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Homélie du deuxième dimanche ordinaire

(14 janvier)

- Abbé Guy De Smet -

« Venez et vous verrez »
C’est la réponse que Jésus donne à tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, ne cessent de lui demander : « Maître, où demeures-tu ? »

Cette page d’Évangile est émouvante, parce que c’est toujours émouvant et précieux, le moment où l’amitié frappe à notre porte.
C’est parfois tellement important, qu’on se souvient parfois même de l’heure !
« C’était vers la dixième heure », répondront les deux hommes qui ont suivi et entendu Jésus !
Ce qui est émouvant, c’est le choix : lui, et pas un autre ! Lui qui comme le jeune Samuel est prêt à entendre : deux disciples ont suivi Jésus et l’ont écouté avant de marcher dans son sillage.
Ce qui est émouvant, c’est le bonheur issu de ce choix : les appelés deviennent des appelants, parce qu’ils ne peuvent pas garder leur joie intérieure pour eux seuls.
Ce qui est émouvant, c’est la confiance issue d’une Parole : ils vont suivre, sans savoir où ils vont, mais sûr que celui qui les invite ne pourra les décevoir.
Ce qui est émouvant, c’est le début de cette aventure chrétienne, à la suite de Jésus : il repose sur tellement de fragilité et de pauvreté, celles d’hommes et de femmes, de vous et de moi.

Quand nous entendons ce texte, spontanément, nous pensons aux vocations sacerdotales et religieuses.
Et là, nous risquerions de croire que Dieu n’appelle plus, que la ligne est coupée ... à moins que ce ne soit l’homme, ébloui par tellement de mirages qui soit devenu sourd.
Les réponses de l’homme aux appels de Dieu, à ses invitations restent une grande préoccupation pour l’Église d’aujourd’hui ... au point de mériter notre prière et d’encourager toutes les initiatives qui permettront un terrain favorable à l’accueil et à l’encouragement d’une de ces réponses.
Il y a moins de prêtres aujourd’hui, moins de religieuses et de religieux ...
Mais est-ce la faute de Dieu ? Est-ce la faute de Jésus qui se reposerait sur ses lauriers de Résurrection ?
N’est-ce pas plutôt la faute de l’homme qui a décidé de se passer de Dieu pour épouser d’autres mirages qui ne font pas son bonheur ?
N’est-ce pas la faute d’une certaine Église qui utilise la liberté de Dieu, telle qu’elle se déploie dans ses choix pour les transformer en des agents de son pouvoir et de sa propagande ?

Dieu, aujourd’hui, nous dit – à vous et à moi – « Venez et vous verrez ».
Venez voir l’homme qui s’émerveille dans ce qu’il est capable de réaliser et d’aimer.
Venez voir l’homme enferré dans ses échecs, dans ses fuites et dans ses difficultés.
Venez voir l’homme, habité par les balbutiements d’un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
Venez voir l’homme, le migrant, le chômeur, le handicapé, le pauvre de lui-même qui se fait mendiant d’humanité.
Oui, venez et alors vous verrez : vous verrez les mains se tendre dans les parcs Maximilien de la détresse du monde.
Vous verrez les cœurs s’ouvrir dans les havres de la tolérance et du respect de chacun.
Vous verrez les sourires illuminer les visages, dans ces vies reconstruites grâce à un silence, grâce à une Parole, grâce à une proximité.
Vous verrez des hommes et des femmes sur la brèche pour construire « un ciel nouveau et une terre nouvelle », loin des priorités d’une société sans Dieu et sans amour.

Dieu appelle aujourd’hui ... pas que des jeunes en vue du sacerdoce ou de la vie religieuse.
Il engage des parents qui placent la priorité d’aimer et de se donner dans leurs choix de vie.
Il engage des parents qui vont puiser, sans sectarisme, auprès de Dieu, une force pour aimer et pour la transmettre à ce qu’ils ont de plus cher.
Il engage des enfants et des jeunes à qui on appris la valeur de la gratuité, d’un simple bonjour ou encore d’un merci.
Il engage des hommes et des femmes, peu importe leur âge, pour faire de leur quotidien des lieux de Justice, de Partage et de Vérité.
Il engage des personnes âgées qui ne serinent pas tout le temps : « ça ce n’est plus pour nous » ... mais qui, jusqu’au dernier jour de leur vie, n’hésitent pas, avec une joie incommensurable, d’être des priants, des donnants, des partageants, des aimants.
Il suffit d’être d’autres Samuel et de répondre : « Tu m’as appelé ».
Il suffit d’être d’autres Samuel pour ne pas subir son existence et être disponible à la voix de l’autre, sans se noyer dans son nombril et dans ses petits bobos : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».
Il suffit d’être d’autres André, Pierre ou Jean pour oser témoigner de sa joie d’avoir rencontré l’Évangile, cette force pour aimer et pour vivre.
Il suffit d’être d’autres André, Pierre ou Jean pour avancer dans la vie, tenant en main la lampe de la Foi, de la Confiance pour pouvoir au terme de chaque jour répondre : « J’ai tenté d’être un homme ».
Il suffit d’être chacun de vous pour passer de la messe du dimanche, à une manière de vivre et d’aimer qui s’en inspire.

Vis le jour d’aujourd’hui,
Dieu te le donne, il est à toi.
Vis-le en Lui.

Le jour de demain est à Dieu
il ne t’appartient pas.
Ne porte pas sur demain
le souci d’aujourd’hui.
Demain est à Dieu,
Remets-le lui.

Le moment présent est une frêle passerelle.
Si tu le charges des regrets d’hier,
de l’inquiétude de demain,
la passerelle cède
et tu perds pied.

Le passé ? Dieu le pardonne.
L’avenir ? Dieu le donne.
Vis le jour d’aujourd’hui
en communion avec Lui.

