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TOUSAINT

(1 novembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Heureux »
Un simple mot, repris huit fois et c’est tout un projet de bonheur que Dieu ouvre pour nous … un bonheur pour une vie !

Le bonheur selon le cœur de Dieu c’est celui du Peuple des Béatitudes relevant les défis d’un monde, qui aujourd'hui se révèle être dur et inhumain.
Écoutez cette paraphrase des Béatitudes, qui dit bien les choses et qui colle tellement bien avec notre actualité de temps de crise et de mesures créant la misère.
Le monde crie : « heureux l’homme qui est riche de tout argent, pouvoir, intelligence, beauté : tant de portes s’ouvriront à lui »
Le Christ proclame : « Heureux l’homme – mendiant ou prince – dont le cœur reste pauvre, le dur chemin du Royaume est devant lui »
Le monde crie : « Heureux les plus performants, ils termineront en haut des échelles ! »
Le Christ proclame : « Heureux les doux – les hommes à la force intérieure – ils obtiendront d’habiter la terre en hommes libres »
Le monde crie : « Heureux les cœurs blindés, on ne pourra les déstabiliser ! »
Le Christ proclame : « Heureux le cœur qui saigne, il connaîtra la joie d’être consolé »
Le monde crie : « Heureux qui sent d’où vient le vent, il tirera profit de toute situation »
Le Christ proclame : « heureux qui a faim et soif d’un monde plus juste, cet appétit le fera grandir »
Le monde crie : « Heureux qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, il sera respecté »
Le Christ proclame : « heureux qui ne juge pas son frère, il apprendra à se supporter »
Le monde crie : « Heureux le pragmatique, il est bien de son époque »
Le Christ proclame : « Heureux le cœur pur, il verra la marque de l’Eternel en toute chose »
Le monde crie : « Heureux celui qui évite qu’on le dérange, il aura la paix »
Le Christ proclame : « Heureux qui porte en son cœur la paix, on lira Dieu sur son visage »
Le monde crie : « Heureux celui qui a choisi le parti du plus fort, il ne sera pas inquiété ! »
Le Christ proclame : « Heureux qui s’est mouillé pour la justice et en paie le terrible prix, le dur chemin du Royaume est devant lui »
Le monde crie : « Heureux êtes-vous si vous êtes conformes aux modes et attentes, on ne dira que du bien de vous »
Le Christ proclame : « Heureux serez-vous si le brasier de l’Évangile vous a compromis aux yeux des hommes, qu’on vous raille ou vous traite de ringards ou d’illuminé. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, vous connaissez le prix de la sainteté »
Ce choix, c’est celui qu’ont vécu les saints, connus et inconnus, que nous célébrons aujourd’hui.
Les saints du ciel, qui ont simplement fait, de tout leur cœur, leur labeur.
Les saints et saintes morts au champ d’honneur du travail.
Les saints et saintes du ciel, qui ont simplement fait, mais de tout cœur, leur ménage.
Les saints du ciel qui ont donné sans compter.
Les saints du ciel qui ont évité de se faire remarquer et qui sont restés simplement à leur place.
Les saints et saintes méconnus, qu’on a méprisés ou accusés ou ignorés.
Les saints et saintes que nous avons connus et qui ont vécu parmi nous.
Tous les saints du ciel qui n’ont fait dans leur vie rien d’extraordinaire, mais qui ont mis dans chaque action tellement d’amour… Oui, Heureux !
Parmi eux, on ne trouve pas "Saint Marché", "Sainte Finance", "Saint Argent", "Saint richissime", "sainte rage taxatoire".
Non, on trouve le pauvre, l’homme au cœur simple, l’homme au cœur vrai, l’homme au cœur solidaire, l’homme capable d’aimer.
Ah, si tous ces saints pouvaient briller dans nos yeux d’humains et de Chrétiens !

Ce mot « Heureux », qui brille telle une perle dans l’Évangile, devient la contemplation d’une vocation : la vôtre, la mienne.
Saint Jean nous dit aujourd’hui : « bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. »
Depuis le matin de notre baptême, Dieu nous a choisis.
Il a mis la main sur notre épaule, pour nous dire sa confiance.
Il nous a pris par la main, pour construire notre bonheur, dans la logique de son amour.
Il a fait alliance avec nous pour oser son pari fou, d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle.
Depuis le matin de notre vie, il nous a ainsi marqués du sceau de notre dignité, celles d’aimés devenus capables d’engendrer le rêve de Dieu.
Comment, dès lors, ne pas redire avec l’apôtre : « Voyez comme il est grand l'Amour dont le Père nous a comblés. »
Tout cela, imprimé au plus profond de nous-mêmes, ne nous donne pas le droit de subir nos existences ou de vivre comme des résignés.
Cela nous invite plutôt à devenir les bras, les jambes, le cœur d’Amour de Dieu pour aller à la rencontre de nos frères et de nos sœurs, de ceux qui nous sont proches, de ceux avec qui nous vivons ou encore de tous ces visages abattus par la crise.
Aller à la rencontre de ce petit vieux qui ne connait que la solitude comme quotidien.
Aller à la rencontre de ce chômeur qui vit près de chez moi et que tout le monde stigmatise en ces temps difficiles.
Aller à la rencontre de ces jeunes qui ne comptent plus pour personne, qui ne croit pas en un avenir possible et qui se réfugie dans la haine et dans la violence.
Aller à la rencontre de tous ceux qui, au nom de la compétitivité et de la rentabilité sont devenus des poids, alors qu’au fond d’eux, sous bien des cendres, se trouvent les braises d’une envie de bonheur et de vie.
Devenez scandaleusement riches nous lance notre société basée sur l'argent !
Devenez scandaleusement saints, en aimant comme vous êtes aimés, nous souffle Jésus à l'oreille … à nous d'entendre !

Amen


TRENTIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(28 octobre)

- Abbé Guy De Smet -

« Jésus, fils de David, aie pitié de moi ».
C'est là le cri de Bartimée, assis au bord de la route de l'amour.
C'est aussi le cri de tous les "Bartimée" du monde et de l'Église - de nous peut-être - en quête d'un peu d'Espérance, au-delà de nos aveuglements.

Mais restons-en à Bartimée !
Jésus est de passage à Jéricho. Il s'agit là d'une petite bourgade, une étape sur sa route vers Jérusalem.
Il est en route vers le rejet de l'homme, signifié par la croix. Il est aussi en route pour dire l'amour, par des paroles et par des gestes.
Sur cette route, il ne laisse pas indifférent. Une foule nombreuse le suit. À croire, qu'elle a trouvé auprès de lui des raisons de tout laisser là. À croire, que ce qu'il dit, est devenu un essentiel, qui mérite une aventure ou une attente.

