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TROISIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(5 mai)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? »
Une question adressée à des pêcheurs découragés, ceux du Lac de Tibériade d’hier comme aux communautés chrétiennes d’aujourd’hui qui elles aussi se posent beaucoup de questions …

Ah ! Ces disciples de Jésus !
Ils avaient tout quitté pour Jésus, leurs barques, leurs familles, leurs habitudes … et tout s’était écroulé au pied d’une croix, celle sur laquelle Jésus était mort.
Il y avait bien eu les paroles des femmes, des rencontres sur un chemin vers Emmaüs … mais désormais la vie avec ses habitudes, ses projets et ses désillusions semblait reprendre le premier plan.
C’est au cœur de leurs questions, de leurs déceptions et de leur quotidien, que le Ressuscité les rejoint. Il a envie d’être proche d’eux … jusqu’à leur préparer un petit déjeuner.
Il aurait pu leur en mettre plein la vue, les éblouir et faire déposer sur la plage une table merveilleusement garnie. Mais, ce n’est pas là la logique de Dieu.
Depuis le matin de la création, Dieu a besoin de l’homme. Il a besoin de ce « petit peu de poisson » qui va permettre un grand moment.
Et c’est dans ce besoin que vont se réaliser la manifestation du Visage de Jésus et l’ouverture des portes d’une espérance et d’une mission.
Au départ de sa demande, Jésus va leur rappeler des souvenirs et plus spécialement celui de la pêche miraculeuse. … au point que le disciple que Jésus aimait pourra dire à Pierre : « c’est le Seigneur ».

Mais, cette question n’est pas que d’hier, dans la logique amoureuse de Dieu.
Aujourd’hui encore, il l’adresse à son Église : « Auriez-vous un peu de poisson ? »
Le poisson, c’est la base de la nourriture de l’époque.
Le poisson, c’est ce qui va permettre aux gens de l’entendre et de le reconnaître.
Le poisson, c’est aujourd’hui un geste, une parole, un message, une présence qui dit l’Espérance pour l’homme perdu dans les ténèbres de nos sociétés.
Le poisson, c’est la présence respectueuse et aimante à côté de celles et de ceux qui ne pensent pas ou ne vivent pas comme nous, ceux que nous enfermons dans des minorités qui nous dérangent.
Le Poisson, c’est la Parole de soutien face à l’homme qui croule sous l’injustice engendrée par une société qui ne voit que le profit et le rendement.
Le poisson, c’est la main de la solidarité tendue vers l’homme qui souffre et qui n’attend plus rien de l’existence.
Le poisson, c’est l’éblouissement d’une Espérance suscitée par des hommes et des femmes qui se conduisent en « sourciers de vie », là où la mort et l’absurde ne cessent de creuser leur nid.

À la question de Jésus, les apôtres ont répondu qu’ils n’avaient pas pris de poisson, au point de ne pas pouvoir lui en donner.
À cette même question de Jésus, l’Église répond tout aussi négativement, souvent, déchirée qu’elle est par ses crises et par ses angoisses.
Crise et angoisse, parce qu’elle ne semble plus être le pilier majeur d’une société qui se construit sans Dieu.
Crise et angoisse, parce que sa morale est battue en brèche par la manière dont l’homme d’aujourd’hui veut vivre sa vie, sa recherche de bonheur, loin de tous les dogmatismes et de toutes les chaînes.
Crise et angoisse, parce que son message n’interpelle plus les masses qui hier encore se pressaient dans ses églises : diminution de la pratique des sacrements, demandes de débaptisation, diminutions des vocations …
Crise et angoisse par rapport à la modernité, alors que « l’âge d’or » semble se trouver dans un passé qui a l’air révolu, mais auquel elle s’accroche.