Et s'il y a lieu de t'inquiéter pour un être aimé,
regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité.

Amen


Homélie du dimanche de l'Épiphanie

(7 janvier)

- Abbé Guy De Smet -

Nous avons vu se lever son étoile …
Une parole des mages, que nous aimerions être celle d’un monde au début de cette nouvelle année 2018.

Ces mages dont parlent l'Évangile, nous en avons fait des rois venus d'Orient. Nous leur avons même trouvé des noms et pourtant, ils sont de simples chercheurs en quête d'une vérité pour en vivre.
Pour la trouver, ils se sont mis en route, laissant là leurs aises et leurs sécurités. Ils se sont mis à l'affût d'une étoile … cet astre lumineux qui éclaire nos nuits et nos ténèbres.
Cette étoile, elle finira par prendre le visage d'un enfant qui sourit loin des menaces d'Hérode et de ses sbires. Bel enfant, bel avenir qui mérite bien le cadeau d'un peu d'or, d'encens et de myrrhe et plus que cela le cadeau de la reconnaissance dans leur quête de vérité d'un Roi, d'un Dieu, d'un Immortel.

Au début de cette année nouvelle, c'est la même étoile que nous aimerions voir briller, dans la mesure où nous voulons nous mettre en recherche d'une Vérité pour nos vies au milieu des ténèbres d'une actualité bien peu réjouissante.
Cette étoile, c'est celle de nos soifs de bonheur, d'un bonheur à partager entre tous, d’une solidarité qui réchauffe les cœurs.
C'est l'étoile de nos besoins de reconnaissance, de nos combats pour la justice et la liberté et la tolérance.
C'est l'étoile qui nous arrache à l'état d'être matériel auquel on nous réduit trop souvent : un compte, une numéro, un mot de passe ...
C'est l'étoile d'un Dieu qui se tient à genoux devant nous, espérant notre réponse à son amour.
C'est l'étoile qui s'arrête au-dessus de nos crèches, non seulement celles où nous avons placé le berceau de l'enfant-Jésus, mais encore celle dans laquelle il est venu lier son humanité à nos vies de tous les jours, celles aussi qui ont été refusées en 2017 par une société qui ne tolère plus Dieu.
Parce que nos crèches de Noël, nous ne les avons pas placées seulement près de nos sapins, comme un décor pour un jour de fête.
Nous les avons placées dans nos maisons ou dans nos quartiers, là où nous construisons nos vies, où nous tissons, au quotidien, notre humanité, avec ses fils de joie et ses fils de peine.

Dans la rencontre entre la lumière de cette étoile et le concret de nos existences, nous pourrions aussi y déposer des cadeaux … pourquoi pas ceux des mages. Ils pourraient révéler la vérité de nos vœux pour l'année nouvelle.
L'or offert à l'enfant de Bethléem puisse-t-il être l'or d'une vie qui se reçoit chaque jour.
Pour cela prenons le temps du silence, le temps de l'étonnement face à autant d'amour qui nous pousse à exister … et ces temps de crise nous parlent là d’une urgence pour notre aujourd’hui.
Prenons le temps de la prière solitaire ou en communauté pour se recevoir d'un Roi, dont le plus grand bonheur est de nous guider vers plus d'amour et donc plus d'être.
Pas banal comme souhait, dans une société qui ne voit en l'homme qu'un être de rentabilité et de productivité, une société qui a fait de l'homme un numéro, sans se soucier du cœur qui bat en lui, dans une société qui fait d’une crise un temps d’humiliation et de honte à cause d’un dieu – argent qui ne cesse de faire des dégâts.
Notre manière de considérer tous ceux qui sont faibles dans notre société : les migrants, les chercheurs d’emploi, les SDF de nos rues namuroises et d’ailleurs, les malades, les retraités ... cette manière de faire est un signe de la déshumanisation d’un monde et d’un asservissement de l’homme.
L'encens offert par les mages puisse-t-il aussi être l'encens d'une vie dans laquelle s'écrit la beauté d'une dignité et d'une vocation.
L'encens, les mages le réservent à Dieu, comme notre Liturgie d'aujourd'hui.
Dans nos vœux, l'encens pourrait être celui qui reconnaît en chacun de nous la dignité d'enfant de Dieu, loin des masques et des apparences.
Depuis notre Baptême, nous sommes enfant de Dieu. Nous sommes aimés par le Père du même amour que Jésus.
Depuis notre Baptême, nous sommes les héritiers d'un amour qui ne demande qu'à devenir contagieux … qu'avons-nous fait de notre Baptême ?
Depuis notre Baptême, nous sommes, si nous le voulons, les partenaires privilégiés d'un Dieu qui veut avec nous construire des cieux nouveaux et une terre nouvelle, tellement différents que ceux que nous montre notre petit écran chaque jour … un monde sans haine, sans violence, sans peur, un monde sans stress et avec de l'audace d'aimer … un monde dans lequel l’homme est respecté dans son travail, loin des intérêts sordides dont quelques-uns font leur bible de tous les jours.
De cette dignité, de la senteur de cet encens naît une vocation, celle d'un engagé au service de l'Évangile, cette Bonne Nouvelle pour tout homme.
Je me réjouis de la beauté du visage de toutes celles et de tous ceux qui à un titre ou à un autre ont accepté de retrousser leurs manches pour que l'Évangile devienne un peu plus visible chez nous. Que ce soit les visiteurs de malades, que ce soit ceux qui retroussent leurs manches pour lutter contre la pauvreté et la misère chez nous ou dans le Tiers-monde, les catéchistes et les parents chrétiens, les anonymes toujours présents quand on a besoin d'eux …
La senteur divine de l'encens c’est votre engagement pour que l'homme soit plus homme et pour que la Bonne Nouvelle de Jésus s'incarne dans le concret de nos vies quotidiennes.
Par les temps qui courent, elle prend la forme de la solidarité, d’une vie plus simple, d’une lutte contre tout ce qui atteint l’homme dans sa dignité, tout ce qui respecte l’environnement.
Là encore, pas banal cet encens de nos vœux, dans une société qui ne voit en l'homme qu'un être de profits et une marionnette à consommation.

