PAROISSE NOTRE-DAME DE L'ASSOMPTION

VINGT-TROISIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

(10 SEPTEMBRE)

- Abbé Guy De Smet -

« Ton frère »
Nous ne le savions peut-être pas, mais en venant ici, ce matin, c’est pour rencontrer des frères et des sœurs !

« Ton frère » …
Des mots que nous employons souvent dans nos célébrations, au point de ne plus trop nous rendre compte de ce que nous disons. Ces mots font partie de nos routines, de nos habitudes et sont parfois vides de sens.
Nous sommes habitués à venir, à nous asseoir à nos places habituelles, sans trop nous soucier de celui ou de celle qui se sont mis à côté de nous … et ce, même dans notre église à l’aménagement fraternel incontournable.
Il n’est pas toujours clair que ce qui nous unit à l’autre, soit une réelle fraternité.
Pas évident de se dire que ce casse-pied qui encombre la caisse, dans la file du magasin, juste devant moi, soit ma sœur !
Pas évident que cette personne qui me dérange en téléphonant à une heure indue soit ma sœur ou mon frère !
Pas évident de considérer cet Africain qui frappe à ma porte pour me vendre des brochures, un samedi, soit mon frère.
Pourtant, frères et sœurs, c’est bien à la fraternité que nous sommes conviés.
Une fraternité qui est née dans le sang du Christ, une fraternité qui prend sa source dans l’amour même que Dieu nous porte à chacun, de la même manière.
Cette fraternité nous pousse à nous rassembler et à « former communauté ».

Là, il nous reste bien du chemin à faire.
Dans notre mentalité de vieille chrétienté, ce qui importe le dimanche, c’est de trouver une messe, à une heure qui nous convienne. « J’ai eu ma messe ! »
Mais ça ne veut rien dire !
Aux yeux de Jésus, ce qui devrait importer pour nous, c’est de venir « former communauté », pour nous tourner avec d’autres frères et sœurs, dans la même direction, celle d’un amour à recevoir et à construire.
Chaque moment de la messe est ainsi comme un doigt dans cette direction.
Lors de l’accueil, le prêtre ne s’adresse pas à des anonymes qui ont trouvé une heure de messe qui cadre avec leur horaire.
Non ! Il accueille des frères et des sœurs, avec qui il va prier et se tourner vers Dieu pour y recevoir sa vie, celle qui demande à couler dans nos familles, dans nos quartiers.
Lors du rite pénitentiel, nous nous confessons devant Dieu et devant nos frères. C’est-à-dire que nous reconnaissons avoir besoin et de Dieu et des autres pour grandir dans l’amour.
Le geste de la paix est ce signe merveilleux par lequel des frères et des sœurs s’approchent l’un de l’autre pour se souhaiter la paix, porte ouverte sur tout bonheur.
La communion, elle aussi, nous relie les uns aux autres. Nous recevons le Corps du Christ, que nous sommes appelés à le devenir chaque jour, pour que le monde soit plus juste, plus humain et donc plus divin.
L’envoi, enfin, ne s’adresse pas à un individu, mais à toute une assemblée, à toute une communauté, appelée à être signe de l’Évangile au milieu du concert pluraliste qui nous entoure.
Oui, frères et sœurs, nous n’avons pas le droit d’être indifférents les uns aux autres. Nous sommes tous frères et sœurs … et notre ensemble forme une communauté, réunie au nom de l’Évangile.
Trois projets, tirés de la Parole de Dieu que nous avons entendue aujourd’hui, pourraient être notre règle de vie.
Le premier projet pourrait être celui de former « une communauté de guetteurs ».
Ce guetteur qui veille à ce que le frère ne tombe pas dans le non amour, comme le ferait celui qui scrute l’horizon pour détecter un départ de feu de forêt.
Ce guetteur aussi qui est attentif aux signes des temps. Attentif à ce qui se vit dans le monde, dans nos quartiers, dans nos maisons. Savoir lire un journal ou écouter un journal télévisé en détectant ce qui va dans le sens de la justice, de la paix et d’un mieux vivre pour l’humanité. Savoir aussi se laisser interpeller par l’injustice et ce qui cloue chaque jour le frère et le Christ sur une  nouvelle croix.
C’est en ce sens, que sur le site internet de notre paroisse, vous trouvez une rubrique intitulée : « Billet d’humeur ». Il s’agit d’une relecture d’un fait de l’actualité à la lumière de l’Évangile ou encore à la lumière d’une mentalité habitée par le commandement nouveau de Jésus.
Détecter, se laisser interpeller … et surtout en tirer des conclusions qui se traduiront en une solidarité et une présence active, au nom de l’Évangile … et il n’y a pas d’âge pour ça !
Le deuxième projet, ce serait de former « une communauté d’Amour ».
Voyez comme ils s’aiment ! Et si ce n’était pas que des mots !
Paul, dans sa lettre aux Colossiens, leur dira : « Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel ».
S’aimer, c’est avoir le souci de l’autre, le souci de l’enfant qui vient de reprendre le chemin de l’école ; le souci du jeune qui nous inonde de son bruit chaque nuit … peut-être a-t-il envie d’enfin avoir droit à notre regard et à notre attention ; souci des familles qui ont tant de difficultés à nouer les deux bouts, au point qu’une espérance, un Dieu leur semble impossible ; souci de ces personnes âgées pour qui les journées sont longues et pour qui l’ennui et l’inutilité semblent être des réalités vécues au quotidien …
S’aimer, c’est savoir reconnaître ce qu’il y a de grand et de beau dans l’autre, sans toujours appuyer sur ce qui le défigure ou qui le limite. Nous attendons trop souvent ses funérailles pour le lui dire, alors ce qu’il n’est plus à même de l’entendre.
S’aimer, c’est unir ses forces, ses talents pour se mettre au service d’un Évangile qui demande à se montrer dans le concret de nos vies de tous les jours, comme un bonheur qui nous fait vire, comme une interpellation pour ceux qui ne partagent pas notre Foi.
Et si tout cela n’était pas que des mots !
Un troisième projet qui pourrait nous unir, ce serait de former « une communauté de pardon ».
Un pardon à donner, un pardon à recevoir !
Vous et moi, nous sommes habités par des limites aussi importantes que nos qualités. Ces limites sont des freins à notre vrai visage. Il nous empêche d’être nous-mêmes avec les autres. Et il en va de même pour chacune et chacun d’entre nous !
Pardon, un petit mot aussi beau que « merci » ou « je t’aime ».
Un petit mot plein d’humilité qui nous fait être vrai, loin de tous les masques et de tous les paraître.
Un petit mot qui sera le point de départ d’une collaboration à la création d’un monde meilleur, un monde d’amour.

Trois projets pour une vie de communauté, la nôtre !
Osons les vivre ensemble pour que le Christ soit reconnu présent au milieu de nous :
« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Amen

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