Et puis, autre personnage de cette scène tirée de l'Évangile, c'est Bartimée !
Il fait partie du monde des exclus. C'est un mendiant. De plus, il est aveugle. 
Une telle situation ne peut que susciter une question, qui sera posée ailleurs dans l'Évangile : « qui a péché : lui ou ses parents ? »
Il est assis au bord de la route, en marge de l'activité des gens de son entourage. Il ne compte pour personne. Quand il crie, on le somme même de se taire. C'est un peu comme si une parole venant de lui dérangeait, au milieu de toute cette bousculade, qu'on imagine sans peine.
Ah ! Cette foule !
Il y a celle qui suit, en attente d'un miracle ou d'un peu de pain ou encore d'une parole d'espérance.
Puis, il y a ces badauds de Jéricho. Ils ont entendu parler des exploits de Jésus. Il paraît même qu'il parle bien, comme un homme qui a autorité. Eux aussi veulent voir et entendre !
On l'imagine impatiente, se bousculant pour avoir une bonne place.
C'est vrai que pour eux, ce mendiant aveugle, à côté de qui ils passent tous les jours, sans le voir, fait un peu tache dans le décor.
Quand il se met à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi », ils l'interpellent vivement pour le faire taire.
Quand Jésus s'arrête devant cet aveugle, tout l'intérêt de la foule change :                   « Confiance, lève-toi, il t'appelle ». Ah, comme elle est versatile cette foule, capable d'adorer aujourd'hui, ce qu'elle ignorait ou rejetait hier !
Et c'est au milieu de tous ces visages, que surgit la rencontre, le dialogue entre Jésus et Bartimée.
Quand Jésus appelle l'aveugle, on l'imagine se levant, bousculant tout sur son passage, pour être, au plus vite, auprès de celui qu'il considère comme le Messie, le fils de David, celui qui va lui rendre la vue au-delà de sa misère et de son péché.
On l'imagine agenouillé aux pieds de Jésus, avec la main de Jésus qui se pose sur son épaule : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Question qui peut nous paraître étrange. Mais, que voulez-vous, c'est là toute la logique de Dieu. Il ne vient pas pour penser à notre place. Il ne vient pas pour nous imposer sa volonté. Il ne peut rien sans notre bon vouloir.
Bartimée, d'ailleurs, ne s'offusque pas de la question de Jésus. Il est trop rempli de son attente : « Rabbouni, que je voie ».
Là, l'homme, mendiant, aveugle se met à nu devant Jésus. Il ne lui cache rien. Il s'en remet totalement à lui. Il veut voir ! Il sait que Jésus peut le faire. C'est pour cela qu'il a crié, qu'il a osé braver la foule. C'est pour cela qu'il est là devant celui qui peut tout pour lui.
« Va, ta Foi t'a sauvé ».
Face à la confiance de cet homme perdu dans la noirceur de sa misère, Jésus ne peut rester indifférent. Il ne peut se taire. Il lui rend la vue, non, parce qu'il serait un magicien, mais parce que l'homme, qui fait confiance à un point tel, est un magicien.
Finie la misère, fini l'aveuglement, quand du cœur de sa détresse, l'homme ose appeler l'Espérance.
Que jaillisse la lumière et que l'avenir de l'homme, l'avenir de Dieu, l'avenir de l'amour deviennent réalité.
Et le dialogue se termine par ces mots de l'Évangile : « Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route ».
Celui, qui comme Bartimée a fait l'expérience concrète de Dieu au cœur de sa vie ne peut que se mettre en route, à la suite de Jésus. Il ne peut qu'aller avec lui vers Jérusalem pour y vivre le choix de l'amour, de la tendresse.

Comme il est précieux, frères et sœurs, dans la vie de notre monde, dans nos existences de chrétien, de contempler longuement cette scène. Nous y avons rendez-vous avec la pédagogie de Dieu.
Bartimée, ne se situe-t-il pas à la croisée de l'Espérance de l'homme et de la joie de Dieu ?
Bartimée n'est-il pas le symbole vivant de l'alliance entre Dieu et l'homme, quand ils acceptent de se donner la main ?
Ainsi l'extrait du livre de Jérémie, que nous entendions tout à l'heure.
Le peuple qui vivait le scandale de l'exil, qui était allé au fond de sa misère et de son humiliation, pouvait désormais pousser des cris de joie.
Il pouvait faire résonner des louanges, parce qu'enfin il osait crier en vérité vers son Dieu qui semblait l'avoir abandonné : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d'Israël ».
Puisque l'homme lui tendait de nouveau la main, Dieu pouvait répondre. On imagine la joie qui inonde le cœur de Dieu.
« Ils étaient partis dans les larmes, dans la consolation je les ramène. Je vais les conduire aux eaux courantes par un bon chemin où ils ne trébucheront pas ».
Oui, frères et sœurs ! Joie dans le cœur de Dieu et Espérance qui coule à flots, quand l'homme, vous, moi, du fond de notre misère, nous osons dépasser le fatalisme pour emprunter le chemin de l'Espérance.

Oui, précieuse cette rencontre et précieux ce dialogue entre Jésus et Bartimée, car il ne demande qu'à s'implanter au milieu de nous, aujourd'hui.
Que d'exclus dans notre société, que d'aveugles qui ne voient plus les beautés du monde. Ils sont assis au bord de toutes les routes et de toutes les chances, écrasés par tant de choses qui les dépassent.
Heureux leurs cris, quand ils sont entendus par des hommes et des femmes, qui, au nom des droits de l'homme et donc des droits de Dieu se battent pour que les possibilités qui se logent en chacun soient respectées et trouvent des lieux pour s'exprimer et fructifier.
Que d'hommes et de femmes qui fréquentent nos églises et qui sombrent dans la déprime ou dans la solitude
Que de chrétiens qui vivent leur Foi sur le mode de l'exclusion, parce qu'ils ne correspondent pas à nos normes ou parce qu'ils ne sont pas du même monde.
Heureux leurs cris, quand ils rencontrent l'oreille de frères et de sœurs qui les écoutent sans les juger et qui leur ouvrent des portes vers un avenir, tel que celui qu'ils ont de toute façon dans le cœur de Dieu.
Que de misère, que de péchés, qui m'enferment dans ma prison, celui de mes masques et de mes faux-semblants.
Heureuse demande de pardon qui trouve écho dans le pardon que Dieu m'offre, à chaque fois que je le lui demande.
Heureux pardon qui me rend capable de tolérance, d'ouverture et finalement d'amour pour tant de frères et de sœurs qui m'entourent et avec qui je puis former une communauté, porteuse d'Espérance.

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Quelle question, Seigneur !
Tu ne vois pas où j'ai mal ?
Si, bien sûr, mais tu veux l'entendre de ma bouche.
Tu ne veux pas me sauver malgré moi.
Tu as besoin que je me réveille, que je hurle en pleine rue, comme Bartimée, me cognant partout, renversant les gens pour me jeter à tes pieds.
Tu as besoin que je te désire, que j'aie faim de toi et que j'ouvre enfin la dernière porte qui me sépare de toi : celle qui m'a toujours fait croire que je m'en sortirais tout seul.

Amen


VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(21 octobre)

- Abbé Guy De Smet -

Comme ils sont bien de chez nous, ces fils de Zébédée, tout comme une certaine Église, en quête « des premières places » !

Et pourtant !
Jésus bien vite leur répondra : « Savez-vous ce que vous demandez ? »
Souvenez-vous ! Jésus vient d'expliciter, en long et en large son aventure parmi les hommes. Il sera incompris. Il sera même rejeté par les Anciens et par les scribes. Il sera condamné à mort. Rien de bien glorieux ! Et tout cela, simplement, parce qu'il n'aura rien fait de mal.
Il aura cheminé sur les routes d'espoirs des hommes. Il aura été simplement à la rencontre de leurs souffrances, de leurs maladies, de leurs échecs. Il aura simplement cherché à rencontrer leurs questions et leur soif de bonheur. Il aura simplement voulu les regarder dans les yeux et les aimer. Pour cela, il se sera mis à genoux devant eux et il leur aura lavé les pieds. Que voulez-vous : aimer, c'est tout donner et se donner soi-même.
Et face à ce projet qui prend visage en Jésus, voilà que les disciples se disputent les bonnes places : siéger à la droite et à la gauche dans la gloire.
« La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le Baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. »
Curieuse réponse, que celle de Jésus à Jacques et à Jean !
Suivre Jésus, ce n'est pas une question de première place ou d'honneur.
Suivre Jésus, ce n'est pas qu'une affaire de longueur de franges ou de privilèges.
Suivre Jésus, ce n'est même pas être d'un club de choisis qui savent et qui imposent.
Non ! Suivre Jésus, c'est aller à la rencontre de l'opposition et du rejet. C'est aller au-devant de cette coupe, dont Jésus dira dans son agonie : « Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi. »
Suivre Jésus, c'est rencontrer le Baptême de la croix et de la souffrance, seul chemin pour aimer "jusqu'au bout".
Oui, frères et sœurs, vouloir une place auprès de Jésus, c'est  épouser le bois de la croix, pour aimer, pour servir l'homme, mon frère !