Enfin la myrrhe remise à l'enfant pourrait aussi devenir un vœu de vie de qualité au seuil d'une année nouvelle.
Vie de qualité, dans laquelle la santé soit au rendez-vous et la présence à côté de ceux que la santé déserte soit une réalité de chaque jour.
Vie de qualité, dans laquelle l'homme n'est pas sacrifié au nom de l'économie par une vie de plus en plus chère, par des horaires de travail qui l'empêchent de s'épanouir, par des intolérances qui réduisent trop souvent les autres à des étiquettes et à des condamnations.
Vie de qualité qui fait du combat pour un meilleur environnement une motivation de tous les choix et de toutes les décisions.
Vie de qualité qui permet à chaque être humain, au terme de son existence, de dire en vérité : j'ai tenté d'être un homme.

Or, encens, myrrhe, à toutes et à tous sainte et heureuse année 2018.

Amen


Homélie du jour de Noël

(25 décembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu… »
La première page d’une histoire qui s’écrit ... jusqu’à aujourd’hui !

« Le verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ».
Oui, frères et sœurs, tout commence par une Parole, celle de Dieu.
Une Parole qui éclaire l’homme sur la route de son quotidien.
Une Parole, qui vient nous ouvrir les yeux et qui nous fait découvrir chaque chose, chaque visage sous un jour nouveau.
C’est la Parole de la création, à travers laquelle Dieu vit « que cela était bon ».
C’est la Parole qui a pris l’intensité de la voix des prophètes de tous les temps, qui au nom de Dieu, venait rappeler à l’homme la beauté de l’Alliance.
C’est la Parole qui a fini par prendre visage en Jésus. 
Un visage fait de la tendresse du sourire d’un petit enfant couché dans une crèche. Un visage fait de la vérité d’un amour, qui dans chaque rencontre s’en va révéler l’homme à lui-même.
Un visage fait encore de la beauté d’une vie donnée ou d’un pain partagé, soulageant une humanité ployant sous le poids d’un fardeau.
Et voici plus de 2000 ans, que cette Parole et que ce visage nous sont offerts !

Mais qui dit cadeau, dit aussi accueil !
L’Apôtre Jean, dans son prologue nous écrit : « Le monde ne l’a pas reconnu … il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ».
Cette nuit de Noël déjà, arrivés à Bethléem, « il n’y avait pas de place dans la salle commune » pour ces pauvres parents, venus se faire inscrire, en réponse à l’ordre de l’empereur.
Plus tard, il y aura le rejet des Pharisiens, des détenteurs de la Foi.
Il y aura l’exclusion de Nazareth, où il venait annoncer la venue du Royaume d’Amour de Dieu.
Il y aura le rejet suprême de la croix, dans lequel nous devons bien lire le message que l’humanité adressera à Dieu : « nous ne voulons pas de toi ».
Et aujourd’hui encore, que de ténèbres qui obscurcissent une lumière qui demande pourtant à briller.
Ce sont les ténèbres des sans-papiers, qui s’en viennent honteusement frapper à la porte des pays riches espérant un peu de compréhension et de reconnaissance d’une dignité.
Ce sont les ténèbres des sans-abris, qui cette nuit ont été aveuglés par des lumières que nous leur avons imposées, pour une fête, de laquelle, ils étaient exclus.
Ce sont les ténèbres de tous les mal-aimés de nos familles, de nos quartiers, de nos sociétés, qui, eux non plus, n’ont pas trouvé d’hôtellerie, comme jadis, à Bethléem.
Que d’enfants qui, cette année encore, auront eu le cœur tiraillé entre un papa et une maman que rien ne lui permet de vivre ensemble !
Ce sont les ténèbres de tant de jeunes à qui un avenir semble refusé : pas d’emploi, pas d’expérience, conjoncture difficile … il paraît qu’il faut comprendre, c’est la crise !
Ce sont les ténèbres de ces hommes et de ces exclus du chômage, exclus de soins de santé ou d’une retraite sans soucis.
Ce sont les ténèbres d’une Église qui célèbre une naissance, avec un arrière-goût d’enterrement et de morosité…

Et pourtant !
« Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ».
Jésus est venu à la rencontre des ruines de Jérusalem, au point de confirmer les paroles du Prophète : « Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple ». Il est « le Seigneur qui revient à Sion ».
Jésus est aussi celui qui s’en vient nous montrer son Père. Saint Jean dira : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; mais le fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître.
Il est « le reflet resplendissant de la gloire du Père, l’expression parfaite de son être ».
C’est ce qu’ont vu les bergers de la nuit, dans le sourire de ce petit enfant de la crèche. C’était, pour eux, un moment de paix et de joie, un moment de bonheur profond et intime : « Douce nuit, sainte nuit ».
Avec Jésus, c’est le début d’une histoire d’Amour, qui rend Dieu proche de l’homme.
Une histoire, faite de tendresse, de douceur, de complicité…
Une histoire de libération et de renouveau pour l’homme blessé, qui accepte de se laisser aimer.
Une histoire de vérité et d’audace, offrant à l’homme la chance, d’une vie nouvelle.