Toutes ces peurs et ces désillusions de l’homme sont autant d’envies de Dieu de lui tendre la main et de l’entendre nous dire : « Jetez le filet à droite de la barque ».
Pour ses premiers disciples, ce sera l’occasion de revivre l’événement qui a nourri leur Foi, leur joie de croire.
Pour l’Église, ce pourrait être l’occasion de retrouver le printemps d’une nouvelle naissance.
Une nouvelle naissance qui se vit au départ d’un amour qui se redit, parce que l’Église aura pris le temps de se laisser aimer, le temps de la prière, le temps du silence. L’Église d’aujourd’hui parle beaucoup trop sur tout et sur rien, alors que l’essentiel, « Son » essentiel est de se « laisser regarder par Dieu, qui ne cesse de l’aimer », telle qu’elle est.
Une nouvelle naissance qui permettra une nouvelle présence aimante – parmi d’autres - aux côtés de l’homme qui souffre et qui cherche, de celui qui réussit et de celui qui perd. Une présence qui ne justifie pas tout, mais qui interpelle et fait grandir la liberté.
Une nouvelle naissance qui lui permettra d’être « prophète » et de faire des défis du monde, des combats pour l’homme et pour son épanouissement, loin de tout sectarisme et de tout intégrisme.

C’est alors que le Ressuscité pourra redire pour aujourd’hui, comme il l’a dit hier : «  Venez déjeuner ».
Il pourra le dire à l’homme blessé par la vie, qui sera servi par des frères et des sœurs qui ne se contentent pas de mots, mais de gestes.
Il pourra le dire à des communautés chrétiennes qui se cherchent loin de tous les efforts de restauration et de toutes les peurs qui occasionnent tellement de dérives dans le discours d’aujourd’hui.
Il pourra le dire à vous et à moi, loin de toutes les étiquettes et de tous les jugements que nous nous collons si souvent les uns sur les autres.
Ce « Déjeuner », ce sera le temps d’un nouveau souffle : ne ratons pas le rendez-vous !

 

Viens, Esprit Saint, sur le monde.
Que ton Souffle donne à notre terre malade
une nouvelle fraîcheur.
Que ton Feu purifie
les grands projets des peuples.
Ranime la vie
partout où elle sommeille
et semble même expirer.
Sois le Dieu des commencements.

AMEN


DEUXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(28 avril)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Il était là au milieu d’eux »
Une présence du Ressuscité … une présence de Dieu au cœur du désarroi des hommes, un lendemain de vendredi de croix et de mort …
Une présence de la miséricorde de Dieu.

« Ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient »
Ah ces pauvres hommes … que d’événements les avaient secoués en peu de temps !
Celui en qui ils avaient cru, celui en qui ils avaient placé toutes leurs espérances, il avait été cloué au bois de la croix, victime du rejet des hommes, du rejet de son peuple et victime aussi de leurs propres lâchetés : ce Pierre qui allait tout faire, ce Judas qui avait trahi pour trente deniers …
Et si le même sort les attendait maintenant : « ils s’étaient verrouillés ».
Parmi eux, il y a Thomas.
Le Thomas du doute : « si je ne vois pas … je ne croirai pas ».
Le Thomas, proche de notre mentalité scientifique : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ».
Et puis il y a tous les autres disciples, qui rigolent probablement de Thomas cette fois, mais qui n’en menaient pas large la première fois, au point que Jésus doit les rassurer…
Et plus largement, il y a les disciples de toujours … ceux qui ont écrit les pages d’or et les pages noires de l’histoire de l’Église.
Il y a aussi notre Église d’aujourd’hui, confrontée à ses contradictions et à ses divisions ; à ses routines et à ses manques de vérité et à ses scandales … et qui voit se lever pourtant des signes d’un printemps.
Des jeunes, loin de nos vieilles structures d’Église se retrouvent pour des moments de joie et de Foi.
Les bénévoles des centres de soins palliatifs œuvrent discrètement dans une société qui ne parle que de brillance et de réussite.
Des bénévoles chrétiens et autres agissent dans la prévention du sida, alors que nos bonnes consciences condamnent et jugent.
Des Chrétiens de chez nous qui se retroussent les manches, pour que la bonne nouvelle de l’Évangile se voit dans des gestes et dans des actes.
Une vieille Église se meurt. Des germes de nouveautés voient le jour, même s’ils nous semblent discrets.