Jésus le dira lui-même d'ailleurs : « Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
La mission de Jésus sur la terre des hommes, ce n'est pas se pavaner dans sa dignité de Fils de Dieu ou de Messie. Il n'est pas venu avec le prestige de sa science ou de ses pouvoirs qui auraient pu tout écraser sur son passage.
Il n'est pas venu pour les juger ou pour leur imposer une manière d'être conforme au projet de Dieu, son Père. Il est venu simplement poser son regard sur l'homme et commencer à l'aimer en lui disant : « si tu veux ».
La mission de Jésus sur la terre des hommes, ce n'était pas non plus imposer une parole ou des règles morales, qui risqueraient de mériter un jugement sans retour :
"faites ce qu'ils disent, mais pas ce qu'ils font".
Non ! Il est venu offrir la douceur de sa Parole à la femme adultère qui méritait la mort : « moi non plus, je ne te condamne pas »; à Zachée, que tous rejetaient : « Je viens chez toi », à Marie-Madeleine, de qui il dira : « il lui sera pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé »...
La mission de Jésus sur la route des hommes, il l'a signifiée de manière admirable dans ce geste choquant. Il se met à genoux devant ses disciples et il leur lave les pieds, comme le ferait un esclave : « vous m'appelez maître et Seigneur - et vous avez raison, car je le suis - Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le maître, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. »
Il est venu se mettre au service de l'amour, afin de révéler à l'homme sa suprême dignité, celle d'être aimé et donc d'être capable d'aimer à son tour.
N'est-ce pas dans ce sillage, frères et sœurs, qu'il nous faut lire la mission de l'Église et donc notre mission de chrétien... que ce soit à l'autre bout du monde ou que ce soit chez nous, dans nos communautés, dans nos quartiers, dans nos familles.
Se dire chrétien ou Église, aujourd'hui, ce n'est pas qu'offrir des belles liturgies ou des célébrations qui durent des heures, soit disant pour la plus grande gloire de Dieu.
Se dire chrétien ou Église, ce n'est pas que s'enfermer dans des réunions ou des colloques, dans lesquels on traite de l'homme, sans jamais rencontre l'humain.
Se dire chrétien ou d'Église, ce n'est pas que s'enfermer dans une mystique qui nous ferait faire l'économie de l'incarnation.
La mission de l'Église et du Chrétien, c'est plutôt de se mettre à genoux devant l'homme, son frère, pour se mettre à son service.
La mission de l'Église, donc de vous et de moi, c'est d'oser témoigner par nos paroles et par nos actes d'un Dieu merveilleux qui nous aime, jusqu'à se mettre à notre disposition.
Notre mission, c'est de TÉMOIGNER !
Témoigner de la tendresse de Dieu, dans un monde qui connaît la violence et le chacun pour soi.
Témoigner de la vérité de l'amour, dans un monde qui avance à coups de magouilles et d'affaires qui obscurcissent notre actualité un peu plus chaque jour.
Témoigner de la beauté du pardon, parmi des ennemis qui s'ignorent ou qui ne cherchent qu'à se détruire, sans s'écouter.
Témoigner de l'audace de la fraternité, dans un monde qui a froid et qui voit la solidarité battue en brèche par l'angoisse du lendemain.
Témoigner de la vie de Dieu, de son dynamisme, au cœur d'une Église qui a trop froid et qui a l'air de se complaire dans une certaine crise et devant un certain mur des lamentations.
Témoigner du service de Dieu, source de Bonne Nouvelle, pour tant d'hommes et de femmes, de frères et de sœurs, victimes de la dureté d'une société qui base tout sur l'avoir... tant pis, pour celles et ceux qui ne savent pas suivre !

Mais comment vivre, ce témoignage et ce service ?
Il se fait qu'aujourd'hui, l'Église de Belgique honore aujourd’hui un nouveau modèle, Saint Damien. Il aura vécu caché au milieu des lépreux. Il aura reconnu leur dignité d’enfants de Dieu, malgré cette maladie qui les défiguraient. Il aura été jusqu’à être lépreux avec les lépreux … de manière forte et discrète, simplement au nom de la force d’un Amour.
Cette force, il l’aura puisée, non dans l’aura de sa personnalité, mais dans le silence de la prière et de l’Eucharistie.
Il aurait certainement été désolé d’avoir été utilisé au point de susciter la polémique. Son témoignage de vie était d’un autre ordre, loin de toutes les susceptibilités humaines qui peuvent se déchaîner quand elles n’occupent pas la première place.
Si nous voulons être les témoins de l'Évangile, aujourd'hui, il nous faut devenir des sourciers d'amour. Il nous faut être de celles et de ceux qui conduisent l'homme qui a soif, vers l'eau de la vie, que nous avons trouvée, pour nous-mêmes, auprès du Ressuscité.
Cela passe par les services au sein de la communauté : la catéchèse, les visiteurs de malades, les chorales et tant d'autres services. Cela passe encore par la vie de la famille ou les rencontres du quartier.
À nous d'oser être de ces témoins-là !

Seigneur Jésus, tu as dit à tes apôtres :
« Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit-Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins ... jusqu'aux extrémités de la terre ».
Envoie ton Esprit encore aujourd'hui sur tous ceux qui, pour toi, marchent sur la route des hommes ; fais d'eux des témoins fidèles de ta Bonne Nouvelle.
Qu'ils puissent, par leur vie, rassembler des personnes qui croient en ton nom et s'aiment les unes les autres comme enfants d'un même Père.

Amen


VINGT-SEPTIÈME DIMANCHE ORDINAIRE
(Onction des malades)

(7 octobre)

- Abbé Guy De Smet -

« Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas »
Une parole de tous les temps qui, ce matin, oriente nos regards vers vous qui allez recevoir l’Onction.

Qui dit « enfant » évoque la fragilité, la faiblesse, la dépendance et en même temps, un cœur qui sait s’émerveiller, un sourire qui devient contagieux.
Aujourd’hui l’enfance est souvent salie, même l’Église n’est pas épargnée dans ce crime.
C’est aussi ce qui arrive aujourd’hui aux malades, aux retraités, aux vieux ... dans une société qui n’a que le mot performance, le mot rentabilité à la bouche.
Tous comme les enfants, pourtant, les malades, ceux qui vivent la solitude physique ou celle du cœur, sont les compagnons privilégiés de Jésus. C’est vers eux qu’il va en priorité. Chaque page de l’Évangile est là pour en témoigner !
Mais arrêtons-nous, quelques instants, à la situation du malade, aujourd’hui.
Être malade, c’est avoir mal d’abord, c’est commencer sa journée en lorgnant vers la boîte à médicaments qui sera votre potion vitale du jour.
Être malade, c’est voir ses amis s’éloigner. Pas facile d’aborder une telle personne : on ne va pas savoir quoi lui dire, comme l’aborder ... Que de paroles qu’il n’aurait pas fallu dire, au point qu’un ancien archevêque de Paris a dit un jour à ses prêtres : « Si vous n’avez pas été malades vous-mêmes, ne parlez pas de la maladie » !
Être malade, c’est être dans le viseur de la société : vous coûtez trop cher, vous êtes un profiteur.
Que de malades qui sont ainsi devenus, ces dernières années, les parias d’une politique dirigée par De Block qui ne cesse de les pointer du doigt : malades de longue durée, traitements trop chers, augmentation des frais d’hospitalisation, augmentation forcée et non justifiée des assurances hospitalisation, pensions de misère ... et j’en passe !
Être malade ou âgé, c’est devenu un mal aujourd’hui, dans une société basée sur l’argent où tout doit être performant, brillant, rentable, coté en bourse.
Être malade ou âgé, c’est se sentir inutile, se sentir un poids, au point d’en perdre le goût de vivre. Pauvre société : que de rendez-vous manqués avec ce que nous avons de plus précieux, la sagesse qui va à l’essentiel, la compassion qui nous dit la bonté dont l’homme peut être capable.