Et si, frères et sœurs, ce Noël devenait pour nous, aujourd’hui, un commencement ?
Si nous osions devenir les reflets de « Dieu Avec Nous », pour l’homme perdu dans la solitude et dans l’anonymat de nos grands ensembles, de nos quartiers, de nos villes ?
Si nous osions devenir les bras, les jambes et le cœur de « Dieu Avec Nous » pour le pauvre qui frappe à notre porte ou qui nous fait honte dans la rue, lui offrant un regard de dignité et de respect ?
Si nous osions devenir ces rayons qui sortent de la crèche de Bethléem et qui nous font devenir des passeurs de lumière pour offrir, respect et dignité à l’homme, à la femme que nous rencontrons ?
Si nous osions penser comme « Dieu Avec Nous » tentant le dialogue avec celui qui ne pense pas comme nous, celui qui n’a pas la même couleur de peau que nous, celui qui n’est pas de notre milieu que nous… laissant là, une fois pour tous nos jugements, nos condamnations et nos étiquettes ?
Oui, si nous osions faire Noël chaque jour, puisque Noël, c’est l’Amour !

Pour que le monde soit plus beau, Seigneur, 
je voudrais allumer des étoiles dans la nuit.
Une étoile du regard pour un peu de lumière dans le cœur de ceux
à qui personne ne fait jamais attention.
Une étoile d'écoute pour un peu de chaleur dans le cœur de ceux 
à qui personne ne donne de temps.
Une étoile de parole pour un peu de joie procurée par quelques mots
d'encouragement, de merci, de tendresse.
Une étoile de service pour un peu de partage
avec des mains qui se tendent, qui travaillent, qui s'unissent.
Une étoile de parfum pour respirer à fond la vie, 
pour admirer et ressentir les merveilles qui nous entourent.
Je voudrais, Seigneur, allumer juste quelques petites étoiles
pour conduire le monde jusqu'à toi.

JOYEUX NOËL !


Homélie de la Nuit de Noël

(25 décembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Il n’y avait pas de place ... »
Un fait divers à Bethléem ...
Une Histoire qui s’est inscrite à jamais dans les fibres du monde !

Regardez cette crèche, frères et sœurs !
Nous en avons fait un élément de décor qui brille dans la nuit de Noël.
Des personnages figés, dans des attitudes qui n’ont rien de naturel ...
Une ambiance qui n’avait rien de commun avec les ténèbres d’une nuit d’incertitude et de bonne nouvelle ...
Mais savons-nous encore comment cette famille s’est retrouvée dans une telle misère.
Un caprice d’empereur qui devient un recensement ... et c’est tout un peuple qui se met en route pour se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Un caprice d’empereur et voici un jeune couple, Marie et Joseph, venu de Nazareth qui se trouve plongé dans la tourmente. Marie devait accoucher !
Un caprice d’empereur et ce sont des portes qui se ferment : « Pas de place pour eux dans la salle commune ».
Il ne restait que cette grotte ou cette étable dans la nuit de Bethléem. C’est là que le « Dieu fort », le « Prince de la paix », le « merveilleux conseiller » allait naître.
Drôle d’endroit pour que Dieu s’en vienne rejoindre la terre des hommes.
Pourtant le ciel va s’animer du chant des anges : « Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».
D’humbles bergers vont se mettre en route et vont rencontrer une lumière qui, à jamais, scintillera dans leurs yeux.
Le mot du ciel « Ne craignez pas » va devenir un soleil que rien n’éteindra ... jusqu’à aujourd’hui !
Comme il est grand ce Mystère qui dans tant d’humilité se fait « visage » à Noël !

Nous voici en 2017, et c’est toujours cette douce et belle nuit de Noël.
Nous y avons fait des rencontres autour de tables bien garnies, dans des maisons qui avaient mis leurs habits de fête ... de beaux moments qui resteront gravés dans nos mémoires !
Nous avons échangé des cadeaux, signes de tant d’amitié et de tant de convenances, au point d’en revendre, demain, quelques-uns sur Internet.
Nous avions besoin d’une fête au cœur de cet hiver du monde, où tant de choses nous parlent de haine, de violence, d’intolérance et de crise.
Et pourtant, cette nuit encore « il n’y avait pas de place dans la salle commune » pour beaucoup de monde.
Il n’y avait pas de place pour toutes celles et tous ceux pour qui cette fête est devenue un fardeau trop lourd, suite au poids de l’âge et de la solitude, suite à la maladie, suite à un décès, suite à une perte d’emploi ...
Il n’y avait pas de place pour ces migrants dont personne ne veut et que nos responsables pointent du doigt comme étant la cause de tous nos malheurs.
Il n’y avait pas de place pour ces 4 enfants sur 10 qui, chez nous, dans notre petite Belgique, vivent avec leurs familles sous le seuil de pauvreté.
Il n’y aura pas de place pour tous ceux pour qui cette nuit ne sera que l’horizon d’un camp, d’un centre fermé, d’une prison ... le monde les a rejetés !
Il n’y aura pas de place pour tous ces sans-abris qui, cette nuit, ont été éblouis par nos lumières et assourdis par nos bruits de fête ... le monde préfère ne pas les voir, comme ces mendiants des rues de Namur.

Heureusement cette nuit de Noël aura été aussi celle d’hommes et de femmes de bonne volonté.
Ils étaient là ces gens de maraude qui s’en vont à la rencontre des oubliés de nos rues pour leur apporter un peu de chaleur et de tendresse.
Elles étaient sur la brèche toutes ces associations d’aide aux plus démunis pour offrir un peu d’humanité, là où l’inhumanité semble avoir fait son nid.
Ils étaient là ces artisans de paix qui, de Jérusalem à Bagdad veillent pour que la paix devienne enfin possible pour tous ces hommes et ces femmes confrontés, au quotidien, aux destructions et à la violence des guerres ou des colonies illégales.
Ils sont là, cette nuit, ces Chrétiens qui se sont engagés à accueillir des réfugiés chez eux, loin des poings fermés du monde et des égoïsmes des États.
Ils sont là ... et avec eux, nous pouvons reprendre le souffle des anges pour l’offrir à un monde qui a peur : « Soyez sans crainte ».