C’est à ces disciples, c’est à cette Église que Jésus ressuscité dit : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ».
Il ne nous demande pas de venir à l’Église, à la messe, par obligation, pour remplir un devoir.
Il ne nous demande pas de devenir des champions des dévotions en tous genres.
Il ne nous demande pas de nous habiller d’une bigoterie et d’une bondieuserie qui fait fuir les bonnes volontés qui risqueraient de se lever.
Non, Il nous envoie …
Pour être des porteurs de PAIX : « La paix soit avec vous ».
Paix dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos projets de société.
Une paix qui respecte les différences et les possibilités de chacun.
Une paix qui balaie une fois pour toutes les causes de conflits assassins.
Une paix plus forte que le terrorisme qui tue.
Une paix qui devient source de miséricorde.
Une paix, qui soit une nouvelle chance donnée à l’autre qui est mon frère, ma sœur… avec le souci qu’il construise sa propre vérité.
Il nous envoie encore pour être des porteurs de RENOUVEAU.
« Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ».
Notre Dieu nous offre son pardon, il nous accepte tels que nous sommes et il nous donne ainsi la chance de nous relever et de repartir …
À nous de faire de même avec ceux qui nous entourent, loin de nos cancans, de nos étiquettes, de nos jugements tout-faits, de nos condamnations. …
De ce pardon donné peut naître un monde nouveau, dans lequel on regarde l’autre avec un autre regard, celui de l’amour et de la tendresse….
Il nous envoie enfin, porteurs de son ESPRIT.
« Recevez l’Esprit-Saint ».
Pour mener à bien sa mission, il ne nous envoie pas voler de nos propres ailes. Il vient habiter en nous. Il vient faire en nous sa demeure.
Il sait qu’aimer ne nous est pas naturel !
Il sera nos paroles, il sera nos gestes, si nous nous faisons assez pauvres de nous-mêmes.
Il viendra rendre possible son projet de la création, où il nous a voulus « à son image et à sa ressemblance ».

Allons donc, frères et sœurs, et osons proclamer, comme les apôtres : « nous avons vu le Seigneur ».
Nous l’avons vu dans la maman, débordante de tendresse, qui prenait le temps de s’extasier avec son enfant devant le renouveau du printemps.
Nous l’avons vu dans ce jeune, qui après bien des efforts, arrivait à faire quelque chose de sa vie.
Nous l’avons vu dans tel mouvement, dont le projet concret était d’aider l’homme à se mettre debout et à prendre sa vie en main.
Nous l’avons vu dans ces gestes de tolérance et de respect au lendemain des attentats au Sri Lanka ou ailleurs.
Nous l’avons vu dans telle ou telle communauté priante qui nous a donné envie de Dieu….
Et si nous étions de tous ceux-là ?

Comment voulez-vous qu’il croie, Thomas,
Quand portes et fenêtres restent fermées et que tous se replient sur leur peur ?
Comment pouvons-nous nous dire croyant quand notre vie n’a pas de couleur ?
Mon Seigneur et mon Dieu,
fais sauter nos verrous et toutes nos barrières
pour que l’Esprit s’engouffre en nous.

AMEN


MESSE DU JOUR DE PÂQUES

(21 avril)

- Abbé Guy De Smet -

 

« Le premier jour de la semaine »
C’est le temps que nous indique l'Évangile, le temps d'un tombeau vide, le temps de la Résurrection, le temps du dimanche de l’Église.

Ce premier jour de la semaine, c'est d'abord le temps d'un nouveau regard !
Les événements tragiques du Golgotha viennent seulement de se terminer.
Jésus, qui était passé sur la terre des hommes en faisant le bien et en parlant avec tendresse de son Père, vient d'être pendu au gibet de la croix, rejeté par les hommes à qui il faisait de l'ombre. Ils l'avaient jugé, condamné, torturé et abandonné sur le poteau d'une honte sans nom.
Jésus, lui, il avait pardonné, il avait aimé, il avait crié son angoisse et sa peur : « Tout est accomplit ! »
Nuit sombre d'un Vendredi saint qui restera à jamais une blessure dans la conscience de l'humanité!
Pour les disciples et pour les femmes qui l'avaient suivi, la détresse était énorme. Non seulement ils avaient perdu un ami, un confident, mais en plus son message valait-il bien de tout laisser là pour le suivre ? Larmes, doutes …On est bien loin des lendemains de miracles !
Et voilà qu'en ce matin du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie s'en vont vers le tombeau.
Elles s'en vont pleurer auprès de celui qui lui avait rendu goût à la vie.
Dans leurs têtes, tout se bouscule : le chagrin, la douleur, les questions : qui va leur rouler la lourde pierre qui ferme l'entrée du tombeau, afin qu'elles puissent rendre un dernier hommage à Jésus ?
Et c’est là que l’évangéliste Matthieu nous parle d’un ange, d’un guide vers une Espérance et vers une lumière au-delà des ténèbres : « Soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. »
De la peur, des larmes, elles vont quitter ce tombeau « toutes tremblantes et toutes joyeuses. Les femmes sont porteuses d’un message, celui qui résonne encore ce soir dans notre église : « Il est vivant, il est ressuscité, il vous précède en Galilée. »
Elles seront les premières à témoigner de la Résurrection de Jésus !