Quand Jésus s’approche d’un malade, il n’a pas toutes ces fadaises en tête.
Il ne s’approche pas d’un cas, d’un numéro de sécurité sociale, d’un inutile.
Non ! Il s’approche d’un être humain, d’un fils ou d’une fille de Dieu.
Ce qui importe pour lui c’est de l’approcher, de lui accorder toute son attention au point de réveiller en lui le goût de vivre.
Ce qui importe pour lui, c’est de lui tendre la main, de l’écouter, de prendre du temps pour lui.
Ce qui importe pour lui, c’est de lui offrir une raison d’espérer et de croire en la vie et de croire en l’homme qui l’approche et donc en Dieu.
Ce qui importe pour lui c’est de lui donner une raison de se relever et de revenir dans sa vraie famille humaine, où désormais il aura la mission de guérir, par son seul regard de sauvé.

C’est cela que nous allons vire au sein de notre communauté, à travers le sacrement de l’Onction de malades.
À travers quelques gestes, c’est toute la tendresse de Dieu qui va se faire humaine et qui va se dire à celui ou à celle qui se laisse approcher.
L’Onction des malades, c’est un signe que Dieu nous laisse pour nous signifier sa proximité de ce mal qu’il a côtoyé de près, jusque dans sa mort sur la croix.
Le premier signe, c’est qu’il s’agit, aujourd’hui d’un acte communautaire.
Autour de ceux qui souffrent ou qui connaissent l’isolement, il y a des frères et des sœurs, vous, aujourd’hui. Par votre présence vous les entourez, comme on le fait d’être précieux qu’on est heureux de rencontrer et avec qui on a envie de partager un moment d’espérance.
Un deuxième signe, ce sera la prière de l’imposition des mains.
D’une manière toute silencieuse, le prêtre va s’approcher de chacun de vous, il va vous toucher la tête, celle dans laquelle vous souffrez, celle dans laquelle vous ruminer, celle dans laquelle naissent en vous des raisons de pleurer et de crier votre douleur : pourquoi moi ? pourquoi maintenant ?
Ce toucher dit toute la proximité de Dieu. Il est avec vous dans ce que vous êtes et dans ce que vous vivez ; vous avez du prix à ses yeux. Il vous aime tels que vous êtes. Il pleure avec vous. Il crie avec vous. La maladie, la mort, cela restera toujours un mal qu’il faut combattre !
Puis il y aura l’onction. Le prêtre va vous marquer avec l’huile sainte.
Cette huile c’est la trace de Dieu en vous, c’est la force de Dieu en vous, c’est le bien que Dieu veut pour vous !
Elle est le réconfort que Dieu apporte à votre maladie comme le serait un baume qui vous fait du bien.
Un grand moment que je vous invite à vivre intensément dans quelques instants.
La maladie, l’âge nous disent que nous ne sommes pas les plus grands, les plus beaux les plus forts.
La maladie nous rappelle que nous avons besoin des autres et qu’ils ont besoin de nous.
La maladie, l’âge, à travers ce signe de l’Onction, nous disent toute la valeur infinie que nous avons dans le cœur de Dieu et donc de son Église. Les visiteurs de malades qui font la grandeur de nos communautés paroissiales en sont un signe et une présence efficaces.
Un grand moment d’espérance et de paix, loin des agitations d’un monde qui en oublie d’aimer !

Tu as mis en moi la passion de vivre et d'avancer.
Quand rien ne va plus
et que je dis : à quoi ça sert de se battre,
je peux encore me tourner vers Toi,
Te prier et Te demander de m'aider.
Tu as mis en moi la passion de vivre et d'avancer,
Tu m'as choisi pour faire triompher la vie,
Tu ne peux pas me laisser tomber.

Seigneur, sois mon réconfort.
Apporte-moi cette bouffée d'espérance
qui me soutiendra toute la journée.
Tu es mon compagnon d'attente des jours meilleurs.
Avec Toi, je reprendrai la route de la vie.

Et sans fin, je proclamerai ton Amour.

Amen


VINGT-TROISIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(9 septembre)

- Abbé Guy De Smet -

" Effata... Ouvre-toi ! "
Un mot … une porte qui s’ouvre, une liberté retrouvée … c’est à cela que nous convie la Parole de Dieu aujourd’hui …

Mais, raccompagnons quelques instants cet homme dont nous parle, ce matin, l’Évangile.
Jésus est en route, dans son périple sur les routes des hommes. Il se trouve en plein territoire païen. Brusquement, il se trouve confronté à cet homme que tout exclut.
Quel terrible handicap, pour ce sourd-muet, qui se retrouve ainsi coupé du monde et des autres. Il ne peut rien entendre et il a toutes les peines du monde à s'exprimer.
Il vit dans un isolement total, dans une nuit proche de l'aveuglement.

Cet homme perdu sur une route de la Décapole n’est-il pas à l’image de ce peuple d'Israël perdu dans la nuit de l'Exil.
Il se sent abandonné par Dieu, rejeté par les hommes. Il n'est plus à même de communiquer sa Foi, son Espérance... à quoi bon continuer ?
Dieu a oublié son peuple. L'infidélité a été trop grande. Y aurait-il une fin à cet enfer ?
Ce sourd-muet de l'Évangile n'est-il pas aussi de notre monde et des chrétiens noyés dans ce monde ?
Les chrétiens aussi ont l'air d'être devenus sourds à la Bonne Nouvelle.
Ils ressassent des rites, dont ils ont parfois perdu le sens.
Ils se perdent dans des conflits entre telle ou telle tendance.
Ils ne prennent plus le temps de s'arrêter et d'écouter leur Dieu, qui est pourtant toujours là à attendre leur disponibilité.
Ils sont aussi devenus incapables de témoignage, noyés qu’ils sont dans des « affaires » qui ne cessent de les poursuivre.
De temps à autre il y a bien une éclaircie : tel événement, telle rencontre, tel moment fort. Mais bien vite la routine prend le dessus et la crise nous fait broyer du noir.

En lisant cet Évangile, nous constatons que cet homme handicapé n'est pas venu tout seul.
C'est la foule qui l'amène et qui demande à Jésus de lui imposer les mains. Extraordinaire attente de cette foule, qui ose croire contre toute attente.
Une attente, une Foi, qui de tout temps a mis en route le peuple des croyants !
Ainsi, le peuple de l'Exil savait que Dieu ne pouvait l'abandonner : l'espérance devait rester une lumière pour toutes les nations. Il fallait se relever et repartir.
Et aujourd'hui, n’est-ce pas cette même attente qui se loge au fond de chaque homme de bonne volonté ?
L'homme moderne a souvent compris que le matérialisme ne peut le combler.
Il a besoin d'autre chose, que nous appellerons « spiritualité » pour vivre. Il s'agit là d'une dimension qui le dépasse.
C'est alors la recherche de sectes, d'ésotérisme, d'horoscopes, d'écologie... Bref, la recherche de toute une série de choses qui ne limitent pas l'homme à ses besoins matériels.
Notre monde attend ... n'est-ce pas là une invitation aux Églises pour oser se relever, au-delà de ses crises et de ses scandales ?