Ils sont là dans un monde qui, cette année, a aussi proclamé, haut et fort, qu’il n’y avait pas de place pour les signes de Noël.
Les vacances de Noël devaient désormais s’appeler les « vacances d’hiver » !
La bûche de Noël devait devenir le « gâteau des fêtes » !
Le marché de Noël allait déranger, donc il fallait lui donner un autre nom, celui de « Plaisirs d’hiver » !
Il n’était plus question de placer une crèche dans l’espace publique, au nom du respect de tous.
Les signes chrétiens de cette fête, devenus pourtant des expressions culturelles    courantes qui ne dérangeaient personne, devaient être retirés du paysage : ils heurtaient les yeux et les cœurs !
Le monde musulman est devenu leur prétexte, face à tous ces retraits d’une culture ... on avait simplement oublié de leur dire !
Noël est aussi une fête pour eux ... n’est-elle pas la fête de Jésus, l’un de leurs prophètes ?
À moins qu’il ne faille y lire les prémices d’une persécution qui ne vit encore que ses balbutiements !
En le faisant, cependant, ils ont rendu service à la vérité de Dieu !
Dieu n’a pas sa place dans un monde qui veut se construire sans lui, laissant à la finance le pouvoir de nous mener par le bout du nez, sans possibilité d’un autre absolu.
Dieu n’a pas sa place dans un monde qui ne voit que ce qui brille, que ce qui épate, que ce qui écrase.
Dieu n’a pas sa place dans un monde de mains serrées et de cœurs fermés.
Dieu n’a pas sa place dans des sociétés qui laisse les plus faibles des hommes sur le bord du chemin.
Jamais Dieu ne s’imposera ! Toujours, il nous soufflera à l’oreille : « Si tu veux ! »

Et nous, frères et sœurs, serons-nous dignes de placer cette crèche chez nous ?
Et si ces quelques mots en étaient la clé ?

Les gens sont déraisonnables, illogiques et égocentriques.
Aimez-les tout de même !
Si vous faites le bien, les gens vous prêtent des motifs égoïstes ou calculateurs.
Faites le bien tout de même !
Si vous réussissez, vous gagnerez de faux amis et de vrais ennemis.
Réussissez tout de même !
Le bien que vous faites sera oublié demain.
Faites le bien tout de même !
L'honnêteté et la franchise vous rendent vulnérable.
Soyez honnête et franc tout de même !
Ce que vous avez mis des années à construire peut être détruit du jour au lendemain.
Construisez tout de même !
Les pauvres ont vraiment besoin de votre secours mais certains peuvent vous attaquer si vous les aidez.
Aidez-les tout de même !
Si vous donnez au monde le meilleur de vous-même vous risquez d'y laisser des plumes
Donnez ce que vous avez de mieux tout de même !

Joyeux Noël !


Homélie du quatrième dimanche de l'Avent

(24 décembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ».
Oui, « sois sans crainte » : Dieu frappe à la porte et l’humanité rêve de ta réponse !

« Je te salue, Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi »
Tout allait bien pour cette jeune fille de Palestine, dont il n’est pas dit grand-chose.
On l’imagine, comme toutes les jeunes filles de son âge, vivant au rythme de sa jeunesse et de son temps, vibrant en pensant à son avenir, promise, qu’elle était à un jeune homme de Nazareth, Joseph. Un bonheur paisible, comme seuls peuvent le vivre les gens sans histoire.
C’est cela que l’ange Gabriel vient bousculer.
Il vient pénétrer le secret de son silence et de sa prière.
Il vient de la part de Dieu se faire mendiant d’une réponse : « Je te salue, Marie ».
Pour Dieu, Marie n’est pas n’importe qui.
Elle est cette jeune fille comblée de grâce, habitée par une beauté tout intérieure, qui ne demande qu’à rayonner.
Elle est cette jeune fille qui correspond si bien au plan d’amour de Dieu, qu’il décide d’en faire sa partenaire, du moins, si elle le veut : « le Seigneur est avec Toi ».
Il est le Seigneur de toutes les fidélités, le Seigneur de l’Alliance, celui qui n’a cessé de guider le peuple choisi vers une lumière et vers une Espérance. Le voilà qu’il se place à genoux devant Celle qui d’habitude se mettait à genoux, espérant recevoir de ses lèvres, une réponse, riche en promesses et en avenir.
Oui « voudrais-tu Marie, voudrais-tu porter l’enfant attendu depuis longtemps par les gens de ton pays … voudrais-tu Marie, voudrais-tu porter l’enfant attendu depuis longtemps, le veux-tu Marie ? »

On imagine le désarroi de cette jeune fille sans histoire.
« Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »
Non seulement la nature n’avait pas prévu cela ; mais de plus, qu’allaient penser les gens de son entourage ?
Elle serait montrée du doigt, rejetée, exclue de la communauté humaine. Son fiancé avait même le droit de la faire lapider.
Ah, Dieu, quand tu écris l’Histoire, avec une autre encre que nous !
« Comment cela va-t-il se faire ? ». Ne serait-ce pas encore une question de nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui ?
Comment pourrions-nous offrir un Dieu, à un monde qui n’en veut pas ?
Comment pourrions-nous donner envie d’un Dieu à des jeunes qui ne croient parfois même plus à un avenir ?
Comment pourrions-nous dérider notre vieille société, engoncée dans le matérialisme, confronté à la crise avec un Dieu qui se fait pauvre, qui rejoint les exclus et les paumés de partout ?
Comment pourrions-nous parler de son amour, de miséricorde à des hommes et à des femmes qui en sont blasés ou qui crèvent de ne pas être aimés ?
Oui, comment vivre la joie de Noël, dans la vérité toute simple de ce qu’elle est pour Dieu, alors qu’autour de nous tout semble compliqué et difficile ?

