrange question, au terme d’un étrange repas, après un geste qui restera à jamais une interrogation.

Oui, un étrange repas !
C’est le Repas de la Pâque juive.
Le peuple se souvient de sa libération d’Égypte. C’est un peuple en route vers une liberté, vers une nouvelle vie.
Ils sont finis les temps de l’esclavage et des corvées en Égypte.
Ils sont finis les jours de l’oppression et de l’humiliation.
Dieu a cheminé avec son peuple.
Dieu l’a pris par la main et l’a mené au désert, vers une nouvelle vie, faite de liberté et d’apprivoisement.
C’est pour ce repas-là que Jésus et ses disciples sont réunis.
Il va prendre, dans cette salle haute, une autre signification : « Avant de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».
Cet amour tout donné, il va se dire dans quelques gestes et dans quelques paroles :
d’abord, Jésus va se lever de table, revêtir la tenue du serviteur, si pas de l’esclave.
Il va laver les pieds de ses disciples, suscitant une incompréhension dont Pierre se fera le porte-parole : « Tu ne me laveras pas les pieds, non jamais ! »    
Il va prendre du pain, du vin, il va partager ces humbles biens du quotidien avec ses amis : « Ceci est mon Corps, qui est pour vous » ; « cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ».
Il dira enfin : « Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ».

Quelques mots, quelques gestes ... Jésus indique le sens de sa vie.
Quelques mots, quelques gestes ... Jésus invente l’Eucharistie, il invente nos messes.
Quelques mots, quelques gestes ... il invente la personnalité du prêtre.

La vie de Jésus, ce sera une vie donnée, une vie livrée.
Il aurait pu se contenter du confort des dieux de l’Olympe.
Il « s’est fait homme ». Il a partagé nos quotidiens d’homme ... jusque dans la mort.
Mais il a fait le pas de plus.
Lui, le Maître, le Fils de Dieu, il s’est fait serviteur.
Lui, celui que l’on suit, il s’est agenouillé devant ses suiveurs pour leur laver les pieds, geste de l’esclave qui deviendra la marque de fabrique du Chrétien : « Vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns aux autres ».
Le sens de la vie du Chrétien, de vous et de moi, réunis ici ce soir, est tout tracé : aimer !
Le sens de la vie du chrétien, c’est de s’agenouiller devant mon frère, devant ma sœur : c’est lui, c’est elle que je dois aimer.
Le sens de la vie du Chrétien, c’est de se quitter soi-même, de quitter son égoïsme et son petit « moi-je » pour se donner jusqu’au bout ... et cela peut mener loin : voyez ce Colonel Beltrame qui à Trèbes prend la place d’un otage, jusqu’à y laisser sa vie !
Donner, sans compter !

Le soir du Jeudi saint, Jésus invente aussi nos messes, celle à laquelle nous venons par tradition, parfois par devoir, parfois par conviction.
Il invente une messe que nous n’avons pas à réinventer, tout juste à embellir et à la rendre compréhensible pour tous.
À chaque fois, il nous dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous » ; « prenez et buvez ceci est mon sang, versé pour vous ».
À chaque fois, Jésus se donne et nous devenons des mangeurs de Dieu.
À chaque fois, jésus se fait nourriture et force, remplissant notre être de la profondeur de ce qu’il est et que Saint Jean résumera en ces termes : « Dieu est Amour ».
Comment pourrions-nous entendre cela en devenant de vieux habitués, blasés ?
Comment pourrions-nous entendre cela, sans éclater d’envie de vivre et de devenir des semeurs de Vie et d’Amour, là où nous passons ?
Venir à la messe, frères et sœurs ... quelle responsabilité !
Venir à la messe : quel honneur : nous y devenons les collaborateurs de Dieu !

Le soir du Jeudi saint, Jésus invente non seulement l’Eucharistie, mais il « ordonne » aussi les ministres de son Amour.
Il invente le diacre.
Il invente le prêtre.
À chacun il dit : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».
Le prêtre devient une denrée rare aujourd’hui, au point de devoir modifier les structures de l’Église.
Nous sommes parfois contents de le voir, surtout s’il correspond à nos attentes.
Une paroissienne très chrétienne me disait un jour : « le prêtre, il doit être là, quand nous en avons besoin » : on dit cela du kleenex aussi !
Le prêtre n’est pas là pour répondre à un besoin, pour gérer une salle ou encore des comptes.
Le prêtre est là pour nous indiquer la direction de Dieu.
À l’entrée du village de Ars, vous trouvez une statue représentant le curé arrivant dans sa nouvelle paroisse et demandant la direction à un jeune berger. Le curé indique la direction du ciel.
Il dira au jeune berger, tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du ciel ».
Demandez-lui de vous parler de ce qui le fait vivre, Dieu !
Demandez-lui de vous parler de sa seule richesse : l’amour de Dieu, celui qu’il a un jour rencontré, celui qu’il ne s’est jamais senti digne d’endosser.
Demandez-lui de prier avec vous, d’aimer avec vous, de pardonner avec vous !

Le Jeudi saint, ce n’est pas qu’un jour de la Semaine sainte.
Le Jeudi-saint, c’est là où l’Invisible de Dieu se rend visible.
Le Jeudi-Saint c’est l’aujourd’hui d’Amour de Dieu.

Étrange soirée !
Étrange mission : aimer, se donner, au cœur de nos quotidiens, au cœur de ce monde !

AMEN