« Prenez courage, ne craignez pas, voici votre Dieu... Il vient lui-même et va vous sauver ».
Pour ce sourd-muet qu'on lui amène, Jésus va faire un miracle. Il va dire la parole qui le sauve : une nouvelle vie va pouvoir commencer !
Pour le peuple perdu dans les ténèbres, des prophètes vont se lever, un petit reste va relever la tête et la longue marche de l'Espérance va pouvoir reprendre : les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s'ouvriront. Le boiteux bondira comme un cerf, la bouche du muet criera de joie. L'eau jaillira dans le désert... Dieu vient rendre la vie !
Aujourd'hui, des témoins se lèvent et ils invitent les chrétiens noyés dans leurs crises et dans leurs habitudes, à relever la tête.
Que d’hommes, que de femmes, que de jeunes, qui de par leur engagement au service de l’amour sont ainsi des phares au sein de nos communautés ou au sein de nos quartiers !
En pleine crise des réfugiés, loin des palabres, des notions de quotas, des chrétiens et d’autres ont retroussé leurs manches pour venir en aide à des hommes, des enfants, des familles que la guerre a détruit et a placés sur les routes de l’exil.
Oui, " Effata "
Désormais le sourd-muet de l'Évangile pourra entendre la Parole libératrice de Jésus et il pourra l'annoncer autour de lui.
Désormais aussi, le baptisé que nous sommes chacune et chacun pourra écouter la Bonne Nouvelle de l'Amour. Il pourra s'en émerveiller, au point de ne plus pouvoir se taire et de devenir un bâtisseur de la civilisation de l'amour.
Désormais notre monde pourra oser croire en un avenir : des hommes et des femmes vont se lever pour aimer au cœur d'une société froide et trop souvent inhumaine, au cœur d’une actualité ou les cris de la terreur et de la violence ont une place trop grande
Rêve ou réalité ?
Et si nous laissions Jésus simplement nous emmener à l'écart pour nous guérir et nous crier : " Effata " ... une source de vie demande à en jaillir.
Laisserons-nous cette chance à Dieu ?

Détacher sa barque,
partir pour les eaux profondes de la vie,
entre le bleu du ciel et le bleu de la mer...

Aimer sans fin, aimer à se perdre
être heureux du soleil, être heureux de l'écume et du vent.

Ne plus revenir au rocher triste de l'enfilade des jours,
ne plus se briser à attendre que les marées s'arrêtent,
ne plus clapoter à perdre l'espoir.
Détacher sa barque,
filer entre les écueils
et s'étendre, calme, serein, sur la plage de la confiance.

Il faut un jour détacher sa barque,
prendre le risque de s'embarquer
pour l'Amour sans condition
et laisser Dieu tenir les avirons.

Amen


VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(2 septembre)

- Abbé Guy De Smet -

« Il a voulu nous engendrer par la vie par sa Parole de vérité ».
Un cadeau pour une nouvelle étape, celle d’une nouvelle saison, au cours de laquelle nous serons invités à mettre nos pas dans les pas du Christ ressuscité.

Ce cadeau nous vient de Dieu, celui dont le livre du Deutéronome parle avec éloge, en disant : « Quelle est grande la nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l'invoquons ? »
Eh oui, comme il est grand le Dieu du peuple choisi.
À chaque étape de son histoire, il n'a cessé de le prendre par la main.
Il l'a guidé à travers lueurs d'espérances et ténèbres de désespoir.
Il l'a porté, à chaque fois que l'opposition des hommes à son œuvre d'alliance se faisait trop forte.
Il était là pour appeler Abraham à quitter ses sécurités et ses aises, pour se lancer dans l'aventure de la Foi.
Il était là avec Moïse pour libérer son peuple de l'esclavage d'Égypte.
Il était là par la voix de ses prophètes, pour rappeler à son peuple l'amour qui crée la fidélité.
Oui, il était là par une Parole qui crée la vie, et qui rend possible l'avenir.

En relisant l’actualité de ces dernières semaines, nous pourrions être tentés de ne plus croire en cette Parole, ni en cet avenir.
Une crise économique qui s’attaque de plein fouet aux plus faibles de nos sociétés, en rien responsables de la situation économique, un peuple syrien écrasé par une guerre civile qui détruit toute humanité sur son passage, des migrants qui errent dans l’indifférence générale et que tous se rejettent sans même les voir …
Et pourtant que de Vie créée quand des hommes et des femmes retroussent leurs manches pour oser la solidarité envers des plus démunis : ces milliers de bénévoles qui chaque mois prennent sur leur confort pour venir en aide à de plus démunis à qui la chance ne sourit pas ou encore tous ces visiteurs de prisons, qui de mois en mois s’en vont apporter un peu d’humanité à des condamnés dont la société se préserve.
Ces bénévoles de la plateforme d’aide aux migrants et qui ne calculent pas leurs efforts pour pallier l’arrogance et à l’indifférence du monde politique
Et pourtant que de semeurs d’avenir grâce à tous ces poseurs de gestes prophétiques qui dans notre Église ne cesse de nous signifier que l’Évangile ne s’écrit pas qu’avec des mots, mais avec des vies toutes données, dans le sillage de celle du Ressuscité …
Toute cette histoire du peuple de Dieu, cette histoire de vie et d’avenir n'est pas que pour la gloriole, pour s'afficher les plus grands, les plus beaux, les plus forts. Non, cette histoire est là pour découvrir les traces du Dieu de vie, qui continue d'écrire son amour, sur la terre des hommes ... en toute humilité.

Dieu nous fait le cadeau de sa Parole, pour en vivre... Mais qu'en faisons-nous, frères et sœurs ?
Les scribes et les Pharisiens déjà ne pouvaient comprendre. Comment ces hommes qui se prétendaient les disciples d'un homme de Dieu, pouvaient-ils ainsi bafouer les règles du peuple élu ? Comment pouvaient-ils manger avec des mains impures et ne pas se plier aux rites qui avaient fait l'autorité des maîtres en Israël : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des Anciens ? Ils prennent leurs repas sans s'être lavé les mains »
Et n'en est-il pas de même dans notre Église ?
Que d'hommes et de femmes nous avons jugés ou condamnés : ils sont divorcés-remariés, ils travaillent le dimanche, ils ne pratiquent pas le dimanche, mais ils vont en pèlerinage à Lourdes... et j'en passe.
Entre chrétiens, nous nous jugeons et nous nous condamnons, au départ de la même Parole de Dieu : untel est de gauche, tel autre est de droite. Celui-là est un traditionaliste, tel autre est en avance...
Et tout comme les scribes et les Pharisiens d'hier, nous pouvons prendre en compte la Parole que cite Jésus : ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ».
La parole que Jésus nous offre nous invite à aimer. Elle se propose de nous guider vers ces lieux où Dieu habite, ces endroits où brillent les visages de mon frère, de ma sœur. Il m'emmène vers ces endroits des pauvres de cœur, où l'humilité et la pureté du regard, nous permettent de découvrir le visage de Dieu en dialogue avec sa créature et son collaborateur.
La Parole que Jésus nous offre se montre à l'œuvre d'abord à travers tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait. Elle se fait présence à chacune de nos eucharisties, où il s'offre à nous, tout en se faisant mendiant de notre réponse : « faites cela en mémoire de moi ».
La Parole de Dieu se fait visible dans celles et ceux qui en vivent … et comme ils sont une bouffée d’air frais dans le monde de haine et de violence que nous connaissons.
Prenons le temps d'en vivre, frères et sœurs : il y va de notre bonheur avec Dieu, un bonheur qui s'appelle « aimer ». Cela peut être une petite carte glissée discrètement dans la boîte aux lettres d’un nouveau voisin, une empathie à l’occasion du décès d’un voisin que nous ne connaissons pas, un petit mot chaleureux à l’occasion d’une naissance ...
Peut-être bien que les conseils de l'apôtre Jacques pourraient nous inspirer : « Accueillez humblement la parole de Dieu semée en nous ».
Dans nos vies surchargées, prenons le temps de nous taire, de nous retirer, de prendre un évangile, de lire et de retrouver un regard neuf, pas celui de vieux habitués.
« Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l'écouter ».
De ce face à face avec Dieu, de l'écoute de la Parole, de sa découverte, peut-être, deviendrons-nous des créateurs de gestes d'amour et de paix, compréhensibles pour le monde d'aujourd'hui.
Devenons, ce que nous écoutons : les amoureux de la vie, celle dont Dieu décrit les contours.

Viens, Esprit Saint, sur ton Église.
Sois le défenseur des témoins de l'Évangile,
l'Inspirateur de toute communion
et le promoteur de la vraie Liberté.
Guide ceux et celles
qui empruntent de nouveaux chemins
et qui entreprennent avec audace
leur mission de prophète.
Sois le Dieu de l'avenir. 