C'est là qu’il nous faut oser entendre l’utopie de la parole de Dieu.
« Rien n’est impossible à Dieu ».
Cet impossible, il se laisse rêver à travers nos contes de Noël qui nous font rêver.
Ainsi, celui-ci : lorsque les bergers s'en furent allés et que la quiétude fut revenue, l'enfant de la crèche leva sa tête et regarda vers la porte entrebâillée. Un jeune garçon timide se tenait là… tremblant et apeuré.
- Approche, lui dit Jésus. Pourquoi as-tu si peur ?
- Je n'ose… je n'ai rien à te donner, répondit le garçon.
- J'aimerais tant que tu me fasses un cadeau, dit le nouveau-né.
Le petit étranger rougit de honte.
- Je n'ai vraiment rien… rien ne m'appartient ; si j'avais quelque chose, je te l'offrirais… regarde.
Et en fouillant dans les poches de son pantalon rapiécé, il retira une vieille lame de couteau rouillée qu'il avait trouvée.
- C'est tout ce que j'ai, si tu la veux, je te la donne.
- Non, rétorqua Jésus, garde-la. Je voudrais tout autre chose de toi. J'aimerais que tu me fasses trois cadeaux.
- Je veux bien, dit l'enfant, mais que puis-je pour toi ?
- Offre-moi le dernier de tes dessins.
Le garçon, tout embarrassé, rougit. Il s'approcha de la crèche et, pour empêcher Marie et Joseph de l'entendre, il chuchota dans l'oreille de l'enfant Jésus :
- Je ne peux pas… mon dessin est trop moche… personne ne veut le regarder !
- Justement, dit l'enfant dans la crèche, c'est pour cela que je le veux… Tu dois toujours m'offrir ce que les autres rejettent et ce qui ne leur plaît pas en toi.
Ensuite, poursuivit le nouveau-né, je voudrais que tu me donnes ton assiette.
- Mais je l'ai cassée ce matin ! bégaya le garçon.
- C'est pour cela que je la veux… Tu dois toujours m'offrir ce qui est brisé dans ta vie, je veux le recoller…
Et maintenant, insista Jésus, répète-moi la réponse que tu as donnée à tes parents quand ils t'ont demandé comment tu avais cassé ton assiette…
Le visage du garçon s'assombrit, il baissa la tête honteusement et, tristement, il murmura :
- Je leur ai menti… J'ai dit que l'assiette m'avait glissé des mains par inadvertance ; mais ce n'était pas vrai… J'étais en colère et j'ai poussé furieusement mon assiette de la table, elle est tombée sur le carrelage et elle s'est brisée !
- C'est ce que je voulais t'entendre dire ! dit Jésus. Donne-moi toujours ce qu'il y a de méchant dans ta vie, tes mensonges, tes calomnies, tes lâchetés et tes cruautés. Je veux t'en décharger… Tu n'en as pas besoin… Je veux te rendre heureux et sache que je te pardonnerai toujours tes fautes.
Et en l'embrassant pour le remercier de ces trois cadeaux, Jésus ajouta :
- Maintenant que tu connais le chemin de mon Cœur, j'aimerais tant que tu viennes me voir tous les jours…

Tu étais là, Marie, à l’heure que Dieu avait fixée, tout attentive, toute donnée.
La terre était prête : le grain pouvait germer.

Dieu t’a choisi, entre les femmes pour accomplir la promesse.
Tu es le temple, le vrai temple, en qui Dieu décide d’habiter.
Servante, tu deviens reine, quand le Très Haut se fait petit, lui qui renvoie les riches, élève les pauvres et les humbles.
Te voici en attente, de l’heure choisie par Dieu, toute livrée à l’Esprit.
Donne-nous ta Foi, Marie, pour que nous préparions nos cœurs au don que fait le Père.
Déjà les champs blanchissent : c’est le moment de la moisson.

Amen


Homélie du troisième dimanche de l'Avent

(17 décembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas »
Parole d’un éclaireur, perdu dans l’immensité du désert proche de Jérusalem.
Parole d’une Église vigilante, nous poussant à nous regarder, en vérité, les uns les autres.

C’est la Parole d’un TÉMOIN, d’un ÉCLAIREUR.
« Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière », nous dira Saint Jean dans son Prologue.
La religion de l’époque était dirigée par les Pharisiens, par les scribes, par les docteurs de la Loi. Ils faisaient peser de lourds fardeaux sur la vie des gens.
Pas beaucoup d’espérance possible et pas d’ouverture sur un vrai avenir de fils de Dieu. Que de recherches du côté de sectes, de prophètes, de prometteurs d’avenir !
Jean, lui, se tenait aux abords de cette ville de Jérusalem, dominée par son temple, la résidence officielle de Dieu, sur la terre des hommes.
Son message était autre, il résonnait dans le silence d’une terre en attente de germes de vie. Des foules venaient vers lui.
Au-delà de son ascétisme, il leur parlait de lumière, de changement de vie, de proximité de Dieu.
Il venait en éclaireur, porteur d’une question, celle qu’il était par sa simple manière d’être.
« Qui es-tu ? », Une question toute justifiée, jusqu’à l’aujourd’hui de nos questions et de nos envies d’une Espérance.
Cette voix de Jean le Baptiste, c’est aussi cette voix qui crie dans le désert : « Aplanissez le chemin du Seigneur ».
Cette voix retentit dans le désert : celui qui recouvre l’immensité du silence ; celui qui se lit dans les images de nos journées et de nos angoisses.
C’est une voix, toute humble. Jean Baptise dans l’eau, rien de plus banal, invitant ainsi à la conversion, au changement de vie.
De plus, Jean se sent si petit et si démuni, face à la grandeur de ce qu’il annonce : « je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales ».
Et dire qu’il y aurait aujourd’hui une certaine Église et des Chrétiens qui se sentent détenteur de ce que Dieu devrait dire, penser ou faire !
Ce ne sera jamais qu’humblement, que nous pourrons nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu.
Ce ne sera jamais qu’humblement, que nous pourrons être l’Église, humble signe de la Libération de l’amour, que Dieu nous confie.