Ce premier jour de la semaine, c'est ainsi le temps d'une nouvelle création !
Au sommet du Golgotha, Dieu a épousé le bois de la première création toute marquée par le mal et le péché. Jésus s'est vu attaché par les rejets, les égoïsmes, les injustices qui avaient fait oublier l'Alliance entre Dieu et son Peuple.
Un chemin de don, d'amour et de vérité semble se terminer … mais ce sera le point de départ d'une nouvelle Voie de vie et de bonheur.
Le Père ne pourra se résoudre au choix de mort des hommes. Il ne pourra supporter ce rejet de son amour. Jésus est passé en faisant le bien, ce bien doit se poursuivre.
Fini le règne du Mal, finies les voies sans issue d'une humanité en proie à ses crises.
Le Père fait œuvre de Résurrection. Il fait resurgir son Fils bien-aimé, en qui il a mis tout son amour, du tombeau et il entraîne avec lui la Vie qui n'a pas de prix.
Avec la Résurrection, place à l'Amour, place aux relations nouvelles entre les hommes, des relations de justice, de paix, de tendresse, de respect …
Avec la Résurrection, Jésus s'en vient prendre l'homme par la main. Il s'en vient l'appeler par son prénom, comme il le fera avec la femme au matin de Pâques : "Marie".  Il s'en vient relever tout homme tombé sous le poids du mal pour lui ouvrir les portes d'une nouvelle chance, d'une nouvelle alliance, d'un nouvel amour.
Bienheureuse Pâques qui devient la libération de tout un Amour !

Ce premier jour de la semaine, c'est aussi le temps d'une Église !
Tout commence à Pâques.
Nos Évangiles et le dynamisme d'une Parole de Dieu pour un monde.
Nos communautés chrétiennes et l'élan de témoignage de vie dont tant d'hommes, de femmes et même d'enfants sont les bras, les jambes et le cœur.
Notre propre choix de Dieu qui a vu dans le Baptême l'éclat d'une Lumière, la fraîcheur d'une eau vive, qui nous permet d'être au cœur de ce monde les artisans d'un monde habité par l'Amour.
L'audace d'un témoignage qui fait de tout homme un lieu où Dieu fait résidence, avec tout le regard, tout le travail de fraternité et de solidarité, de justice et de partage que cela entraîne.
La vérité d'une prière qui se veut présence et dialogue amoureux avec Celui qui nous tient la main face à toutes les dérives.
Bienheureux dimanche, qui avant d'être la pose d'un week-end est avant tout un temps pour Dieu et pour le ressourcement de nos existences !

La pierre qui fermait le tombeau
a été enlevée;
plus rien n'obscurcira notre foi.

Le tombeau est vide;
une absence pour dire une infinie présence,
le Seigneur est ressuscité.

Le Christ a souffert
pour habiter nos souffrances.

Il est mort
pour nous accompagner
jusque dans nos tombeaux
et nous en libérer.

Il est ressuscité
pour que sèchent nos larmes;
pour que le poids de nos croix de deuil,
de souffrance, de péché,
soit allégé ;
pour que s'ouvrent
les portes de l'Espérance.

Les bouleversants alléluia
nous conduisent aux franges de l'indicible,
là où toute forme d'écriture
le cède à jamais à la musique silencieuse.

À toutes et à tous, sainte fête de Pâques, dans la Lumière du Ressuscité.

AMEN


VEILLÉE PASCALE

(20 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! »
Une interpellation pour ces femmes éplorées du tombeau …
Une interpellation pour notre Église qui cette semaine a vu son écroulement à Notre-Dame de Paris ou encore chez nous où l’église est fermée pour une durée indéterminée.