Amen


QUINZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(15 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

« Va »
Parole de Dieu pour un prophète, pour des disciples ...
Parole de Dieu pour notre Église de ce temps ...

« Va »
C'est la Parole d'un Dieu formidable, d’un Dieu qui nous invite aujourd'hui... au point que Paul dira de lui : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ».
Béni, parce qu'il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons dans son amour, saints et irréprochables".
Depuis toujours, il nous a choisis, il nous a façonnés, il nous a modelés à son image et à sa ressemblance, pour que nous devenions des relais de sa tendresse, au cœur de la vie des hommes...
Paul ajoutera dans ses écrits : « Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ ».
Il nous a fait partager son intimité de Père, afin que nous devenions un peu comme lui.
« Elle est inépuisable, la grâce par laquelle il nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté ».
Quelle patience extraordinaire, qui au-delà de nos faiblesses, de nos limites, ne cesse de prendre du temps pour nous dévoiler le secret de son être, qui n'est qu'Amour et qui peut engendrer une vie que rien ne peut corrompre.
Ne nous habituons jamais, frères et sœurs, au visage de ce Dieu qui aime tout homme tel qu'il est ...
Un Dieu qui ne cesse de nous faire confiance et de croire en nos possibilités, pour devenir des sourciers de vie …
Un Dieu que Jésus nous a appris à appeler « Papa » !

C'est bien ce Dieu-là, qui depuis la nuit des temps appelle l'homme, son prophète.
Ainsi Amos, qui pourra résumer son expérience en ces termes : « Je n'étais pas prophète ni fils de prophète ; j'étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m'a saisi quand j'étais derrière le troupeau, et c'est lui qui m'a dit : va, tu seras prophète pour mon peuple Israël ».
Lui qui n'appartenait pas à une caste ou à un clan, Lui qui n'avait aucune autorité humaine pour dire le monde de Dieu, le voilà choisi pour proclamer l'impatience de Dieu et l'urgence d'un changement.
Dans sa vie toute simple, sans opportunisme, sans course au prestige, Dieu avait couvé du regard Amos. Il savait qu'il deviendrait son instrument, qu’il deviendrait le porte-parole de son Amour, pour ce peuple qu'il avait choisi et qui semblait l'avoir oublié.

C'est aussi ce Dieu-là, débordant d'Amour, qui appelle les Douze et les envoie pour une première mission.
Imaginez ce moment émouvant.
Ces hommes, il avait choisis avec soin.
Ces hommes à qui il avait montré les signes d'une Bonne Nouvelle : des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient, des sourds qui entendaient..., le voilà qu'il les envoie vers les hommes pour y vivre la même audace.
Confiance merveilleuse, mais qui ne va pas de soi !
Ils avaient été choisis. Ils avaient marché avec lui. Ils avaient vu les miracles qu'il avait accomplis. Ils avaient même été témoins du succès de foule que rencontraient ses paroles et ses actes.
Mais, ils avaient aussi vu se lever l'opposition et les premiers signes d'un rejet.
Ainsi cette visite à Nazareth. Il aurait dû y être accueilli, reconnu. Il aurait pu rêver d'une fierté des habitants, pour cet homme de chez eux, qui osait dire la beauté de Dieu. Et tout se réduisait en un échec lamentable : « Nul n'est prophète en son pays ». Là, pas de miracles, pas de succès extraordinaire.
Et c'est avec à l'esprit cet échec de sa propre mission, que Jésus les envoie !
Il les laisse même avec des moyens dérisoires : « ne rien emporter pour la route, ni pain, ni sac, ni pièces de monnaies ». Rien, pas de gadgets, pas de moyens forts qui impressionnent. Rien qui ne risque de leur faire croire que le succès est dû à leurs seules forces.
Il fait même reposer le succès de leur mission sur ceux vers qui ils sont envoyés : « Si dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds ».
C'est donc pauvres, démunis et tributaires de l'accueil des hommes, que les Douze s'en vont ... et ça marche : « ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades, et les guérissaient ».
Branchés uniquement sur l'essentiel, l'exemple de Jésus lui-même, ils vont pouvoir dire Dieu à leur tour et proclamer une conversion, qui mérite l'écoute et l'attention.

Ce Dieu formidable, ce Dieu qui appelle des prophètes, n'est-il pas ce même Dieu qui met en route son Église et qui appelle des témoins pour aujourd’hui ?
Notre Dieu, en Jésus, ne cesse de nous parler d'amour et de tendresse.
Notre monde crève de manque d'amour : chaque jour on nous parle de crise économique avec les drames humains qu’elle engendre, on nous parle de guerre et de massacres comme en Syrie, on nous parle d’expulsion comme celle qui a causé la honte l’Europe et de la Belgique à travers le drame des migrants refoulés.
L'homme demande à exister et à compter pour quelqu'un. N'est-ce pas dans la réponse à cette attente de l'humanité, une réponse de notre mission d’Église ?
Notre monde crève de manque d'absolu, de référence à autre qu'à lui-même et à ses propres forces. Que de fois, il se casse la figure au nom de son orgueil et de son autosuffisance !
N'est-ce pas là encore un témoignage pour notre Église appelée à témoigner de la Transcendance, qui la transforme en bras en jambes, en cœur, pour devenir les relais de l'Amour au milieu de la société des hommes ?
Tout cela ne nécessite pas de grands moyens ou des gadgets qui risquent d'envoyer de la poudre aux yeux.
Non ! L'Évangile se vit pauvrement, sur le mode du " si tu veux ".
Il demande un cœur pour aimer, des yeux pour voir et pour comprendre, des bras et des mains pour se tendre, des jambes pour se mettre debout et en relever d'autres. N'est-ce pas ce que vivent ceux que nous appelons les grands témoins de notre temps ?
Mais cette mission demande aussi un accueil... pas d'abord de notre monde, mais peut-être avec plus d'urgence de nos milieux d'Église.
Je n'ai pas toujours l'impression, que si Jésus devait débarquer dans nos églises, dans nos cercles chrétiens, il recevrait cet accueil des foules en attente de signes.
Nous avons peut-être trop enfermé la liberté de notre religion, dans des carcans moraux et dans des formules qui ne nous engagent pas.
Nous avons trop transformé notre relation à l'Amour, notre relation à Dieu, en des devoirs et des routines, en des bigoteries et des bondieuseries, qui n'ont rien à voir avec la proclamation d'un ciel nouveau, ni d'une terre nouvelle.
Nous avons peut-être mis trop d'énergie à juger et à classer ceux qui nous parlent de Dieu, au nom de catégories ou d'exclusions qui nous arrangent et qui nous évitent d'entendre ce qu'ils ont à nous dire : et s'ils étaient envoyés par Dieu, eux aussi ?
Ce sera dans la mesure où la Parole de Dieu trouvera un écrin dans nos communautés chrétiennes, qu'elle sera à même d'inonder le vaste monde d'une eau qui abreuve et qui offre la vie.
C'est là notre responsabilité de Chrétien aujourd'hui !

- Seigneur, pour aller à ta vigne, il nous faut bien de bonnes chaussures ?
- Non, pas besoin. Ma grâce te suffit.
- Mais il nous faut bien de quoi manger ce soir !
- Non, ma grâce vous suffit.
- ... à midi !
- Non. Si tu prends des réserves, tu seras toujours tenté de croire que, grâce à elles et à toi, tu as réussi... ou raté.
Ne t'attache à rien.
Rien qui pourrait t'empêcher de me voir à l'œuvre
Et à toujours plus me désirer.

Amen


QUATORZIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(8 juillet)

- Abbé Guy De Smet -

 « D’où cela lui vient-il ? »
Une question qui en dit long sur le Mystère de Jésus, tel que le côtoient ses contemporains ...