Mais, si la voix de Jean-Baptiste est la voix d’un témoin, d’un éclaireur, elle est aussi une voix, qui nous indique QUELQU’UN.
Dans l’Évangile, au moment où Jean prononce ces paroles, Jésus fait son apparition au bord du Jourdain.
Jean nous indique du doigt Jésus.
Il n’est pas qu’un simple futur baptisé.
Il est celui dont parle le prophète Isaïe, quand il proclame : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur ».
Celui que nous attendons est vraiment source de Bonne Nouvelle et de nouveauté.
Il vient regarder, ceux que personne ne regarde.
Il vient mettre la main sur l’épaule de ceux qui ne comptent pour personne.
Il vient offrir le cœur, à ceux que la froideur du monde ne cesse d’abîmer.
C’est cela une rencontre dans l’Évangile : voyez Zachée, Marie Madeleine, Nicodème et tant d’autres, qui ont eu la chance de se laisser regarder par Jésus.
C’est là aussi que devrait pouvoir être le bonheur de nos contemporains, quand ils rencontrent des Chrétiens ou l’Église.
Car Jésus, frères et sœurs, est Bonne Nouvelle.
Bonne Nouvelle, quand des éducateurs de rue s’en vont à la rencontre et à l’écoute de jeunes, qui vivent l’angoisse de la rue ou la terreur de ne compter pour personne.
Bonne Nouvelle, quand des Chrétiens se mettent avec d’autres, au sein d’organismes comme Amnesty International ou Médecins sans frontière, pour que l’homme blessé soit relevé et pour que l’injustice soit dénoncée.
Bonne Nouvelle, quand des Chrétiens luttent, non seulement en paroles, mais surtout en présence et en actes, pour que la vie humaine soit respectée, là où elle devient vulnérable.
Bonne Nouvelle, quand des communautés chrétiennes nous offrent des havres de paix et de bonheur pour se ressourcer, auprès de Celui qui est le même hier, aujourd’hui et toujours.

Et c’est ainsi, que la Voix du Baptiste devient une invitation à la joie, telle que nous la formule l’apôtre Paul : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, ne repoussez pas les prophètes, mais discerner la valeur de toute chose ».
Nos communautés chrétiennes sont trop froides et trop formalistes.
Nos lois morales sont plus des condamnations, que des aides pour vivre.
Les chrétiens manquent de rayonnement et de joie … ils n'offrent pas assez de tendresse !
On les sens attaqués de toutes parts, au nom de symboles qui dérangent et ils ne réagissent pas !
Certes, nous sommes des gens du Nord, peu exubérants et peu loquaces.
Certes, une certaine éducation a voulu que l’église soit un lieu rigide et austère, alors qu’elle est la maison d’enfants aimés par Dieu.
Mais plus profondément, nos visages ne sont-ils pas les reflets de nos cœurs et de notre Foi ?
Un philosophe disait un jour : « ils n’ont pas des têtes de ressuscités ». 
Un autre ajoutait : « le XXIème siècle sera religieux ou il ne sera pas ».
Il est temps de nous ressaisir. Il est temps d’offrir la Bonne Nouvelle d’Amour de Jésus à notre entourage, à notre quartier, au monde.
Il est temps de donner envie d’un tel Dieu, qui ose croire en nous, au-delà de tous nos impossibles.
Et si, ensemble, nous en prenions la décision, dans notre communauté paroissiale ?

Avec ta grâce, Seigneur,
j’apprendrai à respecter l'étranger qui réside chez nous.
Ne sommes-nous pas tous immigrés,
de passage sur la terre des vivants ?
Avec ta grâce, Seigneur,
j’apprendrai à estimer les déshonorés
ne ressemblant à rien de chez nous.
Ne sommes-nous pas tous encrassés
en quête de pureté durant la longue traversée?
Avec ta grâce seigneur,
j’apprendrai à être compatissant à relever ceux qui sont tombés,
à consoler ceux qui sont perdus,
à ranimer ceux qui sont fatigués.
Ne sommes-nous pas tous solitaires,
en quête d'accueil à l'entrée de ton royaume ?
De toi Seigneur, j'apprendrai à aimer mon frère,
mon voisin, mon prochain quotidien, de tout mon cœur,
de toute mon âme et de tout mon esprit.
De toi Seigneur, j'apprendrai que toi et mon frère,
ensemble, vous êtes au bout du même amour.

 

Amen


Homélie du premier dimanche de l'Avent

(3 décembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Restez éveillés, car vous ne savez pas quand viendra le moment ! »
Un mot de Jésus pour entamer une nouvelle étape sur notre route à la suite de Jésus.
Une attitude, un moment …