Cette semaine qui vient de se terminer, quelle semaine !
Tout a basculé : la joie est devenue la désolation. La vie est devenue la mort. L’amitié est devenue un souvenir. L’espérance a déserté l’horizon. La peur a remplacé les paroles de liberté. L’incendie de Notre-Dame en est tout un symbole !
Jésus, les femmes l’avaient vu cloué sur une croix, rejeté, abandonné par les siens, hué par eux et par ceux qui, hier encore, attendaient de lui un miracle, une guérison, une Parole d’espérance.
Le cœur rempli de désespérance, elles s’en viennent vers ce tombeau à la pierre trop lourde, lourde comme leurs existences désormais.
Mais, surprise !
La pierre est roulée, le tombeau est vide : il ne manquait plus que cela !
Il y a bien cette apparition, ces deux hommes qui viennent dire le sens de ce tombeau vide, de cette pierre roulée, de ce linceul soigneusement replié : « Il n’est pas ici, il est ressuscité ». Et si c’était vrai ?
Tout prend sens petit à petit : les paroles énigmatiques, la confiance qu’elles plaçaient en ce Jésus qu’elles avaient suivi depuis le premier jour.
Elles, ces femmes, que personne n’écoutait à l’époque, peuvent aller trouver Pierre et les autres, enfermés dans leurs peurs.
Elles peuvent leur partager ce qu’elles viennent de vivre. Ce sera alors au tour de Pierre de courir vers le tombeau.
La Foi en la vie, la Foi en la Résurrection vient de naître.

De cet « autre regard sur la vie » qui va guider la course des croyants, jusqu’à aujourd’hui, la Liturgie de ce soir va retenir des signes forts :
Il y a d’abord ce parcours biblique que nous venons de faire ensemble.
Toute la Foi de l’homme ne sera qu’une réponse à l’Amour fou d’un Dieu qui voulut un monde, qui voulut un homme fait à « son image et à sa ressemblance ».
Dieu a voulu un monde harmonieux et beau pour que l’homme puisse s’y épanouir en devenant son collaborateur.
Mais l’homme a souvent voulu faire son bonheur tout seul, au nom de sa sacro-sainte liberté. Ce furent souvent des aventures sans lendemain. Mais, à chaque fois, Dieu est venu le rechercher, il n’a cessé de l’attendre et de lui tendre les bras, comme le Père de la Parabole.
Une Parole d’Amour que nous redit là notre Dieu ce soir, espérant rencontrer notre réponse de Foi et d’Amour.
Un deuxième signe, c’est celui de la Lumière.
Pâques, c’est comme une lumière qui s’en vient éclairer une nuit, la nuit de l’humanité, celle que connaissent tant d’hommes et de femmes par le monde.
Il n’a cessé de dire à l’homme, tant en gestes qu’en paroles : « Je suis la Lumière du monde ».
Cette Lumière est symbolisée au milieu de nous par le cierge pascal, celui-là même qui est avec nous à chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, à chaque fois qu’un enfant entre dans la famille des aimés de Dieu par le Baptême, à chaque fois que des malades en recevant l’Onction trouve une force pour vivre, à chaque fois que nous nous réunissons pour des funérailles d’un être cher …
Cette année, il sera petit, modeste, à l’image de la flamme qui scintille dans le monde.
Il sera à l’image de l’humilité de Dieu, mais aussi à l’image de notre réponse de Foi.
À la fin de la célébration, nous recevrons un luminaire qui sera, chez nous, signe de la flamme du Ressuscité.
Allumer trop de cierges dans ce module est impossible !
Un troisième signe, c’est celui de l’eau.
Elle nous dit bien la Vie, dans toute sa force et dans toute sa simplicité.
L’eau qui désaltère … l’eau qui apaise … qui se fait bruit d’un torrent … va-et-vient de l’océan … murmure de la source.
L’eau de notre Baptême qui s’en vient régénérer notre dignité d’enfant de Dieu, en nous faisant passer de la mort à la vie avec le christ. Il est vrai que notre manière de célébrer le baptême des petits enfants ne nous fait pas bien ressentir la chose.
Lors de Baptêmes d’adultes dans la primitive Église, ils étaient plongés trois fois dans l’eau, à la limite de l’asphyxie, rejoignant l’expérience de la mort, avant de resurgir, comme le Christ l’a fait lors de la Résurrection.
L’eau du Baptême fit de nous des témoins privilégiés de la grandeur de la vie et de la force de l’Amour, celui d’un Dieu qui ne cesse de tendre la main vers nous.
Il suffit désormais de nous mettre en route !
Le quatrième signe qui va suivre, ce sera celui de l’Eucharistie.
Ce n’est plus celle de la dernière Cène, c’est celle de Pâques … c’est plutôt la même, mais l’horizon a changé.
Au soir du Jeudi-saint, c’était l’horizon de la nuit et d’abandon qui habitait le cœur de Jésus.
Maintenant c’est l’horizon de la vie, qui nous dit toute la présence amoureuse de Dieu à nos côtés dans les joies et dans les espérances, dans les échecs et dans les souffrances du quotidien.