« Jésus est parti pour son pays … », nous dit l’Évangile !
On l’imagine, lui qui n’avait pas une pierre où reposer la tête, le voilà, une fois de plus, en route avec ses disciples, ceux qu’il a choisis, ceux à qui il veut montrer les merveilles de Dieu et sa tendresse pour l’homme.
C’est le jour du Sabbat, et en bon pratiquant, il fréquente la Synagogue. On lui demande même d’y enseigner !
Tout semble donc bien aller … et tout à coup, voilà que la situation se dégrade : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? »
Derrière cette question, on sent bien que les auditeurs de Jésus ne le prennent pas d’abord pour un fou ou un illuminé : il y a pas mal de soi-disant prophètes qui courent les rues de l’époque !
Derrière cette question, on sent une vérité qui dérange, une vérité qui bouscule : pourquoi lui et pas eux ?
Pourquoi lui, celui qu’on connaît bien et pourquoi pas eux qui sont les tenants de la religion et les bons pratiquants de la synagogue ?
« Ils étaient profondément choqués à cause de lui ! »
Et nous les comprenons bien
Après tout, ce n’est que le Sabbat, ce n’est que la synagogue !
Nous dirions chez nous, ce n’est que le dimanche, ce n’est qu’une église, une simple maison dans laquelle nous nous réunissons au nom de notre Foi ou au nom de notre éducation ou au nom de notre étiquette de croyant.
Nous avons tout le poids et le sérieux de nos existences. Nous portons tout le sérieux de nos habitudes et de notre sens du devoir … Bref, nous savons !
Alors, si en plus, nous devons y entendre une parole qui nous bouscule …  si en plus, nous devons y supporter des remises en questions, nous risquons bien vite de trouver tout cela insupportable.
Il vaudra mieux alors calomnier, enfermer dans des images ou dans des cancans … puisque de toute façon « sa personnalité ne nous convient pas ! »
Et Jésus de répondre face à tout cela : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » et il s’en alla plus loin, sans y accomplir de signes ou de miracles …

Être disciple aujourd’hui, c’est être appelé à être prophète et donc à déranger !
C’est bien là le grand drame de notre Église de ce temps, de ceux qui la représentent, de nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui, c’est de ne plus déranger personne et parfois même de ne susciter que l’indifférence, si pas le dégoût.
Être disciple, ce n’est pas une question de gloriole ou d’étiquette
Être disciple, ce n’est pas appartenir à un petit club de gens bien, qui « savent ».
Être disciple, ce n’est pas se comporter comme le juge, de tous ceux qui ne sont pas comme nous ou qui ne sont pas de notre bord.
Être disciple, c’est d’abord être des aimés, chargés de le dire, de le montrer.
C’est être les porte-parole d’un Dieu qui vient nous aimer, nous bousculer dans nos certitudes et dans nos routines.
C’est être les annonceurs d’une Bonne Nouvelle qui n’est pas là pour que nous brillions ou que nous soyons populaires, mais d’une Bonne Nouvelle qui nous rejoint dans les grands et dans les petits côtés de nos existences.
Être disciple, ce n’est pas dû à nos qualités ou à notre bonne étiquette. C’est Dieu qui est à l’œuvre : « Fils d’homme, je t’envoie ».
Il veut nous prendre là où nous sommes, sur le terrain de nos existences.
Il veut de nous avec nos possibilités et nos talents, mais aussi avec le poids de nos limites et de nos faiblesses…Nous ne comprenons pas toujours pourquoi … mais lui doit le savoir : c’est son affaire !
Voilà 40 ans que j’étais ordonné prêtre, voilà 40 ans que j’en suis convaincu : pourquoi moi ?
Il faut donc s’attendre à ce que l’attitude des auditeurs de Nazareth soit celles des auditeurs de tous les temps : « ils étaient profondément choqués à cause de lui ».
Peut-être bien que notre Église, et aussi le message qu’elle veut transmettre ne nous choque pas assez et que nous sommes devenus imperméables à l’envie d’une remise en question… c’est bien là le fond de la crise qu’elle traverse de nos jours !

Mais, être ainsi prophète, est-ce bien une mission à notre portée ?
Il nous faut là entendre l’apôtre Paul, quand il nous parle de son expérience.
Il a été retiré de son existence de « fils de Pharisien ».
Il a « vu » les merveilles de Dieu, même celles qui se faisaient pour lui, le coursier de Damas.
Il a parcouru le monde de son temps, pour dire la Bonne Nouvelle qui l’a réveillé, qui l’a poussé en avant, qui lui a donné des ailes, pour montrer du doigt le visage de Jésus qui lui a ouvert de nouveaux horizons.
Et pourtant, il se sent faible, il se sent indigne et bien humain….
Mais s’il est ainsi debout et en route, c’est parce que Dieu l’a voulu : « ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».
Paul sait bien qui il est, il connaît ses limites, mais il accepte d’être l’instrument dans les mains de celui qui lui a dit son amour et sa confiance.
Paul sait bien qu’il n’est pas là pour engranger le succès et les honneurs, qu’il n’est pas là pour plaire, mais que sa mission est d’annoncer à temps et à contretemps que le Ressuscité vient nous libérer et faire de nous un peuple de prophète.
« Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort, conclura-t-il en résumé de sa manière d’être présent et au monde et au message qu’il a été chargé d’y porter.

Tu t’étonnes, Seigneur du manque de Foi des gens …
Comme des enfants assis sur la place :
« Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé ! »
Mets en nous, Seigneur, le même étonnement devant les
hochements de tête, devant les critiques qui te sont faites, ainsi qu’à ton Église.
Mets seulement en notre regard un point d’interrogation : Pourquoi ?
Et puis, aide-nous à partir « alentour », plus loin,
pour y proclamer ta Bonne Nouvelle.

Amen


DIXIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(10 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère »
Un lien de parenté, un commandement nouveau qui unit ...
Un fil rouge que Jésus confie à son Église aujour’hui !

Une remarque qui pourrait sembler être mal venue au moment où quelqu’un vient dire à Jésus : « Voici ta mère et tes frères qui sont là dehors qui te cherchent ».
Mais pour Jésus, ce qui compte, c’est sa mission, c’est d’annoncer un monde nouveau façonner par la sève qui s’écoule du coeur de Dieu, son Père.
Ce qui importe pour Jésus, c’est de ne pas voir l’empire du mal, le monde de Satan s’installer sur la terre des hommes.
Ce qui a du prix aux yeux de Jésus, c’est que plus jamais la déchéance d’Adam ne s’installe dans le cœur de l’homme.

C’est à ce moment que deux priorités se bousculent dans le cœur de Jésus : d’une part, cette foule qui le suit, qui attend de lui, une Parole de vie, une guérison, une protection ...
D’autre part cette volonté de Dieu qui lui a fait mettre l’empreinte de ses pas dans les pas des hommes.
Cette foule, il la connait. Il sait qu’elle est capable du meilleure et du pire. Il sait qu’elle est capable de tuer, mais aussi de donner la vie. Il sait qu’elle est capable de haïr, mais aussi d’aimer.
La volonté de son Père aussi, il la connait. Il sait qu’elle ne tolère aucune compromission. Il sait qu’elle s’offre en totue liberté, sans s’imposer, sur le mode du « si tu veux ».
Il sait qu’elle contient le projet d’aimer et de se laisser aimer, au point de devenir des sourciers de vie.
Il sait qu’elle est une urgence face à un monde qui se noie dans un déluge de perte de sens et de valeurs, dans une misère et dans un abattement de tous les instants.
Et si concilier l’homme et l’amour était possible ?