Mais quel moment, frères et sœurs ?
Et si c’était le moment, le temps de Dieu.
Voyez ce maître de la Parabole, image parlante de Dieu lui-même. Il s’en va en voyage, non sans avoir laissé tous ses biens sous la responsabilité de ses serviteurs, de son portier, qu’il appelle particulièrement à veiller.
Et oui, le Dieu de la création nous a laissé ce monde, cet univers à développer et à humaniser !
Le Dieu de l’Alliance, nous a laissé une société à bâtir, plus humaine et plus harmonieuse.
Le Dieu de la paix nous a confié les relations entre les hommes avec pour mission de les rendre plus justes et plus chaleureuses.
À tout moment, il s’en vient frapper à notre porte, espérant que nous lui ouvrions.
Il aimerait nous trouver à l’œuvre pour préparer son terrain et y rendre possible la plantation d’un amour, qui ne demanderait qu’à porter du fruit.
Cette attente du retour du Seigneur, les Chrétiens des premiers siècles l’attendaient pour tout de suite … s’obligeant à aller à l’essentiel et à vivre de tous les pores de leur peau et de leur cœur : Dieu leur avait fixé rendez-vous !
Il serait injuste de dire qu’aujourd’hui, il existe encore autant de fébrilité, autour de l’attente du retour du Seigneur : pas sûr qu’il soit attendu dans nos agendas et dans ceux de la vie du monde.
Nous vivons même dans un monde où la simple idée de Noel – même chez des Chrétiens pose question : le marché de Noël devient plaisir de Noël, la bûche de Noël devient le gâteau des fêtes, la Leffe de Noël devient la Leffe d’hiver, le père Noël devient le Père Hiver ...
Et pourtant, aujourd’hui encore, Notre Dieu vient frapper à la porte, y rencontrant bien des défis à relever : c’est cette crise financière et ses dégâts sociaux qui plongent l’humanité dans l’angoisse et dans la peur du lendemain.
Ce sont ces rapports impossibles entre des hommes en Palestine en Israël, en Syrie, ce sont ces attentats des guerriers de l’État islamique … semant violence et injustice, là où les épées devraient pouvoir être des socs de charrue.
C’est cette terrible maladie du sida, qui est proposée à notre attention, le premier décembre, journée mondiale du sida. Des vies de jeunes, des pages d’avenir sont détruites par ce virus, infectant l’homme jusque dans ce qu’il a de plus précieux : son sang et sa capacité de donner la vie.
Dieu frappe à notre porte aujourd’hui, et dire que nous lui répondons : «  où es-tu dans tout ça, dans tout ce qui fait les noirceurs de notre actualité ? » … à moins que nous ne lui criions avec l’auteur de la première lecture, de tout à l’heure : «  Reviens, pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent ! »

Oui, frères et sœurs, nous lui demandons de revenir. Et si c’était le temps de nous laisser façonner ?
Le Livre d’Isaïe nous disait tout à l’heure : « Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains ».
Quelle belle image, que cette image du potier !
Nous le voyons assis derrière son tour. Il manipule cette argile qu’il arrose, qu’il prépare. Il lui donne une forme, au gré de cette terre, qui se laisse faire.
Sans cet argile, il ne peut rien. Il ne peut créer. Il ne peut laisser aller son imagination, son rêve.
Sans le potier, l’argile ne peut que rester cette masse informe, qui n’intéresse personne et qui ne s’expose à l’admiration de personne.
Nous connaissons nos limites, nos froideurs, nos incapacités d’aimer et d’imaginer le beau pour orner nos existences.
Nous connaissons nos goûts de pouvoir, d’avoir, qui en ces périodes de fêtes vont pouvoir se manifester sur fond de crise.
Nous connaissons aussi les dérives de nos sociétés, qui au nom de l’argent et du pouvoir sont prêtes à écraser tout ce qui pourrait leur faire ombrage. Les prochaines grèves annoncées en sont un signe.
Nous connaissons la tiédeur de nos communautés chrétiennes qui sont devenues si peu témoins d’autant d’amour reçu.
Et si nous nous laissions façonner à nouveau par les doigts de l’amour, capables de nous transformer en des visages concrets du commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » ?
Et si nous laissions nos différentes communautés chrétiennes, disséminées de par le monde être des lieux de respect, de justice, de vérité, de joie et d’un bonheur à partager …. Bref, des lieux qui sentent bon l’Évangile ?
Et si nous laissions Dieu être Dieu, si nous le laissions créer avec nous une alliance qui permette à tout homme de se tendre la main et de s’élever à la hauteur d’un absolu ?

Si nous laissions le potier de l’Amour faire de nous des vases d’espérance, pour des voisins, des familles, des amis, des ennemis qui en cherchent ?
Potier … argile, rencontre d’une Parole, d’une Bonne Nouvelle.
Potier … argile, un temps pour chercher à connaître ce Dieu qui veut notre bonheur.
Potier … argile  et si de cette rencontre naissait un témoignage, ici et maintenant.
Alors un portier pourrait en naître … Un portier qui aime ce bien énorme de l’Amour, un portier qui veille sur tout ce qui risque de détruire l’épanouissement de l’Amour et détériorer la relation entre Dieu et les hommes, et la relation des hommes entre eux.
Un portier qui donne envie de franchir la porte de cieux nouveaux et d’une terre nouvelles : là où l’homme est aimé pour ce qu’il est : un aimé, un fils, une fille de Dieu.
Le temps de l’Avent, s’il est le moment privilégié pour remettre les pendules à l’heure et apprendre à vivre à l’heure de Dieu, il est le moment pour oser vivre sa vie chrétienne, sa vie humaine, tout court en Sourcier d’espérance, qui par le partage et la solidarité et la prière ouvre le cœur de Dieu et remplissent le cœur de l’homme.
En Portier de Vérité, celui d’un Amour, qui ne juge pas, qui ne condamne pas, mais qui trouve que l’éternité est si courte pour la casser par des ruptures d’amour.
En relais de vie, là où la blessure de l’homme a laissé la nuit s’implanter et l’avenir se boucher.
Oui, frères et sœurs, et si nous devenions des « portiers », des « veilleurs » capables d’entretenir en nous l’attente d’un Jour Nouveau, celui de l’Amour ?

Dans le désert, dans les villes,
dans nos maisons, dans nos cœurs,
Une voix crie :
« Préparez les chemins du Seigneur. »
Seigneur, comment préparer ton chemin ?
Apprends-nous à vivre dans la droiture …
dans le désert, dans les villes,
dans nos maisons, dans nos cœurs,
de jour, de nuit, une voix crie :
«  Veillez ! Le Seigneur vient ! »
Seigneur, comment veiller ? Comment prier ?
Envoie-nous ton Esprit, Seigneur,
et qu’il nous tienne en éveil,
attentifs à ta voix, attentifs à nos frères.

Amen