Fêter Pâques, ce n’est pas faire une parenthèse dans l’obscurité de l’actualité d’un monde et d’une Église en pleine crise ou au milieu des ténèbres que connaissent tant d’hommes, de femmes, d’enfants éprouvés par la vie.
Fêter Pâques, c’est reconnaitre qu’au-delà des ténèbres, il y a la lumière, qu’au-delà de la mort, il y a la Vie, qu’au-delà des déceptions, il y a l’Espérance, qu’au-delà de la nuit, de toutes les nuits humaines, il y le jour, le jour de l’homme réconcilié avec son Dieu.
À nous d’en être les témoins et les artisans … là où nous vivons, dans nos milieux de vie, dans notre vie paroissiale, avec les talents qui nous ont été confiés.
Ces talents sont d’autant nécessaires d’autant plus que notre paroisse vit des moments difficiles.

À toutes et à tous, sainte fête de Pâques, dans la Lumière et dans l’Amour du Ressuscité ! 


JEUDI-SAINT

(18 avril)

- Abbé Guy De Smet -

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »
Une Parole qui résonne au cœur d’un monde, au cœur d’une ruine, celle de Notre-Dame de Paris, qui ce soir ne sera pas l’écrin de cette Parole.
Ce soir du Jeudi-saint, c’est le soir d’un Amour, le soir d’une vie toute donnée … pour vous, pour moi, pour toute l’Église que nous sommes appelés à former !

Nous arrivons avec Jésus et ses disciples au terme d’une longue route.
Ils ont marché sur les routes des hommes pour y semer l’amour.
Un peu de tendresse pour cette femme adultère, pour cette samaritaine du bord du puits.
Un peu d’écoute pour Nicodème ou pour ce jeune homme riche en quête d’un sens pour guider leurs existences.
Un peu de pardon pour Zachée et Marie-Madeleine, avide d’un nouveau départ dans l’existence.
Un peu d’attention pour ces enfants qui semblaient de trop, selon les adultes.
Un peu d’avenir pour les paralytiques, les aveugles, les rejetés qui ont eu le bonheur de croiser Jésus dans leurs épreuves.
Jésus et ses disciples ont aussi cheminé sur les routes des hommes pour y rencontrer l’incompréhension et les rejets.
Ce sont ces scribes et ces Pharisiens qui voient en Jésus un danger pour leur autorité … comment peut-on parler d’amour alors que pour eux tout est loi, règlements, dogmes ?
Ce sont ces foules versatiles qui acclamaient hier, ce qu’elles rejettent aujourd’hui.
Ce sont ces trahisons et ces reniements des déçus, qui trouveront en Pierre et en Judas, des porte-paroles impressionnants.
Ils cheminent sur la route des hommes et ils se souviennent de l’amour de Dieu pour son Peuple : c’est la Pâque ! C’est pour cela qu’ils sont réunis à Jérusalem.

Et au terme de cette lente montée vers Jérusalem, nous voici avec Jésus et ses amis dans la chambre haute.
Finis les grands discours et les belles déclarations !
C’est désormais l’heure des gestes forts et de quelques paroles qui en disent long !
Tout d’abord, Jésus se met à genoux devant ses disciples et il leur lave les pieds.
Geste scandaleux réservé aux serviteurs et aux derniers des esclaves.
Geste de Jésus pour dire la vérité de ce qu’il est : un serviteur amoureux de l’homme qu’il n’a cessé de vouloir relever, un esclave de l’homme !
« Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis » … et il est là, à genoux, devant l’homme qu’il est venu aimer et guider vers l’avenir.
Humilité de Dieu, qui jusqu’au bout se fera mendiant de la réponse de l’homme !
Ce premier geste sera suivi par deux autres, tout aussi impressionnants.
Il prend un peu de pain : « Ceci est mon Corps, qui est pour vous »
Il prend un peu de vin : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang »
Corps ! Sang ! C’est Jésus qui se donne tout entier.
Il se livre, comme il sera livré dès demain sur la croix.
Il se donne pour que sa vie coule en nous, pour que l’amour coule dans nos veines et vivifie nos cœurs.
Humilité d’un Dieu, qui va jusqu’à se donner pour que l’homme vive, pour que l’homme aime !