La société d’aujourdhui semble laisser très peu de place à cette volonté d’Amour ... et même à Dieu tout court.
Partout, il est question de violence, de terreur, de sanctions, de domination, de force.
Dans ses projets, la société oublie l’humain au profit de l’argent et de ses magouilles, au point de laisser sur le bord de la route toutes celles et tous ceux qui n’en peuvent plus de ne plus avoir de place dans ce monde.
Dans sa construction, la société n’envisage que du temporaire et du provisoire. Elle fonctionne sur le mode du « tout, tout de suite ».
Ses relations sont virtuelles, au rythme des claviers et des écrans. Le « like » de Facebook et du smiley a remplacé la beauté d’un regard ou d’un sourire.
L’amour a pris la forme d’un portefeuille ou d’une réputation, loin de l’étincelle unique qui brille en chacun.
La peur a créé un chacun-pour-soi morbide et inquiétant.
La valeur d’un être humain ne réside plus que dans sa force de rentabilité ou dans son utilité ... sans quoi il peut bien disparaître que cela ne dérangerait personne.
Et nos églises de laisser résonner ce chant : « Où va notre terre, si l’amour est tué, si nous marchons séparés ... »

En plaçant en avant la volonté de Dieu et la nouvelle fraternité qu’elle engendre, Jésus pose l’urgence de l’Amour.
Il est urgent d’aimer, de s’aimer, de se respecter, de se tolérer.
Il est urgent de ne pas s’enfermer dans la tour d’ivoire de son petit « moi-je ».
Il est urgent de prendre du temps pour soi et de s’aimer soi-même ... point de départ de tout amour donné et ouvert sur les autres.
Jésus ne s’est pas contenté d’en parler : il l’a vécu d’abord.
À chaque fois que nous regardons la croix, nous regardons, certes, un instrument de torture, mais surtout, nous croisons le regard de quelqu’un qui a étendu les bras pour s’offrir dans sa nudité totale à l’autre, son frère, sa sœur.
La croix pour le Chrétien, c’est avant tout la chambre d’une nuit de noces, où Jésus, où Dieu enfante une humanité nouvelle.
Jésus vient y aimer jusqu’au bout.
Jésus vient s’y donner, comme un fruit mûr donne le meilleur de lui-même.
Jésus vient y croiser le regard du meilleur de l’homme pour lui souffler à l’oreille : « sois mon témoin ».

Et ce sont des témoins que Jésus engage pour son Église d’aujourd’hui.
Il n’engage pas des Chrétiens par devoir ou par tradition.
Il n’a que faire de nos tiédeurs et de nos manques de Foi.
Il engage des Chrétiens qui l’ont entendu dire, jusqu’à l’expérimenter dans leur chair : « Viens et suis-moi ».
Il engage des Chrétiens qui ne jugent pas, mais qui pardonnent ; des chrétiens qui tendent les bras et ouvrent leurs cœurs au lieu de serrer leurs poings ; des chrétiens qui sont source de tolérance et non des créateurs de haines et de rancunes nouvelles.
Il engage des Chrétiens dont les comportements coïncident aux actes ; des chrétiens qui vivent comme s’ils étaient branchés sur l’Invisible.
Il engage des Chrétiens pauvres d’eux-mêmes mais tellement remplis d’une Présence divine qui les fait vivre, d’un amour qui est devenu communicatif.
Il y a là une urgence pour le monde et pour l’Église de ce temps !
Et si nous retroussions nos manches ?

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour,
si tu parles, parle par amour,
si tu corriges, corrige par amour,
si tu pardonnes, pardonne par amour.

Aie au fond du coeur la racine de l'amour :
de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.

Amen


SAINT SACREMENT

(3 juin)

- Abbé Guy De Smet -

« Ceci est mon corps … ceci est mon sang »
Des mots, une vie, un don ... et c’est tout  Jésus, tout l’Amour de Dieu qui se donne en nos mains.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » ! C’est tout le mystère de Dieu qui se dit !
Resituons-les dans leur contexte. La Pâque juive approche.
Les croyants au Dieu unique se rappellent alors le choix que Dieu a fait.
Il a pris parti pour son peuple.
Il a pris le parti de la vie qui s’écoule dans ce sang, au point d’asperger les tables de la Loi, d’asperger le peuple de ce sang et donc de la Vie qu’il contient.
En choisissant Dieu, ils choisissent d’être des vivants et de laisser la vie couler en eux.
C’est pour se souvenir de cet événement exceptionnel que les disciples demandent à Jésus : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ».
Ils ne pensaient pas si bien dire : « ton repas pascal ».
Jésus va y reprendre le signe du sang livré à son compte : « Ceci est mon sang, répandu pour une multitude ».
Désormais en mangeant son Corps, en buvant son sang, nous nous laissons irriguer par sa vie, toute marquée par l’amour, au point que c’est l’amour qui coule en nous et qui demande à donner sens à nos paroles et à nos actes.
Désormais, à chaque eucharistie, nous sommes appelés à communier à la vie, au point de pouvoir en irriguer d’autres autour de nous.
Mystère énorme, auquel il nous devrait être impossible de nous habituer : nous y devenons des récipients d’amour et de vie, pour que nous puissions en abreuver d’autres, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos professions …

« Ceci est mon Corps … ceci est mon sang », ce sont des paroles que le prêtre prononce au cœur de nos communautés.
Guy Gilbert, ce prêtre des Loubards à Paris, écrivait un jour, parlant des priorités de sa prière et de son action : « Il y a surtout l’eucharistie, faire descendre l’Amour dans mes mains nues. C’est certainement le plus grand moment de ma vie, et c’est nanti de cette force-là que je peux vraiment sentir l’Esprit Saint en moi et le prier »
Pour un prêtre, c’est certainement le moment le plus vertigineux de sa vie et de sa mission !
Quel frisson de savoir, qu’à travers ce que vous dites et à travers ce que vous faites à ce moment–là, c’est Dieu qui veut faire couler le sang de sa vie et de son amour sur la terre des hommes.
Il vient être vie pour cette maman malade du cancer qui voyait dans le fauteuil à côté d’elle son fils qui lui aussi se mourrait du cancer.
Il vient être vie pour ce jeune, qui lors d’une session, découvre dans les larmes d’une messe qu’il est aimé et qu’il compte pour quelqu’un.
Il vient être vie dans ce couple qui, timidement, est venu se dire « oui », partageant désormais la force d’être ensemble aux bons et aux mauvais jours.
Il vient être vie, là où des parents se sont réunis auprès de leur enfant mort tragiquement, nouant autour d’eux de nouvelles présences et de nouvelles solidarités.
Ce vertige, ce bonheur, j’ai eu le privilège de le ressentir durant 40 ans... et je m’en sens toujours aussi indigne qu’au premier jour !

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » dit Jésus et finalement c’est toute une vie qu’il vient façonner.
La vie d’un prêtre, homme parmi les hommes. Il est là avec ses rêves, ses espérances, ses limites et ses échecs.
Chaque matin le Ressuscité le remet en route pour y semer la Vie, pour y semer l’amour.
À ce prêtre demandez-lui ce qui le fait vivre.
Au terme de ces quarante ans, je me permets de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : ne lui demandez pas de gérer vos comptes, vos salles, vos écoles.
Ne lui demandez pas de se faire le défenseur d’intérêts mesquins et partisans.
Demandez-lui ce Jésus qui veut laisser couler la vie en vous.
Demandez-lui d’être un sourcier d’amour et d’espérance, avec toute la chaleur humaine et l’humour que cela comporte.
Il vient façonner aussi la vie d’une communauté, de nous tous, qui sommes prêts à nous engager pour que l’amour soit vécu et annoncé ici, chez nous, à Flawinne.
Ensemble, soyons heureux et devenons contagieux de cette joie de vivre.
Ensemble, osons le risque d’aimer … c’est là que Dieu nous a fixé rendez-vous.
Ensemble, devenons les témoins d’un Corps et d’un Sang livré, pour que le monde ait la vie.
Ensemble, devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ !

Toi, le Christ,
tu offres un trésor d'Évangile,
tu déposes en nous un don unique,
celui d'être porteurs de ta vie.
Mais pour qu'il soit évident
que le rayonnement vienne de toi
et non pas de nous,
tu as déposé ce don irremplaçable
dans des vases d'argile,
dans des cœurs de pauvres,
tu viens prendre place
dans la fragilité de nos êtres,
là et non pas ailleurs.
Alors, sans que nous sachions comment,
tu fais de nous, si démunis et vulnérables,
le rayonnement de ta présence
parmi les humains.

Amen