« Faites cela en mémoire de moi »
Des gestes et des paroles pour aujourd’hui.
Des gestes et des paroles qui nous concernent maintenant et ici !
« Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres », dira Jésus.
Notre monde est dur et violent. L’homme est broyé par une crise économique qui ne lui permet plus de vivre de son travail, de recevoir les soins médicaux dont il a besoin, de jouir d’une retraite décente.
Une crise économique sans nom s’abat sur nos pays, créant une misère sans nom, véritable honte pour nos pays développés, enfermés dans leurs égoïsmes.
Nos familles sont secouées, l’homme est bafoué, l’anonymat et le chacun pour soi habillent nos quotidiens.
L’orgueil, les masques, les faux-semblants habitent tant de nos manières d’être. …
L’Église elle-même n’échappe pas à cette crise : des scandales sans nom, des communautés restreintes, au point se poser la question de l’avenir.
Chez nous, une église fermée, à Paris, une cathédrale qui brûle, et à travers ces symboles, c’est out le désarroi de Chrétiens, perdus dans la brutalité d’un monde qui s’exprime.

Et, face à tout cela, Jésus nous dit : « aime ».
Mets-toi à genoux devant ton frère, devant ta soeur et lave-lui les pieds, deviens son serviteur, deviens serviteur de l’amour et de la tendresse.
Mets-toi à genoux devant ton frère, devant ta soeur et respecte-le.
Mets-toi à genoux devant ton frère, devant ta soeur et ose avec lui la fraternité, la tolérance et le partage.
Mets-toi à genoux devant ton frère, devant ta soeur et ne le juge pas, ne le condamne pas … aime, c’est tout ! De là coulera le bonheur d’un nouveau printemps sur ta vie.
Comme au soir du premier Jeudi-saint, chaque jour, si nous le voulons, chaque dimanche, Jésus nous redit : « Ceci est mon Corps, ceci est mon sang, livré pour vous ».
Jésus vient se donner en nourriture, pour que nous osions devenir comme lui, d’autres Christ capables d’aimer et de se donner jusqu’au bout.
Jésus vient se donner en nourriture pour dépasser nos peurs, nos hontes, nos crises et devenir des reflets de sa lumière pour tant d’hommes enfermés dans des ténèbres … Parfois simplement à côté de chez nous.
Jésus vient se donner en nourriture pour que nous devenions des signes visibles d’une solidarité et d’un partage qui offre un avenir à l’homme mon frère … des signes visibles d’un amour qui ne demande qu’à se communiquer et à devenir contagieux.
Trop souvent, nous abordons l’Eucharistie, la messe comme de vieux habitués que plus rien n’étonne … or, n’est-ce pas étonnant que Dieu, en Jésus, ne cesse de nous attendre pour nous redire qu’il nous aime ?
Trop souvent, nous rejetons ces rendez-vous que Dieu nous fixe, parce que nous n’avons pas le temps, parce que nous n’avons pas envie, parce que nous semblons y perdre notre temps.
Trop souvent, nous faisons de nos Eucharisties un bon de commande pour que Dieu réponde à nos besoins : tel défunt, telle opération, tel problème de santé, tel examen … et dire que lui veut simplement s’asseoir à côté de nous, comme ont envie de le faire deux amoureux, qui repartiront plus forts de leur rencontre.
L’Eucharistie est un trésor merveilleux fait d’accueil, de parole de vie, de pain partagé, de vie donnée et de l’attente d’une réponse, la nôtre, appelés à oser témoigner d’autant d’amour rencontré.

Seigneur,
tu as lavé les pieds
des disciples,
et par ton geste de service
et d’humilité
tu bouleverses notre idée de Dieu.
Avec Toi, plus de hiérarchie
plus de domination.
Tu nous demandes de ne plus
nous imposer par la force.
Tu veux que nous soyons
tendresse, relation
rencontre avec l’autre.
Tu nous montres le Pardon
possible pour tout homme.

Merci pour cet autre regard que tu nous proposes, ce soir.

AMEN